Rwanda: face au commissaire européen, Kagame s’emporte sur les droits de l’homme

Paul Kagame et Neven Mimica, commissaire européen à la coopération et au développement sur France 24.
© Capture d'écran France 24

La chaîne France 24 a diffusé ce week-end une interview croisée de Neven Mimica, commissaire européen à la coopération et au développement et du président rwandais Paul Kagame. Interrogé par la présentatrice de l’émission sur les violations des droits civils et politiques notées cette année dans le rapport annuel de l’Union européenne sur le Rwanda, le président rwandais a dénoncé le complexe de supériorité de ceux qui soulevaient ces questions… Face à un commissaire européen qui assure cependant « ne pas du tout s'être senti attaqué ».

Après une quinzaine de minutes d’émission, la présentatrice de l’émission Talking Europe aborde l'épineuse question des droits de l'homme et interroge le commissaire européen au développement sur l'impact de ces violations sur les choix de financement de l'Union européenne. Dans son rapport annuel pour 2018, l'Union européenne avait noté qu’au Rwanda « dans l'ensemble, la situation des droits de l'homme est restée pratiquement inchangée, avec de nombreuses violations graves des droits civils et politiques », même s'il y a « des progrès constants dans le domaine des droits sociaux et économiques ». En plateau, le président Kagame qualifie ces conclusions de « juste ridicules ».

Mais la colère du président rwandais éclate lors de la toute dernière séquence de l'interview. La journaliste insiste auprès du commissaire européen qui vient de qualifier le Rwanda d'exemple sur tous les plans, notamment politique et économique. « Nous avons une approche globale, explique Neven Mimica, dont nous discutons avec nos partenaires et les droits de l'homme, leur respect, en font partie. Nous parlons développement et droits de l'homme en même temps, d’une manière très ouverte et liée entre les deux aspects », indique le commissaire européen.

Paul Kagame ne laisse pas la journaliste de France 24 le relancer et s'emporte. « Vous devez arrêter avec votre complexe de supériorité, toute cette absurdité sur les droits de l'homme, assène le président rwandais. Nous, on s'est battu pour les droits de l'homme et la liberté de nos peuples, plus que quiconque, y compris vous qui continuez à parler de cette absurdité. Là, souvenez-vous d’où venaient nos pays et où on les a emmenés, cela parle pour nous. Vous devriez arrêter de dire aux autres quoi faire ou ne pas faire, même si ce n'est pas à votre goût. Mais pour qui vous prenez-vous ? »

Pour l'un des membres du gouvernement, quand le président Kagamé dénonce ce « complexe de supériorité », il ne fait pas référence au commissaire européen ou à l'Union européenne, mais bien à la ligne de questions de la journaliste sur le sujet, dont le comportement est qualifié de « condescendant ». Toute autre interprétation est qualifiée de « mensongère » par Kigali. Pour le gouvernement rwandais, les deux hommes ne débattaient pas. Après 24h d'interpellation sur les réseaux sociaux par divers officiels rwandais et de mise en cause des médias, le commissaire Neven Mimica a dit « ne pas du tout s'être senti attaqué »

Pour l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch, cette émission montre qu'il n'y a « pas de place pour la critique du Rwanda », indiquant que la liberté d'expression dans le pays avait été « sérieusement réprimée ». HRW rappelle que le régime rwandais a décidé de sponsoriser pour des dizaines de millions de dollars l'équipe favorite du président Kagame tandis que de récentes recherches académiques ont fait état « d'une augmentation de la pauvreté et du taux de malnutrition infantile ». Cela, selon l’organisation, est venu « remettre en cause les impressionnantes statistiques de croissance du pays qui reste dépendant de l'aide internationale ».

Le Rwanda devait toucher quelque 460 millions d'euros d'assistance de l'Union européenne entre 2014 et 2020 aux titres du 11e FED, dont de l'appui budgétaire direct. Des organisations comme Human Rights Watch appellent l’Union européenne à être plus regardante sur ces questions sur ce pays.

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