Burkina: «Quand R.M.C. Kaboré est arrivé au pouvoir, il n'y avait pas d'armée»

Bindi Ouoba, porte-parole du MPP.
© RFI/Yaya Boudani

L’opposant burkinabè Ablassé Ouedraogo a, au cours d’une interview diffusée sur notre antenne hier dimanche 16 juin, demandé au président Roch Marc Christian Kaboré de démissionner. Selon l’ex-ministre des Affaires étrangères de Blaise Compaoré, et président du parti Le Faso Autrement, l’actuel gouvernement n’arrive plus à faire face aux besoins urgents des populations et le pays fait l’objet d’attaques terroristes tous les jours. Ce qui, selon lui, démontre l’incapacité de Roch Marc Christian Kaboré à gouverner. Bindi Ouoba est le porte-parole du parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès. Il répond aux déclarations d'Ablassé Ouedraogo, notamment en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme.

Rfi : Bindi Ouoba, Ablassé Ouedraogo estime que le chef de l’État Roch-Marc Christian Kaboré n’est pas en mesure de répondre aux urgences du moment et lui demande de démissionner. Que lui répondez-vous ?

Bindi Ouoba : Un pays ne peut pas revenir tout le temps sur les institutions. Donc cela ne se fait pas. Monsieur Ablassé doit être un peu plus politique et plus républicain que les propos qu’il tient.

Est-ce que vous ne pensez pas qu’Ablassé Ouedraogo a raison ? Quand on voit le front social qui est tout le temps agité, ce sont des grèves et mouvements d’humeur dans pratiquement tous les secteurs d’activité. Ce qui amène, d’ailleurs, toute l’opposition à dire que le président Roch Marc Christian Kaboré et son équipe n’ont plus de vision pour le Burkina Faso.

Non, ce n’est pas un manque de vision. Est-ce que nous pouvons empêcher les travailleurs, les syndicats, de revendiquer ce qu’ils estiment être leur droit ? Nous sommes dans un État de droit, il est normal qu’il y ait des revendications sociales. Quand nous sommes arrivés au pouvoir, nous étions autour de 487 milliards de masse salariale. Aujourd’hui, nous sommes à 836 milliards de masse salariale. Ce qui veut dire que nous avons presque doublé la masse salariale pour les agents de l’État. Donc, cela veut dire que c’est un pays, non seulement qui fonctionne, mais que le président Roch Marc Christian Kaboré est très sensible aux problèmes sociaux des uns et des autres. Du reste, les revendications qui sont là sont d’anciennes revendications qui n’avaient pas trouvé de satisfaction, pour lesquelles le président est en train de trouver des solutions.

Ces attaques quasi quotidiennes dans toutes les régions du pays ne font-elles pas du Burkina Faso le ventre mou dans la lutte contre le terrorisme dans le Sahel ?

Le Burkina n’est plus le ventre mou. Quand Roch Marc Christian est arrivé au pouvoir, il n’y avait pas d’armée. Il y avait des militaires, mais il n’y avait pas d’armée. Il n’y avait pas d’armes ! L’armée qu’il y avait, c’était 1 800 bonshommes. Vous croyez que 1 800 bonshommes – qui, du reste, n’étaient pas formés pour lutter contre le terrorisme, mais pour assurer la sécurité du président Blaise Compaoré - peuvent assurer l’intégrité territoriale du Burkina Faso ? Non ! Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

La preuve : les résultats sont sur le terrain montrent très bien que l’armée s’est remise en ordre de fonctionner et apporte des résultats. Et l’armement est là, parce qu’il y a eu des efforts. Je suis député. Je sais les efforts que nous avons faits dans les institutions budgétaires pour augmenter la capacité de notre armée, au point de vue du matériel, au point de vue financier. Et c’est ce qui donne les résultats que l’on voit, aujourd’hui. Donc, Monsieur Ablassé, qui a appartenu au régime de Blaise Compaoré, sait très bien la différence qu’il y a entre le moment où il était au gouvernement et les réalités d’aujourd’hui.

Vous parlez d’une armée qui est en place, alors que nous constatons que, malgré une vaste opération, actuellement, dans le nord du pays, le Sahel, les attaques se poursuivent. Et nous constatons l’arrivée de déplacés, qui viennent se réfugier dans la capitale, à Ouagadougou.

On ne peut pas assurer, mettre un militaire à chaque poste au niveau des différentes frontières. La réalité, aussi, est qu’aujourd’hui les résultats sont là. Si je prends la région de l’Est, c’est une région qui a trouvé sa sérénité, le calme et la paix sociale. Ce qu’il n’y avait pas avant. Cela prouve qu’il y a eu des résultats. Il y a eu, donc, des actions efficaces qui ont été menées par l’armée.

Le constat au Burkina Faso, sous le régime de Roch Marc Christian Kaboré c’est l’effritement de l’autorité de l’État. Nous avons l’impression que personne ne tient le gouvernail, actuellement.

Lorsqu’un pays a été longtemps soumis à l’autorité, à l’autoritarisme, et qu’il s’émancipe et prend sa liberté, il gère mal cette liberté. C’est avec le temps que les gens apprennent à gérer leur liberté. Et il faut faire preuve de pédagogie. Ce que les gens et les jeunes veulent, c’est peut-être que nous retournions à la période de la cravache ? Non ! L’insurrection c’était contre la cravache. Donc nous ne pouvons pas revenir à cela. Que les gens apprennent à se responsabiliser. C’est un changement d’esprit qui ne vient pas dans l’immédiat. Donc, il faut prendre son temps.

Sur le plan politique, où en est-on avec le dialogue souhaité par le président Kaboré ?

Le président Roch Marc Christian Kaboré a tendu la main pour un certain nombre de sujets. Maintenant, ceux qui parlent du retour de Blaise Compaoré comme étant une solution… Mais, quel est l’espace politique que le peuple burkinabè donne encore à l’ancien président Blaise Compaoré ? Pendant que nous sommes en train de juger les personnes qui ont commis du tort à d’autres Burkinabè, qui ont tué d’autres Burkinabè, il faut d’abord qu’on finisse avec cette justice-là. Si vérité est là, justice est là, nous pouvons aller à la réconciliation nationale. Voilà. C’est aussi simple.

Est-ce qu’un retour de l’ancien président Blaise Compaoré est envisageable aujourd’hui au Burkina ?

Politiquement, ce n’est pas envisageable. On peut dire qu’il est libre de revenir. Mais a-t-il un espace politique ? Parce que, c’est un homme politique. Je pense que l’espace politique lui a été refusé les 30 et 31 octobre 2014. Ce qui lui est reproché est la raison pour laquelle il est parti !

Vous parlez de procès. Justement, où en est-on avec celui du dernier gouvernement de Blaise Compaoré devant la Haute cour de justice ?

L’instruction est toujours en cours, par rapport au dernier gouvernement. Je pense qu’après le procès lié au putsch de septembre 2015, la Haute cour pourra s’installer. Parce que, vous savez, c’est avec à peu près le même personnel qu’il faut aussi entamer ce procès-là. Donc c’était difficile de faire les deux et à la fois pour des raisons de ressources humaines.

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