RDC: Kinshasa part en guerre contre la mendicité infantile

Des taxis encombrent les rues de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC) le 10 juin 2019 (image d'illustration).
© John WESSELS / AFP

Le gouverneur de Kinshasa a décidé le 13 août d'interdire tout racolage aux abords des artères principales de la capitale congolaise afin de lutter contre le phénomène des « shégués », les jeunes mendiants en lingala.

La ville de Kinshasa a décrété depuis le 13 août la lutte contre la mendicité. Elle adresse une mise en garde aux automobilistes de la ville vis-à-vis des shégués, « les jeunes vagabonds » en lingala. Les autorités kinoises en dénombrent 5 000 dans le centre de la capitale congolaise.

En attendant la mise en place de mesures de réinsertion sociale, le gouverneur de Kinshasa, Gentiny Ngobila Mbaka, ne souhaite pas donner le mauvais exemple à la jeunesse de la ville. « J’ai tout simplement attiré l’attention de la population, explique-t-il. On constate à ce jour des jeunes gens le long des grandes artères de la ville, qui font non seulement la mendicité, mais aussi qui commettent des vols, du vandalisme. C’est moi l’autorité urbaine, le numéro un de la ville. Donc j’ai pris cette décision d’interdire tout racolage aux abords des artères principales, et même des grands carrefours de la ville ».

« Si les gens ont besoin de donner de l’argent aux shégués ou bien aux mendiants, ils peuvent les inviter chez eux à la maison, poursuit Gentiny Ngobila Mbaka. Mais aux abords des avenues, au vu et au su de tout le monde, ce n’est pas une bonne chose. C’est une façon d’encourager les jeunes qui restent tranquillement à la maison, qui vont à l’école, et eux aussi un jour ils vont emboîter le pas aux shégués ».

Mesure « excessive »

Clément Kanku, ancien ministre de la Coopération et président de la Fondation Nouvelle espérance, qui s'occupe de l'encadrement des jeunes, met en garde contre ces mesures, et plaide pour une prise en compte des causes profondes de ce phénomène. « Nous devons nous rappeler que ces enfants sont dans la rue tout simplement parce que la société les y a jetés, rappelle-t-il. Il y a des enfants qu’on a considérés comme étant des enfants sorciers dans certaines églises. Certains pasteurs les ont tout simplement stigmatisés et ces enfants se sont retrouvés dans la rue. Il y en a qui, suite à un divorce des parents, se sont retrouvés dans la rue, parfois quand les parents ne savent plus subvenir aux besoins de leurs propres enfants ».

« Nous pensons donc que la mesure du gouverneur est tout à fait excessive et qu’il faut plutôt encadrer ces enfants, une bonne politique pour une certaine réinsertion dans la société, poursuit-il. Comment juridiquement peut-on justifier qu’on puisse arrêter quelqu’un qui viendrait tout simplement faire un acte de générosité devant un enfant affamé dans la rue, qui a besoin de manger ? Il y a lieu de trouver d’autres mécanismes que dans la sanction comme on est en train de vouloir le faire aujourd’hui ».

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