Le FMI renoue avec le Congo-Brazzaville

Le siège du FMI à Washington.
© International Monetary Fund

Le Fonds monétaire international a annoncé, ce jeudi, qu'il allait accorder 448,6 millions de dollars sur trois ans au Congo-Brazzaville pour relancer l'économie du pays, tout en souhaitant une meilleure « transparence » de ses comptes publics. Un résultat obtenu au terme de plus de deux ans de discussions difficiles. 

Le retour du FMI à son chevet est donc une bonne nouvelle pour le Congo-Brazzaville à plusieurs titres. D'abord parce que l'institution monétaire débloque immédiatement près de 45 millions de dollars pour appuyer les réformes engagées par le gouvernement. Ensuite, parce que le FMI s'engage sur trois ans à hauteur de près de 448,6 millions de dollars.

Tous les six mois, le Fonds monétaire international va vérifier si le pays respecte bien les conditions qu'il a acceptées, avant de débourser de nouvelles tranches de son prêt. Ces conditions sont, entre autres, la poursuite de la réduction du déficit budgétaire, la transparence des dépenses publiques, l’élargissement de l'assiette fiscale et la lutte contre la corruption.

L'autre bonne nouvelle est que le programme du FMI devrait inciter les créanciers privés de la République du Congo à restructurer leurs créances ce qui donnera également de l'oxygène au pays. La restructuration récente de la dette congolaise à l'égard de la Chine, qui atteint plus de 3 milliards de dollars, était elle-même une condition du retour de l'aide du FMI.

Réactions de soulagement et de prudence

Les réactions congolaises relèvent davantage du soulagement que du triomphalisme, tant il est vrai que Brazzaville revient de loin. Dans un communiqué, le négociateur congolais, Lucien Ebata s'est dit fier d'être parvenu à cet accord. Un accord qui n'était absolument pas évident, il y a deux ans, lorsque les discussions ont débuté.

À l'époque, le FMI découvrait l'ampleur des dégâts, les dirigeants congolais s'étaient évertués à cacher l'énormité de la dette publique, près de neuf milliards de dollars. Sans compter les rapports d'ONG comme Public Eye et les enquêtes de la justice suisse sur les détournements des ressources pétrolières et les contrats léonins passés avec les négociants pétroliers comme Glencore et Trafigura.

Le FMI a donc exigé que l'État congolais remette de l'ordre dans ses finances, ce qui s'est traduit par une chute brutale des dépenses budgétaires, dont la population a fait les frais. Il a réclamé une politique de transparence dans l'utilisation des ressources pétrolières et surtout un rééchelonnement de la dette publique.

« Le plus dur reste à faire », dit le Premier ministre

Comme le confie sous couvert d'anonymat un ministre : « On est un peu comme un surendetté qui voit son dossier accepté par la banque, on respire enfin, mais on serre les dents ».

Même tonalité chez Clément Mouamba le Premier ministre, interrogé à la radio nationale congolaise. « L’accord vient d’être approuvé. Il y a longtemps qu’on l’attendait. C’est une joie que le gouvernement partage avec tous les Congolais. Le plus dur reste à faire, c'est de travailler dur pour que nous respections toutes les prescriptions de cet accord. À partir de maintenant, c'est tout un tournant. Le plus dur c'est de donner notre cadence dans la manière de gérer nos affaires publiques », a-t-il déclaré.

Réaction du Premier ministre Clément Mouamba
13-07-2019 - Par Loïcia Martial

La prudence est de mise et les autorités devront rendre compte chaque semestre au FMI de l'utilisation des fonds débloqués et de l'état d'avancement des réformes promises.

La société civile met en garde le FMI

Cependant, la société civile congolaise met en garde le FMI. Les exigences transmises en mai dernier par l'institution n'ont pas été entièrement satisfaites, affirme Brice Makosso le coordonnateur de Publiez ce que vous payez. Pour lui, le FMI doit maintenir la pression. « Nous espérons que le FMI tiendra bon. Nous, nous demandons  au FMI d'être exigeant avec les autorités congolaises. Les Congolais ont besoin de comprendre comment ils sont arrivés à une si lourde dette », demande-t-il.

Publiez ce que vous payez réclame aussi la transparence sur la dette chinoise, et les contrats d'équipement passés après 2014 qui ont fait exploser la dette. L'ONG demande enfin une loi pour interdire les prêts gagés de pétrole. C'est cette pratique qui a provoqué la crise des finances publiques après 2014.

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