Ebola en RDC et Ouganda: pas une «urgence» sanitaire mondiale pour l'OMS

Un agent de santé accueillie des personnes au centre de dépistage sanitaire de Mpondwe, à la frontalière entre l'Ouganda et la République démocratique du Congo, le 13 juin 2019.
© ISAAC KASAMANI / AFP

L'OMS a réuni ce vendredi 14 juin son comité d'urgence pour examiner la question de l'épidémie d'Ebola en RDC après la propagation en Ouganda. L'agence de l'ONU pour la santé devait dire si elle classe l'épidémie au rang d'urgence de portée mondiale. Après plusieurs heures de débat, l'OMS a finalement décidé de ne pas le faire. Tous les critères ne sont pas remplis, disent les experts. Pour l'OMS, l'épidémie d'Ebola constitue une « urgence pour la RDC et la région », mais il ne s'agit pas d'« une urgence de santé publique de portée internationale ».

Avec notre correspondant à Genève, Jérémie Lanche

La conférence de presse convoquée vendredi par l'OMS a démarré très en retard. Le signe, sans doute que la décision de ne pas élever le niveau de la menace n'allait pas de soi pour le comité d'experts.

Une urgence de portée mondiale doit constituer un risque pour la santé publique dans d’autres États et elle peut requérir une action internationale coordonnée. Malgré la mort de deux personnes en Ouganda, ce n'est donc pas le cas pour l'OMS.

L'agence en appelle tout de même aux pays voisins de la RDC pour qu'ils intensifient les mesures de détection de possibles cas d'Ebola à leurs frontières.

Augmentation des cas d'Ebola à Mabalako, attaques contre les centres de santé, défiance d'une partie de la population... À part un ralentissement dans la zone de l'épicentre de l'épidémie, tous les signaux ou presque sont dans le rouge. Mais classer Ebola en urgence de portée mondiale n'améliorerait pas la riposte, dit l'OMS.

Surtout, l'OMS se dit extrêmement déçue de ne pas avoir reçu toutes les promesses de dons de la communauté internationale. L'agence doit encore trouver 54 millions de dollars pour financer ses programmes jusqu'au mois prochain. « À cause du manque d'argent, l'OMS a été obligée de diminuer ses opérations de prévention dans les pays voisins de la RDC. Donc si un pays, n'importe où dans le monde, est inquiet pour l'épidémie d'Ebola, la première chose qu'il doit faire, c'est s'assurer que le financement est là », Preben Aavitsland, le président du comité d'urgence de l'OMS.

Et ce manque d'argent se ressent sur le terrain, selon le Dr Adelard Kalima, médecin à l'hôpital Matanda de Butembo, dans la province du Nord-Kivu, et président de la cellule locale de l'Ordre des médecins, mais s'il estime que l'OMS a pris la bonne décision.

Cela fait bientôt un an que la maladie est là, donc il faut maintenant se demander si les moyens qu'on avait mis sont encore suffisants. Parce que plus le temps passe, plus les moyens peuvent diminuer.

Adelard Kalima, médecin à l'hôpital Matanda de Butembo
15-06-2019 - Par Clémentine Pawlotsky

De là à dire que la propagation du virus en Ouganda aurait pu être évitée si l'OMS avait obtenu les fonds, il y a un pas que l'agence n'est pas prête à franchir. Au début de l'année, son directeur, Tedros Ghebreyesus, estimait encore qu'Ebola pouvait être maîtrisé en six mois. Un objectif hors d'atteinte aujourd'hui.

Une décision jugée « sage » par le directeur de l'Institut national de recherche Biomédicale de Kinshasa, le Dr Jean-Jacques Muyembe.

Pour que l'on puisse déclarer cela comme une urgence de santé publique de portée internationale, il faut au moins qu'il y ait un pays voisin qui soit affecté par l'épidémie de la RDC (...). Pour l'instant, il n'y a pas eu d'infection locale en Ouganda, tous les cas sont venus de la RDC.

Dr Jean-Jacques Muyembe, directeur de l'Institut national de recherche biomédicale de Kinshasa
14-06-2019 - Par Clémentine Pawlotsky

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