Soudan: le procès pour corruption d'Omar el-Béchir s'ouvre à Khartoum

Le président soudanais déchu Omar el-Béchir dans le box des accusés lors de l'ouverture de son procès pour corruption à Khartoum, le 19 août 2019.
© Ebrahim HAMID / AFP

Destitué le 11 avril dernier après quatre mois de manifestations populaires sans précédent, l'ancien chef d’État doit maintenant répondre d'accusations de corruption.

C'est la troisième fois qu'Omar el-Béchir, 75 ans, apparaît en public depuis sa chute. La première remonte à son arrestation en avril dernier, et la deuxième à sa comparution devant le parquet en juin, encadré par une escorte militaire imposante.

Même escorte ce lundi matin lorsque le président déchu est arrivé au tribunal, en habit blanc immaculé, coiffé de son traditionnel turban. Il a comparu derrière une cage de fer, encadré par des soldats, et salué par les « Allah Akbar » de ses partisans dans la salle. Des partisans à qui il a répondu en scandant la formule à son tour.

L'ouverture du procès était initialement prévue ce samedi 17 août, mais elle avait été reportée sine die, alors que la cérémonie de signature de l'accord de partage du pouvoir entre civils et militaires était prévue le même jour.

« Corruption » et « trafic d'influence »

Les chefs d'inculpation retenus contre l'ancien chef d'État sont la « possession de devises étrangères » et des actes de « corruption » et de « trafic d'influence », selon le parquet.

Ce sont les questions d'argent qui ont dominé cette première journée. Notamment ces liasses de billets retrouvées dans sa résidence après son arrestation, et complaisamment filmées à l'époque par la télévision d'État. Mais aussi - fait nouveau apporté au tribunal par l'un des enquêteurs - les 90 millions de dollars qui lui auraient été offerts en plusieurs paiements : 25 millions de dollars du prince héritier saoudien Mohammed ben Salman et 65 millions de dollars de la part du roi Abdallah, décédé en 2015. L'ex-président n'a fait aucun commentaire. La prochaine audience a été fixée à samedi prochain.

Voici ce qu’a déclaré, Ahmad Ibrahim el-Taher, chef de l’équipe des avocats de l’ancien président soudanais, à la sortie du tribunal : « Durant cette audience de procédure, l'accusation a présenté deux témoins. Ces témoins ont été écoutés et questionnés, d'abord par l'accusation, puis par la défense qui leur a posé beaucoup de questions. Une prochaine audience est prévue samedi. Elle sera encore consacrée à l'accusation et nous commencerons à entendre la défense la semaine prochaine. C'est le parquet qui décidera des résultats de l’audience d'aujourd'hui. Pour cela je ne pourrais pas vous dire davantage mais on peut dire que les choses vont dans le sens de la défense », a-t-il précisé.

« Bien-sûr, il y a un procès médiatique énorme contre Omar el-Béchir. Il y a des accusations excessives. Ils disent que le président a volé par-ci, par-là, qu'il a transféré de l'argent à l'étranger… C'est un procès monstrueux, celui qui a lieu à l'extérieur de cette salle. Mais ce qui se passe à l'intérieur de la salle du tribunal est tout à fait différent. Il y est question de preuves et, jusqu'à présent, le tribunal n'a apporté aucune preuve », a ajouté Maître Ahmad Ibrahim el-Taher.

Demande d’un procès pour crimes

Au Soudan, beaucoup de citoyens protestent contre ce jugement pour corruption de l'ancien président soudanais. Ils demandent à la justice et au prochain gouvernement civil de juger Omar el-Béchir pour tous les crimes qu’il a commis durant les trente ans où il a occupé la tête du pouvoir.

En mai, le procureur général soudanais avait ouvert des enquêtes pour « meurtres » de manifestants, notamment un médecin abattu les mains nues alors qu'il soignait un blessé. Un crime pour lequel on encourt la peine de mort au Soudan, et qui devrait valoir à l'ancien président un autre procès.

Moawiya Khodr al-Amine qui se présente comme l’avocat d’une des victimes, affirme avoir déposé un dossier pour faire remonter le dossier el-Béchir devant le procureur général afin d’inclure d’autres accusations plus graves. Il s'exprimait, ce lundi, devant la presse, à la sortie du tribunal.

« Nous commençons une nouvelle ère dans un Soudan nouveau. Nous avons une nouvelle justice dans un état de droit. Les martyrs tombés durant l'ère d’Omar el-Béchir ont été abattus par les armes de ce régime et par les directives d’Omar el-Béchir. L'ancien président était la cause de tous ces martyrs. C'est un criminel, un tueur. Nous considérons qu'il faut l'accuser d'avoir tué des citoyens innocents, d'avoir commis des crimes ethniques et d'avoir imposé des déplacements forcés aux gens du Darfour et à d'autres populations du Soudan. Pour les milliers de Soudanais qu'il a tués, nous allons renvoyer ce dossier au procureur général du gouvernement civil pour qu’il prenne en compte ces accusations lors du procès de ce criminel », a-t-il déclaré.

Omar el-Béchir est toujours sous le coup d'un mandat d'arrêt international délivré par la Cour pénale internationale pour « crimes contre l'humanité » et « génocide » commis au Darfour. Ce mandat reste actif malgré les procédures judiciaires au Soudan.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.