Kenya: première audience du ministre des Finances arrêté pour corruption

Le ministre des Finances kényan, Henry Rotich lors de son audition au tribunal de Nairobi le 23 juillet 2019.
© REUTERS/Stringer

Escroquerie, abus de pouvoir, malversations, c'est une vaste affaire de corruption qu'ouvre la justice kényane. Henry Rotich, le ministre des Finances et plus d'une vingtaine de personnes sont devant le tribunal. En cause, le chantier de deux barrages dans la vallée du Rift dont le montant de 630 millions de dollars aurait été gonflé. Il y avait ce mardi matin une première audience à Nairobi et tous ont plaidé non coupables.

Impassible tout au long de l’audience, Henry Rotich, en costume noir et cravate jaune, a nié toutes les charges pesant contre lui, tout comme les 16 autres accusés présents au tribunal. Une dizaine de personnes étaient absentes. Le parquet leur a donné jusqu’à mercredi 24 juillet au soir pour se présenter, sinon des mandats d’arrêt seront lancés.

Les avocats de la défense ont demandé que ceux présents à l’audience soient relâchés sous caution, en attendant le début formel du procès. Le procureur ne s’y est pas opposé, mais il a posé des conditions : chacun devra donner son passeport, s'engager à ne pas aller au bureau ni approcher des témoins.

Taïb Ali Taïb a également averti que les enquêteurs « avaient rassemblé suffisamment d’éléments pour que tout le monde soit condamné. Ils n’ont pas travaillé dans l’intérêt du pays, mais pour leur bénéfice personnel », a-t-il déclaré.

Peu de condamnations pour des affaires de corruption

Dans un pays miné par la corruption, c’est le tout début d’un procès hors norme, avec fait rarissime, un ministre en poste sur le banc des accusés. Pour autant, les Kenyans sont habitués par les affaires et demandent à voir. « C’est une étape importante mais il est trop tôt pour se réjouir. Nous avons besoin de voir les coupables incarcérés et l’argent volé récupéré », explique Samuel Kimeu, le directeur de Transparency International Kenya, pays situé à la 144e place sur 180 dans l’indice de perception de la corruption.

Le militant John Githongo a dit espérer que cette affaire soit traitée différemment. « Des cas similaires ont fait beaucoup de bruits avant de se terminer en fiasco. Il y a eu très peu de condamnations, et les hauts responsables reconnus coupables ont passé moins de deux ans en prison », a-t-il déclaré.

Une affaire politique

L’affaire a déjà une forte coloration politique avec des accusés souvent Kalenjin, l’ethnie du vice-président William Ruto. William Ruto a toujours nié l’existence de malversations dans cette affaire. Certaines voix s’élèvent désormais pour demander sa démission, d’autant qu’on le sait candidat à la prochaine présidentielle.

Son allié, le chef de l’État, Uhuru Kenyatta, effectue son dernier mandat. L’affaire pourrait trahir des divisions entre les deux hommes. On a également reproché le manque de fermeté du président envers la corruption durant son premier mandat. « Désormais il est obsédé par son héritage. Il veut laisser une marque et se mettre à hauteur de son père Jomo, héros de l’indépendance », confie une source diplomatique. L’affaire Rotich n’est donc pas seulement une affaire de gros sous. Elle promet aux Kenyans un long feuilleton politico-judiciaire.

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