Fin de campagne en Tunisie, la jeunesse reste peu enthousiaste

Des Tunisiens écrivent et signent un grand panneau sur lequel est inscrit : «Nous élisons et nous continuons», lors de l'ouverture de la salle de presse pour l'élection présidentielle, le 12 septembre à Tunis.
© REUTERS/Muhammad Hamed

Dernier jour de campagne électorale en Tunisie. 26 candidats sont en lice. Parmi eux, des figures de la vie politique, d’anciens ministres notamment. Cette campagne aura été dominée par une thématique : les difficultés économiques et sociales.

Youssef Chahed veut mettre fin au « clanisme familial en politique ». À Sidi Bouzid, ville symbole de la révolution de 2011, le Premier ministre a promis de trouver des solutions pour le développement de l’intérieur du pays. Il a toutefois été chahuté dans certaines localités, où les habitants sont déçus par sa politique d’austérité.

De son côté, Abdelfattah Mourou, le candidat d’Ennahdha, prévoit de réduire les inégalités sociales. Il s’est engagé à soutenir les jeunes, les chômeurs et les retraités.

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Abir Moussi, l’avocate fidèle aux idées de Ben Ali, promet quant à elle de se pencher sur les affaires de sécurité nationale.

Autre prestation remarquée : celle du libéral Mohcen Marzouk, qui veut restaurer la diplomatie tunisienne à travers un Haut Conseil composé d’intellectuels et d’hommes d’affaires.

Électeurs désabusés

Face aux ambitieux ténors de la politique, quels seront leurs électeurs potentiels, notamment au sein de la jeunesse ? 63 % des jeunes font partie du corps électoral, mais combien iront réellement voter dimanche ? Bon nombre d'entre eux sont désenchantés. Ils subissent de plein fouet la crise, en particulier le chômage qui handicape de nombreux diplômés.

Dans une ruelle délabrée du centre-ville, quatre jeunes sirotent une tasse de thé. Quatre jeunes totalement découragés par la politique. Parmi eux, Houssem Sohli, 23 ans. « Je ne suis pas convaincu par les candidats. Je ne sais pas ce que je vais faire. Je vais voter avec un bulletin blanc. Cela ne m'intéresse pas et je ne suis pas intéressé pour les écouter car ce sont des menteurs. »

Même dégoût exprimé par Djamila. Cette trentenaire donne des cours d’anglais dans un institut privé. Pour arrondir les fins de mois, Djamila cumule deux postes. Et son maigre salaire de 500 dinars par mois ne lui suffit pas. « C’est très difficile, parce que j’ai beaucoup de factures à payer. Je peux à peine payer mon loyer et mes déplacements, car j’habite très loin du centre-ville. »

Alors comme tous ses amis, Djamila espère bientôt émigrer à l’étranger. « Mon frère, mes cousins, mes amis, ils travaillent tous au Canada ou au Moyen-Orient, parce qu’ils n’ont pas trouvé de bon boulot en Tunisie. À l’étranger, les salaires sont meilleurs. » Découragée, Djamila n’ira pas voter dimanche.


Nabil Karoui, une campagne en cellule

À deux jours du premier tour de l’élection présidentielle, la Cour de cassation se réunit pour examiner une demande de remise en liberté du candidat détenu depuis le 23 août pour des soupçons de fraude fiscale et de blanchiment. Difficile d’évaluer la réelle cote de popularité de Nabil Karoui, patron de Nessma TV, mais il est indéniablement l’un des prétendants sérieux à la qualification pour le second tour. Grand absent des débats télévisés, Nabil Karoui s’adresse aux classes populaires. Il mène, selon ses mots, « une bataille contre la pauvreté ».

L’homme de télé ne laisse rien au hasard et peaufine sa stratégie depuis des mois, entouré par une équipe de professionnels. Au moment où son audience judiciaire était confirmée, il annonçait, par l’intermédiaire de son équipe de campagne, avoir entamé du fond de sa cellule une grève de la faim. Une initiative qu’il motive non pas par une volonté de quitter sa geôle, mais pour simplement réclamer le droit de voter dans deux jours.

Libération peu probable ce vendredi

L’homme de 56 ans connaît parfaitement les rouages de la communication pour occuper l’espace médiatique jusqu’aux dernières heures avant le vote. Le 5 septembre, la cour d’appel de Tunis a rejeté sa demande de libération. Cette fois, c’est à la Cour de cassation de se prononcer sur le recours déposé contre son arrestation. Ses avocats estiment que la justice veut examiner définitivement tout recours avant l’élection. En cas de rejet, le délai pour introduire de nouveaux recours prolongerait d'autant la détention du candidat.

Les probabilités d’une libération ce vendredi sont minimes selon eux. Les espoirs du candidat reposent essentiellement sur une déclaration de vice de procédure. De son côté, dans une rare mise au point, la Cour de cassation, à l’heure où foisonnent les accusations d’instrumentalisation de la justice, demande à être tenue à l’écart des polémiques. Elle affirme que sa mission première est, en toute neutralité, de veiller à l’application de la loi.

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