Museveni et Magufuli demandent la reprise du projet de pipeline Ouganda-Tanzanie

Le président tanzanien John Pombe Magufuli s'est emporté contre l'administration ougandaise.
© REUTERS/Sadi Said

Le président ougandais Yoweri Museveni a fini samedi 7 septembre une visite de deux jours en Tanzanie pour renforcer les relations économiques entre les deux pays, alors que la compagnie pétrolière française Total a annoncé que le projet de pipeline entre les deux pays était suspendu, en raison d'un problème fiscal entre son partenaire Tullow et l'administration fiscale ougandaise.

Les deux chefs d'État ont participé à une rencontre avec des hommes d'affaires et ont tous deux appelé à la poursuite de ce projet de pipeline qui devrait couter quelque 3,5 milliards de dollars et permettre au pétrole ougandais d'être exporté via la Tanzanie.

Face à la presse, le président Magufuli s'est emporté contre l'administration fiscale ougandaise. Pour le chef de l'État tanzanien, ce projet de pipeline long de près de 1 500 kilomètres est crucial pour l'économie de son pays.

« On est supposé avancer sur ce dossier, dans le monde des affaires, on ne peut pas tout gagner. Vous devez apprendre à sacrifier des gains sur le court terme pour obtenir des gains sur le long terme. J’ai décidé d’en parler, car ce qui se passe me fait mal. C’est possible de changer la loi de finances ou même le régime d’impôt au Parlement afin de permettre d'installer ce pipeline. Des gens ont été déployés pour déterminer son tracé. Huit villages tanzaniens pourraient bénéficier directement de ce forage. »

Le président ougandais Yoweri Museveni a tenu lui à rassurer son partenaire tanzanien. « Ce pipeline verra le jour. La situation est sous contrôle du gouvernement ougandais. Nous nous sommes mis d'accord avec le gouvernement tanzanien, je tenais à remercier le président Magufuli pour les concessions qu'il a faites auprès des sociétés pétrolières pour que ce projet voie le jour. Soyez sûr que le gouvernement ougandais ne sera pas pris à défaut dans la mise en œuvre de ce projet. »

Ce projet date déjà de 2006. Selon la presse tanzanienne, le président Magufuli a plaisanté en expliquant qu'il aimerait bien, quand il entrera en fonction, appeler ce pipeline « le pipeline de Kaguta », du nom de Yoweri Kaguta Museveni.

Les origines du bras de fer entre les pétroliers et l'Ouganda

En 2010, la société britannique Tullow finit l'acquisition de parts de plusieurs blocs pétroliers sous le lac Albert. Il les achète à une société basée dans un paradis fiscal, Heritage Oil. A l'époque, déjà, l'administration fiscale ougandaise réclame plus de 400 millions de taxes sur cette transaction d'une valeur d'un milliard et demi.

Tullow et Heritage s'affrontent en justice pour savoir qui va payer, et Tullow l'emporte. Cette société prévoit de céder ses parts à deux géants, le français Total et le chinois CNOOC, une alliance qui donne corps au projet pharaonique d'un pipeline entre l'Ouganda et la Tanzanie.

L'accord est signé avec le pétrolier français en 2017, Total doit verser 900 millions à son partenaire Tullow. Sur ces blocs pétroliers, on s’attend à une production d’environ 200 000 barils par jour dans les prochaines années.

Le processus de cessation des parts devait s'achever le 29 août 2019, il a été annulé par l'administration fiscale ougandaise qui refuse d'accorder à ces sociétés l'allègement fiscal « nécessaire », selon les pétroliers. Elle réclame 167 millions de dollars de taxes pour autorisation la finalisation de cette transaction.

Pour un spécialiste de l'Ouganda, « avec la présidentielle de 2021, le président Museveni a besoin d'argent à court terme et pour ça, il est prêt à mettre en péril ses intérêts de long terme », explique-t-il.

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