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Soudan

Soudan: les défis de l'accord sur la transition

Le leader de la coalition d'opposition Ahmad al-Rabiah et le chef du conseil militaire de transition Mohamed Hamdan Dagalo, lors de la cérémonie de signature à Khartoum, le 4 août.
© REUTERS/Mohamed Nureldin Abdallah

L'accord global sur la transition conclu samedi 3 août entre les militaires et les civils a été paraphé ce dimanche par les deux parties, il sera officiellement signé dans quinze jours, le 17 août. Celui-ci semble équilibré, laissant une large place au pouvoir civil, mais le chemin reste encore long pour mener à bien la transition.

La transition sera encadrée par trois autorités : le Conseil souverain - qui sera nommé le 18 août - et comptera cinq militaires et six civils. Un conseil des ministres dirigé par un Premier ministre qui sera nommé par les civils le 20 août. Enfin, le Parlement devra être mis en place 90 jours après la signature de l'accord.

Long processus

Les grands principes sont fixés, mais c'est un long processus qui s'ouvre pour négocier le transfert du pouvoir aux civils et la future Constitution soudanaise. Le texte prévoit également un premier ministre civil, tandis que les ministres de la Défense et de l'Intérieur seraient choisi par les militaires. Le Parlement sera quant à lui composé de 300 membres, majoritairement issus de la contestation. Il faut maintenant que les nombreuses composantes de l'opposition puissent s'entendre sur l'avenir du pays.

Des composantes nombreuses mais aussi extrêmement diverses souligne Jérôme Tubiana, spécialiste du Soudan. « Certains sont plutôt des religieux conservateurs, d’autres sont des communistes laïques, d’autres sont de la société civile apolitique, d’autres encore ne sont pas même tout à fait des civils puisqu’il y a aussi les groupes rebelles qu’il va falloir d’une certaine manière intégrer et représenter là-dedans. Ces négociations risquent d’accroître des divisions qui sont déjà importantes. »

Selon lui, cette transition implique aussi « de mettre sous contrôle une partie des corps militaires et des milices qui restent potentiellement déstabilisants ». « Qui va contrôler l’armée ? Qu’est-ce que vont devenir les milices qui ont joué un rôle crucial ces dernières semaines dans la répression violente des manifestations civiles ? Que vont devenir aussi les services de renseignements ? Que vont devenir tous ces héritages de l’ère Omar el-Béchir ? »

Justice pour les « martyrs » de la révolution

Des inquiétudes partagées par Gaffar Mohammud Saeneen, un militant soudanais réfugié en France. Il demande justice pour les « martyrs » de la révolution, et voit d'un mauvais œil la place laissée aux militaires : « Depuis le début, nous disons qu'il ne faut pas faire confiance à ces gens. Ils ne doivent pas faire partie de la révolution. » Autre grande priorité des négociations à venir, le règlement définitif des nombreux conflits à travers le pays.

Dimanche, l'annonce de l'accord a été suivie de manifestations de joies dans le pays. Du côté des militaires, Mohammed Hamdan Daglo, plus connu sous le nom de Hemetti, a déclaré qu'avec cet accord, c'est une page de l'histoire du Soudan qui se tourne.

Côté civil, on se montre plus prudent. Khalid Omar Youssef, secrétaire général du Parti du Congrès Soudanais entrevoit déjà difficultés. Il va falloir vaincre l'État profond, encore contrôlé par des proches de l'ancien régime dit-il et gérer la question de la place des Forces de Soutien Rapide, accusées d'être derrière les violences à l'encontre des manifestants. Autre défi, le choix des personnalités qui composeront les différents organes de transition. Khalid Omar Youssef assure en tout cas que des discussions devraient se poursuivre dans les prochains jours, en attendant la signature finale le 17 aout.

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