RDC: l’insécurité et Ebola au menu de la visite de Guterres à Beni

Arrivée, à Beni, dans l'est de la RDC, du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, le 1er septembre 2019.
© ALEXIS HUGUET / AFP

Le secrétaire général des Nations unies est arrivé, ce dimanche matin 1er septembre, à Beni, l'un des épicentres de l'épidémie d'Ebola, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). Il s’est ensuite envolé pour Mangina, à 30 km de Beni, où il a visité le Centre de traitement d'Ebola (CTE). La bourgade de Mangina a été le premier foyer de l'épidémie qui a fait plus de 2 000 morts, selon les derniers décomptes. Les habitants de Beni, en proie également aux attaques meurtrières attribuées en particulier aux rebelles ADF, attendent aussi Antonio Guterres sur les questions de sécurité.

Au deuxième jour de sa visite en RDC, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s'est rendu au centre de traitement du virus Ebola de Mangina, près de la ville de Beni.

Le choix de s’y rendre a une forte portée symbolique puisque c’est ici que l’épidémie d’Ebola est apparue, il y a plus d’un an. Malgré une accalmie, elle est repartie de plus belle, au début de cette année. « Elle reste très active », a déploré le coordinateur de la riposte, avec encore vingt-quatre cas détectés, ces trois dernières semaines.

Dans le centre de traitement, Antonio Guterres a rendu visite aux patients « suspects », ceux dont on attend de savoir s’ils ont contracté la maladie d’Ebola. Il a échangé quelques mots avec eux, puis il s’est entretenu avec du personnel soignant. Il a vanté « le travail extraordinaire qu’ils font » et leur « courage ».

Il a enfin participé, aux côtés du secrétaire général de l’OMS, à une cérémonie de remise des diplômes à des personnes guéries d’Ebola. « Vous êtes des héros ! » leur a-t-il lancé. « Héros pour avoir vaincu la maladie mais aussi pour avoir eu la sagesse de venir se faire soigner », a ajouté le secrétaire général de l’ONU.

Antonio Guterres a ensuite lancé un appel à tous les habitants de la région pour qu’ils viennent se faire soigner, dès les premiers symptômes car « vous pouvez guérir », a-t-il martelé.

Un peu plus tôt, le coordinateur de la riposte s’était plaint des résistances auxquelles font encore face ses équipes de la part des populations et qui ralentissent l’éradication de l’épidémie.

Je tiens à exprimer toute mon admiration […] pour toutes celles e ceux qui ont été guéris et sont, aujourd’hui, je dirais, le témoignage le plus important qui démontre qu’il y a une solution pour Ebola, qu’il faut que tout le monde se présente quand il y a des symptômes, pour pouvoir être traité.

Antonio Guterres
01-09-2019 - Par Florence Morice
Au deuxième jour de sa visite en RDC, le Secrétaire général des Nations unies António Guterres s'est rendu au centre de traitement du virus Ebola de Mangina, près de la ville de Béni, le 1er septembre 2019. © Florence Morice/RFI

Promesse du soutien de l'ONU

Dès son arrivée, ce dimanche matin, à Beni, c'est le thème de l'insécurité que le secrétaire général des Nations unies a aussitôt évoqué.

« Je souhaite, par ma présence ici aujourd’hui, réaffirmer le plein soutien de la Monusco dans la lutte contre les groupes armés qui sèment la peur et la mort. La Monusco et ses partenaires, les FARDC et la police nationale congolaise, continueront à travailler ensemble pour ramener la paix et la sécurité dans la région. Je présente mes sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes de cette violence. Il est important que la population de Beni sache que nous avons entendu ses cris de détresse. Les Nations unies, dans leur ensemble, sont déterminées à soutenir les autorités congolaises, les communautés locales et les acteurs de la société civile dans la lutte contre l’insécurité. C’est l’un des sujets que j’évoquerai avec les autorités nationales, à Kinshasa, dans quelques jours », a déclaré Antonio Guterres.

Il faut faire plus en coopération entre la Monusco et les forces armées de la République démocratique du Congo. Ceci sera au centre de mes conversations, à Kinshasa. […] Je crois que l’on peut améliorer la réponse du point de vue sécuritaire. A mon avis, ce n’est pas une question de nombre des troupes mais une question de stratégie d’actions conjointes des deux forces que l’on peut et on doit améliorer pour contrer l’ADF.

Antonio Guterres
01-09-2019 - Par Florence Morice

Message à Guterres

La question sécuritaire a également été évoquée à Goma. Antonio Guterres y a visité, samedi, un centre d’accueil pour miliciens démobilisés. Il a appelé les combattants à faire de même.

« J’ai entendu des témoignages poignants de gens qui vivaient dans la brousse, dans l’illusion qu’étant dans un groupe armé, ils pourraient avoir une vie meilleure. La vérité c’est que c’est une vie tragique, une vie sans futur. Et mon appel à tous les combattants des groupes armés qui sont encore dans la brousse, c’est qu’ils puissent aussi se présenter, qu’ils puissent aussi venir dans un centre comme celui-là et qu’ils puissent penser à une nouvelle vie en paix dans leur communauté d’origine et en se réintégrant d’une façon harmonieuse dans la société », a appelé le secrétaire général des Nations unies.

L’armée congolaise a, de son côté, communiqué pour la première fois sur ses pertes, dans le cadre de la lutte contre les différents groupes rebelles et en particulier les ADF, depuis le lancement de l’opération Sokola 1, dans cette région. L’armée aurait ainsi perdu 1 662 soldats, depuis 2014.

Sylvain Ekenge, porte-parole adjoint des Forces armées de la République démocratique du Congo, a annoncé que l’armée va prochainement renforcer sa présence sur le terrain et lancer « des opérations d’envergure seule ou avec des partenaires » et demande à la Monusco d’être plus active à leurs côtés.

« Tout ce que nous voulons c’est que la Monusco puisse effectivement jouer son rôle. Eux-mêmes savent que la Monusco ne joue pas le rôle attendu d’elle. Surtout que la FIB [brigade d’intervention], depuis un certain temps, s’est repliée sur des bases que nous ne connaissons pas. Ils ont leurs exigences. Nous, on n'a pas d’exigences, nous n’avons aucune objection. S’ils veulent travailler avec nous, on va travailler ensemble », a déclaré Sylvain Ekenge.

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