Interdiction de la manifestation à Kinshasa: Bemba et Fayulu réagissent

Félix Tshisekedi.
© JOHN WESSELS / AFP

Pour sa première commémoration à la tête de l'Etat, Felix Tshisekedi a choisi de se rendre à Bunia dans la province de l’Ituri (nord-est), endeuillée par des massacres. A Kinshasa, la coalition de l'opposition Lamuka compte manifester, malgré l'interdiction du gouverneur Gentiny Ngobila et l'avertissement de la police de disperser tout groupe de plus de dix personnes. Dans une interview exclusive accordée à RFI et France 24, Félix Tshisekedi confirme qu'il est favorable à l'interdiction de la manifestation voulue par l'opposition, tout en promettant qu’il n’y aura « pas de répression », après les « débordements » constatés lors du retour de l'opposant Jean-Pierre Bemba. La réaction au mircro de RFI de ce dernier et de Martin Fayulu.

À l'époque de Joseph Kabila, le 30 juin était une grand-messe, défilé militaire et rassemblement de tout ce qu'il y avait d'officiels, le plus souvent dans une ville de province pour le tour des dernières réalisations. La société civile dénonçait tous les ans des millions engloutis en transport. L'opposition évitait de manifester ce jour-là. « C'était surtout la fête du régime », se souvient un activiste.

Félix Tshisekedi a choisi lui de se rendre à Bunia en Ituri, région récemment meurtrie. « Il n’y a pas de raison de faire la fête pendant qu’un certain pan de la maison brûle », c'est ce que le chef de l'État expliquait hier sur RFI et France 24. « C'est un symbole, le président veut montrer qu'il a le bien-être de la population à coeur », commente un proche, alors que les critiques sur les dépenses excessives de la présidence se multiplient.

L'opposition aussi a choisi d'innover en appelant à manifester ce 30 juin. Face au gouverneur Gentiny Ngobila qui l'accuse de vouloir profaner un « jour sacré », Lamuka dit vouloir rappeler que la lutte pour la souveraineté et la liberté est loin d'être terminé, selon Martin Fayulu. La principale coalition de l'opposition congolaise entend ainsi toujours contester la légitimité des nouvelles institutions et l'invalidation de ses députés. Ce motif n'est pas suffisant pour la Lucha. Le mouvement citoyen s'est dit dépité de voir Lamuka ne pas s'intéresser aux vrais problèmes des Congolais.

Face aux mesures d'interdiction prises par le gouverneur, deux ténors de l'opposition ont réagi.

Martin Fayulu : « Nos dispositions ont été prises avec le peuple congolais »

« M. Félix Tshisekedi sait très bien parce qu'hier encore, on organisait des manifestations ensemble et il était à mes côtés pour défendre les droits fondamentaux des citoyens congolais. Je ne peux pas comprendre qu'aujourd'hui, il prenne cette position-là. Tous ceux qui ont dit que Félix Tshisekedi respectait les droits de l'homme doivent maintenant se raviser. Donc pour moi, les Congolais vont marcher pour exiger le respect de la volonté du peuple. Parce que tout le monde sait qu'il n'y aura pas un Congo libre avec M. Kabila à la tête des institutions de la République. Et je répète, c'est Kabila qui dirige ce pays aujourd'hui. Il n'y a pas à annuler la manifestation. Le gouverneur de la ville de Kinshasa nous a envoyé une lettre pour nous demander de reporter la manifestation et nous lui disons qu'on ne peut pas la reporter parce que toutes les dispositions ont été prises avec nos militants, avec le peuple congolais pour cette marche. »

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Jean-Pierre Bemba :« Ceux qui hier défendaient la démocratie se comportent exactement comme ceux qu'ils dénonçaient »

