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Soudan

Soudan: Révélations de la famille d’un général soupçonné de putsch

Le lieutenant général Mohamed Hamdan Dagalo, numéro deux du CMT libyen, à Khartoum, le 20 juin 2019.
© REUTERS/Umit Bektas/File Photo

Au Soudan, le Conseil militaire, au pouvoir depuis le 11 avril, date de l'arrestation de l'ancien président Omar el-Béchir, avait annoncé dans la soirée de jeudi avoir déjoué une tentative de coup d'État. Par la suite, dans une allocution du général Jamal Omar, retransmise en direct à la télévision nationale, aucune date de cette tentative de putsch n'a été donnée, ni aucun nom d'officiers. Mais selon sa famille, le général Mohamad Zaki Eddine serait parmi les accusés.

Shaima, la fille du général à la retraite Mohamad Zaki Eddine, exprime dans un communiqué sur sa page Facebook son inquiétude et sa surprise, ainsi que celles de sa famille, après l'annonce du Conseil militaire de transition (CMT) de l'échec d'une nouvelle tentative de coup d'État au Soudan.

Via un communiqué des militaires, « des officiers, des soldats de l'armée ainsi que des membres des services nationaux de renseignement, dont certains retraités » sont accusés d'avoir voulu mener ce coup d'État jeudi soir. Or, dans l'esprit de la famille de Shaima, impossible de ne pas faire la liaison entre l'arrestation de ce général et cette annonce du CMT.

Selon Shaima, son père a été arrêté mercredi. « Mercredi dernier, relate-t-elle, les forces sécuritaires à l'aéroport de Khartoum ont arrêté et placé en détention mon père, le général à la retraite Mohamad Zaki Eddine, alors qu'il était en route pour le Sultanat d'Oman pour une visite familiale. »

« Les autorités ne nous ont pas donné jusqu'à maintenant la raison de son arrestation, ajoute-t-elle. Elles ne nous ont pas informés non plus sur le lieu de sa détention. Nous tenons ces autorités pour entièrement responsables de sa sécurité et la famille prendra toutes les mesures juridiques qui s'imposent. »

Selon le Conseil militaire, alors qu'un accord avec les contestataires sur la transition devait être signé ce samedi, 12 officiers et quatre soldats ont été arrêtés pour avoir participé à cette tentative. Un représentant du Conseil a déclaré que le coup était une « tentative de bloquer l'accord, qui vise à ouvrir la voie vers la réalisation des demandes du peuple soudanais ».

Scepticisme face à la réalité de la tentative de coup d'État

Depuis l'arrivée des militaires au pouvoir à Khartoum en avril dernier, c'est la quatrième fois qu'ils annoncent avoir déjoué un coup. Des dizaines d'officiers et de généraux ont été arrêtés. Des dizaines d'autres ont été mis à la retraite anticipée. Plusieurs responsables de l'opposition considèrent que la junte accuse tous les officiers qui s'opposent à son régime d'être des putschistes.

À Khartoum, ces annonces sont donc accueillies avec un certain scepticisme, à la veille d'une nouvelle manifestation prévue aussi ce samedi pour commémorer les 40 jours du massacre du 3 juin dernier dans la capitale. Plusieurs activistes considèrent que les militaires tentent de détourner l'attention face à l'étendue des exactions commises par les forces de soutien rapide contre les manifestants.

« Il n'est pas étonnant de sortir ce genre d'informations tous les trois jours, c'est pour couvrir leurs crimes », affirme ainsi un contestataire sur Twitter, alors que depuis la restauration d'internet mardi dernier, des centaines de vidéos et de photos sont diffusées pour témoigner de la violence des forces de sécurité.

Le contenu même du communiqué interpelle certains : « Un coup d'État avec seulement 12 officiers et quatre militaires ! », s'étonne un jeune. Il y a certes des divisions au sein des forces sécuritaires et de l'armée, mais selon un ancien officier, ce n'est par ailleurs « pas un moment stratégique pour mener un putsch à Khartoum, car les rues sont truffées de membres des forces de sécurité ».

Et cet ancien militaire d'ajouter que les militaires cherchent à faire passer un message à la population : nous sommes les seuls garants de la stabilité, en substance.

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