Afrique du Sud: les étrangers ciblés par un nouvel appel à manifester

Un Nigérian rassemble ses affaires après l'incendie de sa maison par des manifestants xénophobes à Pretoria, le 18 février 2017.
© REUTERS/James Oatway

Est-ce une nouvelle vague de xénophobie de grande ampleur à laquelle on assiste en Afrique du Sud ? Le pays est coutumier du fait, après les grandes violences de 2008 et de 2015. Différents corps de métier appellent à une grande mobilisation lundi 1er septembre dans le pays pour se « débarrasser » des étrangers, accusés selon eux de vendre de la drogue et de commettre des crimes. Plus tôt dans la semaine déjà, plusieurs magasins appartenant à des étrangers ont été brûlés dans la capitale Pretoria. Les pays de la région appellent leurs ressortissants à la prudence.

L’ambassade zambienne à Pretoria préfère prévenir la diaspora. Elle appelle en particulier les chauffeurs routiers à ne pas sortir de chez eux et ne pas travailler demain, compte tenu des « menaces sérieuses à leurs encontre ».

Les chauffeurs étrangers visés

Car ce sont les chauffeurs étrangers qui sont dans le viseur des manifestants. D’après le communiqué, les Sud-Africains sont appelés à se défaire des migrants par tous les moyens… des migrants accusés de trafic de drogue, de vol et de prendre les emplois des locaux.

Alors, certains camionneurs étrangers ont témoigné de leur peur depuis plusieurs semaines au moment de prendre le volant. En effet les pseudo-barrages routiers se sont multipliés à travers le pays, et en particulier dans la province du Kwazulu Natal, où des associations de chauffeurs sud-africains se font justice eux-mêmes. Ils bloquent les conducteurs étrangers de poids lourds ou de bus, brûlent les véhicules et détruisent leurs cargaisons.

Depuis un an en Afrique du Sud, on compte plus de 200 étrangers morts dans ces circonstances. La politique de la peur a l’air de fonctionner. Selon le porte-parole des diasporas africaines à Johannesburg, Vusimuzi Sibanda, les attaques pourraient rapidement dégénérer. « Ces attaques ont commencé l’an dernier, en août, lorsque des épiceries tenues par des étrangers ont été détruites car elles auraient vendu des produits expirés. Et a chaque fois que la population a attaqué les migrants depuis, le gouvernement répond toujours de la même façon, c’est-à-dire en arrêtant les étrangers. Et ça ne s’arrête pas. Depuis l’an dernier, on a vu beaucoup d’attaques… des chauffeurs routiers poignardés à Durban, avant que leurs camions ne soient brûlés. Il y a un mois, il y a eu un grand raid de la police dans le centre de Johannesburg. On sait déjà quasiment ce qui va se passer aujourd’hui. Il va y avoir des morts et des destructions de magasins. Nous sommes vraiment inquiets car on sent que ça va mal se passer. »

Le gouvernement est resté silencieux à propos de ces incidents. Et lorsque l’ONG Human Rights Watch a récemment publié un rapport sur ces violences routières, le ministre des Transports Fikile Mbalula s’est contenté de répondre : « La crise est causée par un surnombre de conducteurs étrangers dans l'industrie et dont beaucoup sont sans papiers. »

Le silence des autorités dénoncé

« De l’autre côté, reprend Vusimuzi Sibanda, on voit aussi beaucoup de membres des diasporas ici qui se préparent en cas d’attaques. Ils s’organisent pour riposter. Donc ça risque d’être violent. On va aussi surement voir les pays voisins protéger leurs ressortissants en usant de représailles. Les camions ou bus sud-africains seront peut-être bloqués hors d’Afrique du Sud. On se dirige vers une crise généralisée. »

Quant à Dewa Mavhinga, directeur de Human Rights Watch pour l'Afrique Australe, il déplore l'inaction des responsables politiques devant la montée des tensions : « il semble que les autorités n'aient jusqu'ici rien prévu pour empêcher d'éventuelles attaques, alors que nous savons bien que la mobilisation va dégénérer. Mais les autorités sud-africaines refusent de reconnaître qu'il y a un problème de xénophobie dans le pays. Et ça, c'est problématique. Il faudrait que les pays voisins, tels que le Zimwabwe, le Mozambique, le Malawi et la Zambie fassent pression sur l'Afrique du Sud pour régler le problème. Car c'est une crise grave. Et pourtant elle est jusqu'ici ignorée, et la Communauté de développement d'Afrique australe ne réagit pas non plus. »

→ Récouter : Xénophobie en Afrique du Sud, l'enfer des diasporas africaines

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