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Soudan

Soudan: la vie reprend après la suspension du mouvement de désobéissance civile

Une rue de Khartoum, la capitale soudanaise, le 11 juin 2019.
© REUTERS/Mohamed Nureldin Abdallah

Le Soudan reste toujours dans une situation de blocage. Après le massacre du 3 juin perpétré par les militaires au pouvoir et qui a fait plus de 100 morts, les manifestants civils avaient lancé dimanche 9 juin une grande campagne de désobéissance civile couplée d’une grève. Cette campagne a été suspendue et la vie a repris dans le pays. A Khartoum, les gens sont partagés par rapport à cette décision et ils vivent toujours dans la crainte des militaires. Pour tenter de trouver une issue à cette crise, un émissaire spécial a été nommé mercredi par le département d'État américain. Donald Booth est déjà arrivé à Karthoum et dans le même temps, l'opposition s'est exprimé et a tenté de clarifier ses positions.

Les civils ont-ils bien fait de lever leur mot d’ordre ? Ou bien fallait-il durcir le mouvement et risquer appauvrir un peu plus les Soudanais ? Mohamed Ibrahim est favorable au pouvoir civil et selon lui,  les leaders du mouvement ont fait preuve de faiblesse.

« L’opposition n’a pas obtenu de résultat, la preuve même est l’échec de cette désobéissance civile. L’arrêt de la désobéissance civile signe l’échec de cette opération. J’aurais préféré qu’y ait une paralysie totale du fonctionnement de l’Etat qui pousserait le Conseil militaire de transition à faire des concessions. Mais ce qui se passe aujourd’hui, c’est que ce sont les gens qui sont à tête de désobéissance qui font des concessions », nous explique-t-il.

Latifa Yousra recherche des chaussures dans le souk dont les boutiques viennent de rouvrir après plusieurs jours de fermeture. Elle préfère renvoyer civils et militaires dos à dos.

« C’est un échec partagé. Après avoir commis ce massacre, les militaires ont perdu la confiance du peuple. La coalition civile,  elle, avait eu des opportunités pour créer un gouvernement, mais elle ne les a pas saisies. Les civils ont fait preuve d’entêtement car ils ne peuvent pas écarter le Conseil militaire en lui demandant de quitter le gouvernement. Le CMT se considère comme partenaire du soulèvement. Il aurait fallu accepter de partager le pouvoir. Mais maintenant on ne sait plus ce qui va se passer », déplore la jeune femme.

La reprise des négociations toujours incertaine

Malgré la suspension de la grève, on ne sait pas quand les négociations reprendront. Madani Abbas explique qu’aucun dialogue direct n’est possible. « Il faut un intermédiaire », dit ce leader de la contestation. L’Éthiopie semble être en train de jouer ce rôle. Pour lui, le CMT doit encore donner des gages de confiance. « Des gens ont disparu. Khartoum est pleine de militaires et Internet est coupé. Les putschistes ne sont pas sérieux », indique Madani Abbas.

« Le dialogue doit aller vite. Le pourrissement va renforcer le danger », confie une source diplomatique. Pour cet observateur, les facteurs de risque sont toujours là. D’abord une division entre militaires, qui pourrait enclencher une guerre fratricide. Ensuite, les tiraillements parmi les civils, avec des partis divers et des postures parfois opposées. « La coalition a tergiversé et raté des opportunités dans le dialogue précédent », confie un diplomate, pointant d’autres dangers comme un embrasement au Darfour, le rôle des islamistes, voire un attentat jihadiste déguisé en opération civile.

Le Conseil militaire a ouvert une enquête sur le massacre, mais les civils rejettent déjà les futures conclusions. Les auteurs sont surtout les FSR de Hemetti. Quant aux commanditaires, on s’interroge. « Hemetti a t-il agi seul ? Voulait-il donner une leçon aux civils ? Les pays du Golfe ont-ils donné un feu vert ? On ne sait pas », s’interroge un observateur. Pour autant, malgré le massacre, c’est bien la junte qui est en position de force aujourd’hui.

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