« Nous n'avons pas de leçon à recevoir. Lorsque les partisans de l'UDPS ont tué un policier à Mbuji-Mayi, ont brûlé les maisons de députés provinciaux à Mbuji-Mayi, de députés nationaux à Lumumbashi, ont brûlé les sièges de partis à Kinshasa, à Mbuji Mayi, ont violé l'espace de l'Assemblée nationale avec des motos pour venir distraire les députés qui y siégeaient. Je pense qu'on n'a pas de leçon à recevoir. Ce qui s'est passé ce jour-là, c'était des incidents provoqués une fois de plus par des éléments certainement incontrôlés de l'UDPS qui ont visé mon cortège qui était protégé par la police et malheureusement qui ont atteint les policiers. Donc je pense qu'il ne faut pas travestir la vérité, il faut continuer à dire ce qui est juste et non pas chercher à politiser ou à déformer des faits. Malheureusement nous nous apercevons que les hommes changent mais les méthodes restent les mêmes. Ceux qui hier défendaient la démocratie, la liberté d'expression, de manifestation, curieusement, une fois installés dans le siège, se comportent exactement comme ceux qu'ils dénonçaient avant. »

A noter que Moïse Katumbi et Freddy Matungulu, deux des leaders de Lamuka signataires de l'appel à manifester, ne seront pas présents dans les cortèges, ils sont tous les deux absents du pays.

De son côté, le chef de la police de Kinshasa, le général Kasongo, dit avoir reçu instruction du gouverneur de la ville province d’user de tous les moyens légaux pour empêcher la marche pacifique de l’opposition de se tenir.

« La police va prendre des dispositions pour que personne ne trouble l'ordre public. Nous serons stricts, nous serons sévères, mais dans le respect des droits de l'homme. Il n'y aura rien. Tout attroupement de plus de dix personnes sera dispersé. Vous savez ce que nous avons connu quand Bemba est venu le 23. La police n'acceptera plus ces bêtises-là. Nous serons debout. Nous demandons à la population d'être sereine, de vaquer à ses occupations. Ceux qui veulent aller à l'église ou à d'autres occupations, sont libres. N'ayez pas peur, la police est là. En ce qui concerne la CAN, nous demandons à la population kinoise d'aller prier pour notre équipe ; nous avons encore une chance, nous devons nous tous nous concentrer dans la prière et non à des distractions inutiles. »

Indignation contre des appels à la haine tribale

Le signal de la radio et télévision RTVS1 d'un des leaders de Lamuka a été coupé hier. Le média d'Adolphe Muzito est accusé d'offenses répétées aux autorités du pays. Lamuka dénonce cette fermeture d'un des rares médias qui lui permet de toucher les masses, à la veille donc de cette manifestation.  Pour Jean-Mobert Senga, chercheur à Amnesty, c'est une atteinte inacceptable aux droits et aux libertés. L'activiste congolais rappelle qu'il existe des procédures pour sanctionner les médias s'ils sont défaillants.

Par ailleurs, en ce jour de fête nationale de la RDC, certains Congolais dénoncent l'esprit sécessionnistes de certains milieux. Selon eux, c'est une démarche déjà vouée à l'échec. C’est un septuagénaire qui dénonce « le sceptre de divisions qui hante encore certains esprits en RDC ».

Ce Kinois fustige certains messages appelant à la haine ethnique qui sont postés sur les réseaux sociaux depuis les élections de décembre 2018. Des messages écrits et audio dont les auteurs, selon une source policière à Lubumbashi, ont été arrêtés et l’un d’entre eux transféré à Kinshasa.

Donc, 59 ans après d’indépendance, il y a encore des gens qui pensent sécession, s’indignent Mwanza qui, lui, avait connu les méfaits du tribalisme durant les années soixante. Il se rappelle, comme si c’était hier dit-il, le voyage pénible que ces Congolais qualifiés d’étrangers ont dû effectuer pour arriver à Kinshasa à bord des avions affrétés par l’ONU. Gabriel Kyungu wa Kumwanza, l’un des leaders katangais les mieux écoutés, s’est, lui aussi, insurgé contre ces nouveaux appels à la haine tribale, repris également par certains milieux à Kinshasa. Le président de l’Unafec dit soutenir le pouvoir en place. Personne, alors personne ne saura à briser à ce jour la fibre nationaliste qui anime les Congolais, explique, pour sa part Joseph Mulimbi, cadre à l’ex-Onatra...

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