Éthiopie: 18 morts dans des heurts entre soldats et manifestants sidama

De jeunes sidama manifestent pour réclamer l'autonomie de leur région à Awassa en Éthiopie le 17 juillet 2019 (image d'illustration).
© REUTERS/Tiksa Negeri

D’après des sources hospitalières, 18 personnes seraient mortes en Éthiopie après des affrontements qui ont opposé, entre jeudi et lundi, des soldats à des manifestants sidama.

Tout commence jeudi 18 juillet lorsque les Sidama de la ville d'Awassa décident de descendre dans la rue, bien déterminés à faire entendre leur revendication. Rapidement, la protestation se mue en affrontements avec des soldats.

D'après une source hospitalière citée par l'AFP, quatre personnes sont tuées par balle. Les forces de sécurité parviennent finalement à reprendre le contrôle d'Awassa, mais les violences se poursuivent et s'étendent à d'autres villes les jours suivants. Des morts et des blessés sont notamment signalés à Woreta Rassa et à Yirgalem, ce qui a alourdi le bilan des premiers jours.

Des revendications anciennes

Cela fait des années que les Sidama tentent de quitter la Région des nations, des nationalités et des peuples du Sud. Avec cet objectif en tête : former une province indépendante, autonome, au sein de la fédération éthiopienne.

L'an dernier, les responsables de la région Sud ont d'ailleurs déposé une demande de référendum. Il devrait être organisé dans les cinq mois à venir. Un délai accepté par le Mouvement de libération sidama, fer-de-lance de la revendication d'une nouvelle région.

La crainte d'un précédent

Le problème, c'est que pour certains militants, cinq mois c'est bien trop long. Et c'est la raison pour laquelle certains d'entre eux se sont mis à jeter des pierres sur les forces de l'ordre et à brûler des pneus.

Les autorités éthiopienne s'inquiètent désormais non seulement d'une flambée de violences avec les forces de sécurité, mais aussi avec d'autres groupes ethniques car si les Sidama sont majoritaires dans le Sud, ils ne sont seuls. Une dizaine de communautés de la région ont, elles aussi, demandé leur autonomie.

La création d'une région Sidama pourrait donc potentiellement ouvrir la voie à d'autres mouvements de contestation.

Avec la libéralisation qui a accompagné l'arrivée au pouvoir du Premier ministre actuel, il y a eu une sorte d'ouverture politique. Et à ce moment-là, tout un tas de problèmes politiques qui étaient restés camouflés par le biais d'un autoritarisme extrêmement puissant du pouvoir central sont en train de refaire surface. Et ce que l'on a là en pays sidama, c'est une remontée à la surface de problèmes qui ne sont pas nés hier.

Gérard Prunier, spécialiste de la Corne de l'Afrique
23-07-2019 - Par Clémentine Pawlotsky

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.