Madagascar: procès d'un navire chinois soupçonné de trafic de bois de rose

Le «Flying» est toujours amarré au port de Tamatave, dans l'est de Madagascar, en attendant le verdict prévu pour le 18 septembre prochain.
© Wikimedia Commons / JialiangGao

La cour d’appel de Tamatave rejugeait mercredi 28 août l’affaire dite du Flying, ce bateau soupçonné de trafic de bois de rose interpellé dans les eaux territoriales en décembre dernier. Mais l’audience a une nouvelle fois déçu les défenseurs de l’environnement qui accusent les autorités de laxisme dans la lutte contre le trafic de bois précieux.

Mi-octobre 2018, en pleine élection présidentielle, le navire Flying, battant pavillon panaméen, est repéré sur la côte nord-est de l’île, rodant tous signaux satellites éteints. Des informations fuitent sur l’embarquement probable de rondins de bois de rose le jour du second tour. La marine nationale intervient alors la veille du scrutin et arraisonne le navire. Dix-sept matelots, pour la plupart chinois, sont alors arrêtés. Deux d’entre eux arriveront à s’enfuir lors d’un séjour à l’hôpital.

Le bateau est fouillé. A l’intérieur, aucune trace de rondins précieux. Cependant, une partie des cales est soudée : les enquêteurs ne reçoivent pas d’autorisation pour la casser. En mars, l’équipage – 15 matelots d’une société hongkongaise – est condamné à 5 ans de prison ferme pour refus d’obtempérer, délit de fuite et passage non inoffensif. Mais la charge de « trafic de bois de rose » est abandonnée.

De quoi agacer les associations de protection de l’environnement, représentées par Ndranto Razakamanarina. « On n’a pas vraiment fait d’enquête de fond sur cette affaire-là, s’agace-t-il. Car tout le monde sait qu’auparavant, ce bateau s’appelait le Ming Feng et qu’il avait déjà été interpellé dans les eaux malgaches pour trafic et exportation de bois de rose. Comme par enchantement, le navire a réussi à s’échapper. Mais les preuves sont là. Alors pourquoi on ne remonte pas à ces affaires qui datent seulement de 2016 ? C’est vraiment symptomatique du manque de volonté de lutter contre ce trafic. »

Pas d’avocat pour l’État malgache

Une enquête bâclée. Un procès peu considéré. Clovis Razafimalala, militant écologiste, est inquiet. Son association avait proposé à l’État de trouver et payer un avocat pour le défendre, mais n’a jamais obtenu de retour. Mercredi, au procès, l’État une fois encore, n’avait personne pour le représenter. « Un gâchis » se lamente le défenseur de la forêt, pour qui « un procès sans avocat, n’est pas un vrai procès. »

Lors de cette audience, la demande de liberté provisoire des marins a été refusée. Le verdict est attendu pour le 18 septembre prochain. La cour d’appel devra également statuer sur le sort du navire, toujours amarré au port de Tamatave.

Mais vu l’absence d’avocat côté État malgache et le manque d’enquête approfondie, les associations écologistes se disent peu confiantes quant à l’issue du procès. « Des efforts importants ont été fournis pour arrêter ce bateau. Et si tout le monde est libéré, ce sera une vraie déception. La marine nationale et les garde-côtes ne feront plus d’efforts s’ils savent que tout cela est vain », explique Clovis Razafimalala. De son côté, l’Alliance Voahary Gasy, plateforme pour la préservation de l’environnement, regrette le manque de volonté d’interpeller les commanditaires dont les noms circulent depuis des années. Et l’absence de sanctions exemplaires contre ces derniers.

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