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Mauritanie

Présidentielle en Mauritanie: Kane Hamidou Baba, invité de RFI

Une affiche du candidat à la présidentielle mauritanienne de la coalition «Vivre ensemble» Kane Hamidou Baba, le 18 juin 2019.
© RFI/Paulina Zidi

Nous refermons notre série d'interviews des candidats à la présidence mauritanienne en vue de l'élection de ce samedi. Sixième candidat en lice : Kane Hamidou Baba, de la coalition « Vivre ensemble ». Il est interrogé par Clémentine Pawlotsky.  

RFI : Si vous êtes élu président de la Mauritanie, quels seront vos chantiers prioritaires ?

Kane Hamidou Baba : Bien évidemment d’organiser des assises nationales parce que nous avons raté cette opportunité depuis 1990, 1991. Il n’y a jamais eu de concertation nationale en Mauritanie alors que les problèmes nationaux, les problèmes liés à l’international et à la cohésion sociale restent entiers. Il s’agit en particulier bien sûr de problèmes à la cohabitation entre les différentes communautés dans le rapport à l’État. Il s’agit bien sûr de la modernisation de l’État lui-même. Il s’agit également d’un partage plus équitable du pouvoir et des richesses. Cela fait partie des chantiers prioritaires. Il y a bien sûr la question de l’éducation. Il y a la question de l’alimentation. Il y a les problèmes environnementaux dans un pays tel que la Mauritanie qui font partie des chantiers prioritaires. Pratiquement, 70 à 75% de la population est concentrée sur 5% sur le territoire national. Cela pose d’énormes problèmes en termes d’aménagement du territoire. Mais au-delà de cela, nous avons des questions liées à l’éducation, car l’éducation a été un échec lamentable. Je prends juste pour exemple les dernières épreuves du Bac qui se sont passées dans de très mauvaises conditions en raison d’une mauvaise gouvernance. Et la mauvaise gouvernance, elle est partout présente.

Vous ne parlez pas de sécurité. Est-ce qu’il s’agit d’une thématique qui vous tient à cœur ?

Si justement. La sécurité commence d’abord par le retour des militaires dans leur caserne. La sécurité commence par la dépolitisation de l’armée. Elle commence sur le fait que l’armée ne soit pas non plus régionalisée ni tribalisée et que ce soit une armée nationale avant tout. Ensuite, il faut mettre l’armée dans de bonnes conditions. Il faut tenir compte du mérite au sein de l’armée. Maintenant, j’entends bien qu’il y a de nouvelles menaces, il faut que l’armée puisse faire face à ces nouvelles menaces. Mais une telle armée ne pourrait le faire qu’à partir du moment où elle se concentre à ses missions, à ses missions fondamentales de défense du territoire et de lutte justement contre le terrorisme. Et j’entends bien mettre l’armée dans de bonnes conditions pour qu’elles puissent exécuter ses missions.

Très concrètement, quelles sont vos chances de l’emporter face à un candidat du pouvoir qui bénéficie de l’appui du chef de l’État sortant et de plusieurs ministres ?

Je viens de sillonner déjà le pays. Le sentiment que les gens ont, c’est qu’on risque de déshabiller un général pour rhabiller un autre général. Et les Mauritaniens, toutes composantes confondues, aspirent à un changement profond dans ce pays. Par conséquent, malgré les manipulations qui peuvent se passer, ce qui me paraît aujourd’hui impossible c’est de faire passer le candidat du pouvoir. Je doute même qu’il puisse être présent au deuxième tour. En tout cas, si les élections sont transparentes.

Le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), Mohamed Vall Ould Bellal, s’est engagé à organiser un scrutin transparent. Ces engagements, est-ce qu’ils vous ont rassuré ?

Nous avons entendu le président de la Céni, effectivement il a tenté de nous rassurer. Nous pouvons ne pas douter de sa bonne foi, mais nous doutons de sa réussite, parce que nous avons un système qui est habitué à la fraude et que les pratiques de la fraude ne se passent pas seulement qu’au sommet, elles se passent également au niveau des structures intermédiaires. Et nous ne sommes pas sûrs d’ailleurs qu’il maîtrise ces structures-là. Ce que j’observe simplement, c’est qu’il n’a pas réussi à faire en sorte que la conception du bulletin de vote soit faite dans le cadre d’un appel d’offres qui soit transparent. On a donné une exception à des imprimeries naissantes. Je n’ai jamais vu ça dans les appels d’offres.

Mais le fait que l’opposition n’a pas été capable de s’unir. Est-ce que cela vous n’allez pas un peu le payer lors du scrutin du 22 juin ?

Pas du tout. J’ai toujours défendu qu’il fallait rationnaliser les candidatures et s’entendre : au premier tour, on choisit ; au deuxième tour, on élimine. S’entendre également donc sur un accord politique, un programme, au minimum au moins, à partir duquel l’opposition pourra se retrouver dans le cadre d’un second tour.

 

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