Présidentielle en Tunisie: vote dans le calme pour le premier tour

Une Tunisienne dépose son bulletin dans l'urne le 15 septembre à La Marsa, dans les environs de Tunis.
© Fethi Belaid / AFP

En Tunisie, sept millions d'électeurs sont appelés à choisir leur président parmi une myriade de candidats ce 15 septembre. Une présidentielle particulièrement indécise, selon les observateurs.

A retenir
■ Il y a 24 prétendants.
■ Parmi les candidats, il y a le Premier ministre au bilan contesté Youssef Chahed, le magnat des médias poursuivi pour blanchiment d'argent et incarcéré Nabil Karoui, ou encore le premier candidat du parti d'inspiration islamiste Ennahdha, Abdelfattah Mourou.
■ À quelques heures du silence électoral imposé la veille, deux candidats de second plan ont annoncé leur désistement en faveur du ministre de la Défense Abdelkarim Zbidi.

Un vote dans le calme

►Sur les réseaux sociaux, des Tunisiens affichent leur doigt taché d'encre, signe qu'ils ont bien voté, ou commentent leur geste avec le mot-clé (hashtag) #tunisiavotes. A 9h, une heure donc après l'ouverture des bureaux de vote, le taux de participation était de 1,9% (Isie).

Un Tunisien montre son doigt taché d'encre après avoir voté pour la présidentielle, le 15 septembre 2019 à La Marsa, dans les environs de la capitale Tunis. © Fethi Belaid / AFP

Décès de Béji Caïd Essebsi: quel bilan pour sa présidence?

► Le ministre de la Défense et candidat à l'élection, Abdelkarim Zbidi, a voté à Sousse.

Vote de Abdelkarim Zbidi, ministre de la Défense et candidat à l'élection présidentielle, à Sousse, Tunisie, le 15 septembre 2019. © REUTERS/Amine Ben Aziza

►Le candidat du parti islamiste Ennahda Abdelfattah Mourou et son épouse montrent leur doigt trempé d'encre après avoir voté le 15 septembre 2019, à La Marsa, dans les environs de la capitale Tunis.

Le candidat du parti islamiste Ennahda Abdelfattah Mourou et son épouse montrent leur doigt trempé d'encre après avoir voté le 15 septembre 2019, à La Marsa, dans les environs de la capitale Tunis. © Fethi Belaid / AFP

Le chef du parti Ennahda, Rached Ghannouchi a lui aussi voté à Ben Arous près de la capitale Tunis.

►Le Premier ministre tunisien sortant Youssef Chahed, lui-même candidat à l'élection présidentielle anticipée, est venu déposer son bulletin ce matin dans le bureau de vote de La Marsa.

Le Premier ministre tunisien Youssef Chahed dépose son bulletin de vote dans l'urne au bureau de vote de La Marsa, près de Tunis, le 15 septembre 2019. © Fethi Belaid / AFP

Reportage dans les bureaux de vote de Tunis
15-09-2019 - Par Bineta Diagne

► Ce matin, à Mégrine, un quartier populaire de la capitale Tunis, le vote pour la présidentielle anticipée a démarré à l'heure, à 8h, avec essentiellement des personnes âgées, qui préfèrent voter tôt pour éviter la canicule. On compte en revanche peu de monde devant les bureaux de vote. « Les personnes âgées votent le matin et les jeunes plus tard, l’après-midi », relativise tout sourire, Hayouni Fadhel, le président du bureau de vote, à notre envoyée spéciale.

►A la Une: l’indécise présidentielle en Tunisie

On sent un certain optimisme. Beaucoup d’électeurs sont fiers de voter librement. « Je suis libre de choisir mon président et c’est le plus important », disait un vieil homme de 70 ans. Sur le fond, les électeurs croisés ce matin ont une préoccupation commune : redresser l’économie. « Notre futur président doit lutter contre le chômage », explique une femme d’âge mur.

Au milieu de tout cela, il y a aussi des électeurs découragés, frustrés. « Moi je n’ai voté pour personne, il n’y a que des discours, je n'aime pas les politiques », lâche l'un d'entre eux, d’un ton sec, à la sortie d’un bureau de vote.

► À Jendouba, dans le nord-ouest du pays, l’ambiance est plutôt bon enfant. Notre envoyé spécial se trouve dans un centre situé d’ailleurs comme dans tous les centres de la ville dans une école primaire. Une cinquantaine de votants à la moyenne d’âge plutôt avancé sont présents. « Les jeunes dorment et ne viendront pas voter », confie Sidi Ahmed. Ou alors ils arriveront plus tard. Celui-ci avait le doigt marqué à l’encre bleu, preuve du devoir accompli. Au niveau sécuritaire, une quinzaine de militaires armés veillent à la sécurité de ce scrutin dans ce bureau pendant que des bénévoles avec des dossards aux couleurs de la Tunisie répondent aux questions des citoyens.

Cette ville de 50 000 habitants est marquée par le chômage, l’absence de développement économique, et des promesses non tenues pour relancer l’emploi, ce qui risque de se faire ressentir dans les urnes car nombre de citoyens confiaient encore ce matin qu'ils votaient contre les visages politiques traditionnels en place. Ce qui laisse augurer, comme ailleurs dans le pays, d’un scrutin particulièrement ouvert entre les candidats dont l’appartenance aux partis n’est plus un argument.

Ici la colère est perceptible certes, mais elle est teintée de résignation, car le poids de ce gouvernorat de Jendouba est faible sur les 7 millions d’inscrits dans le pays. Cette région, qui longe la frontière algérienne, compte seulement 270 000 votants. Par ailleurs, lors de la dernière présidentielle en 2014, le taux de participation y a été le plus faible avec à peine 53%.

► Ce matin, une petite vingtaine de personnes faisaient la queue devant l’école de la rue de Marseille, à Tunis. Ces électeurs sont venus très tôt, vers 7h, pour être sûrs de voter. « Je veux élire un président qui va redresser l’économie de mon pays », confie un vieil homme en lisant son journal, pour faire passer le temps.

« Voter librement »

Redresser l’économie : cette expression est quasiment dans tous les esprits. « Depuis huit ans, le pays a chaviré, la Tunisie est un bateau à la dérive », ironise un autre électeur. Dans la file d'attente, on compte également des jeunes. Omar, la trentaine, rêve d’un président qui va lutter contre le chômage des jeunes diplômés.

Devant le centre de vote, d’autres électeurs affichent leur fierté de voter, comme Abdel Aziz Mahjoub, un retraité, qui nous raconte avoir vécu la contrainte sous Habib Bourguiba, puis sous Zine el-Abidine Ben Ali. « Je suis heureux, dit-il, de voter librement aujourd’hui ».

Côté organisation, pas de retard dans ce centre. Le matériel électoral était en place et les agents de l’ISIE, l'Instance supérieure indépendante pour les élections, attendaient avec impatience le démarrage officiel du vote à 8h.

SUR RFI SAVOIRS

■ La famille Essebsi une nouvelle fois en deuil

On a appris par ailleurs aujourd'hui le décès de Chadlia Caïd Essebsi, l'épouse du président Béji Caïd Essebsi décédé le 25 juillet quelques semaines avant la fin de son mandat. Elle est morte à son tour ce 15 septembre, jour de l'élection présidentielle anticipée, a annoncé son fils.

Chadlia Saïda Farhat, l'épouse du président tunisien Béji Caïd Essebsi, lors des funérailles de son époux, le 27 juillet 2019. © FETHI BELAID / AFP

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.