Nigeria: le président Buhari veut freiner les importations agricoles

Le président nigérian Muhammadu Buhari poursuit sa politique protectionniste.
© PIUS UTOMI EKPEI / AFP

Le président nigérian Muhammadu Buhari demande à la Banque centrale de ne plus accorder des devises étrangères aux importateurs de produits agricoles. Il poursuit ainsi sa politique économique protectionniste. Au début de son premier mandat, il avait interdit l'importation de riz et relancé ainsi la filière locale. Muhammadu Buhari entend faire de même pour l'ensemble de la production agricole nigériane.

L'un des principaux secteurs visés par le président Buhari, c'est celui de la production de riz. Depuis des années, le Nigeria essaye de faire décoller sa production. Les différents gouvernements ont multiplié les incitations, le milliardaire Dangote s'est lancé dans la riziculture mais rien n'y fait. Le Nigeria reste, après la Chine, le deuxième importateur de riz au monde.

Et selon la FAO, les importations nigériannes vont continuer à augmenter pour atteindre les cinq millions de tonnes en 2028, soit la moitié des besoins du géant africain.

Dans toute l'Afrique de l'Ouest, la dépendance au riz importé est une constante. Selon le bulletin Osiriz, les importations de l'Afrique sub-saharienne devraitent augmenter de 6% cette année en raison d'une baisse de la production locale.

Et cette dépendance ne concerne pas que le riz. Ainsi, des pays comme le Bénin et le Sénégal importent la totalité de leurs besoins en blé. À l'exception de la Côte d'Ivoire dont la balance commerciale agricole est largement excédentaire, cacao oblige et même si des progrès sont réalisés ici et là, l'agriculture ouest-africaine peine à nourrir la population de la région. D'ici à 2025, les importations alimentaires du continent vont être multipliées par trois à 110 milliards de dollars.

Un signal aux pays voisins

En soufflant à la Banque centrale de ne plus faciliter les importations agricoles, Muhammadu Buhari veut respecter une de ses promesses de campagne. Au 1er trimestre 2018, le Nigeria importait pour 451 millions d'euros en produits agricoles. Un an plus tard la progression était de 25%.

De quoi donner des migraines au président Buhari, qui rêve d'un Nigeria autosuffisant et souverain en matière alimentaire. Parmi les nombreuses voix s'opposant à cette directive anti-importation, celles deux ex-candidats aux dernières présidentielles : l'ancien gouverneur adjoint de la Banque centrale Kingsley Moghalu, et l'ex-ministre de l'Éducation, Oby Ezekwesili, regrettent que « Muhammadu Buhari bafoue l'indépendance de la Banque centrale. »

De son côté, l'économiste Bismarck Rewane craint qu'une telle politique ne
conduise les importateurs à utiliser des circuits parallèles pour se procurer
des devises étrangères. Et par ricochet, cela conduirait à une augmentation
des prix des denrées alimentaires.

Un peu plus d'un mois après avoir signé l'entrée de son pays dans la zone de libre échange continentale africaine (ZLEC), le chef de l'État envoie un signal fort à ses compatriotes opérateurs économiques : il entend rester le promoteur n°1 du « Made in Nigeria ».

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