Mort de Ben Ali: à Tunis, peu d’émotion après la disparition du dictateur déchu

Zine el-Abidine Ben Ali photographié avec sa femme Leila le 9 mai 2010, un an avant le soulèvement populaire qui le chassera du pouvoir.
© Fethi Belaid/AFP

L’ancien président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali est mort ce jeudi  19 septembre en Arabie saoudite. Agé de 83 ans, il avait fui le pays, en janvier 2011, lors de la révolution. RFI est allée recueillir les réactions de Tunisiennes et Tunisiens après l’annonce de sa mort, au moment où les questions sur le lieu de son enterrement comment à se poser.

À Carthage, près du palais présidentiel, Kamel Mansour ne garde pas un bon souvenir de l’arrivée de Ben Ali. « Moi j’ai habité ici et Ben Ali a habité dans son nouveau palais. Je me rappelle la police qui surveille, vous harcèle. Puis la famille de sa femme et son entourage ont été vraiment violents et injustes et corrompus. »

Plus loin, à Tunis, dans un café populaire, Ahmed classe pourtant le défunt au rang des autres présidents : « Comme Habib Bourguiba, comme Béji Caïd Essebsi ».

Un respect davantage exprimé par les anciens qui se souviennent des réfrigérateurs pleins à l’époque, contrairement aux difficultés économiques actuelles. Selma, jeune cadre dynamique, n’a aucun regret. « Je suis tout à fait indifférente à la mort de Ben Ali. Il ne représente plus rien pour les Tunisiens. Peut-être les frigos étaient remplis, mais au niveau des libertés, on galérait, c’était la dictature. Je pense que maintenant, on a un peu faim, les frigos sont moins remplis, mais on est plus heureux. »

Enterré à la Mecque ou à Tunis ?

Beaucoup de Tunisiens souhaitent tourner la page, à l’image de Mounir Ritoun : « Que Dieu ait pitié de chaque personne, qu’elle soit mauvaise ou bonne. Ça ne sert à rien de revenir là-dessus. Et la vie continue. »

Quelque heures la mort de l’ancien président, se pose la question de son enterrement. Sur le sol saoudien ou sur sa terre natale ? C’est à la famille de décider où se dérouleront ses funérailles. Selon son avocat, il aurait exprimé le souhait d’être enterré à La Mecque, en Arabie saoudite. Son conseil affirme en avoir discuté avec lui peu de temps avant sa mort.

Au début du mois, le Premier ministre tunisien affirmait être prêt à accueillir le dictateur déchu en fin de vie pour qu’il puisse mourir sur le sol tunisien. L’argument du candidat, en pleine campagne électorale, n’avait pas convaincu. Plusieurs hauts responsables comme le conseiller présidentiel Firas Guefrech ont demandé que les obsèques aient lieu en Tunisie.

Le gouvernement serait disposé à accepter la tenue d’un enterrement sur sa terre natale. Le dernier mot devrait revenir à sa femme et ses enfants. Certains responsables évoquent également des funérailles rapidement en Arabie saoudite où il est mort, puis plus tard un rapatriement de sa dépouille.


Pays précurseur et seul rescapé du printemps arabe, la Tunisie est toujours en quête de plus de démocratie

Un président inamovible et  des Tunisiens en apparence résignés et peu frondeurs. Personne n’aurait pu imaginer qu’un printemps arabe débuterait à Tunis en 2011. Et c’est pourtant en moins d’un mois que les Tunisiens renversent Zine el-Abidine Ben Ali. Un moment historique qui a très vite fait des émules. L’Égypte, la Libye, la Syrie : en quelques mois, l’onde de choc tunisienne secoue l’ensemble du monde arabe… avec des résultats très différents. Et finalement peu d’ouverture démocratique quand le pays ne sombre pas dans une guerre totale.

Huit ans après, seule la même Tunisie entretient toujours la flamme révolutionnaire. Malgré les soubresauts politiques et sécuritaires qui ont meurtri le pays, les Tunisiens ont réussi à préserver leur principal acquis, celui de s’exprimer librement et de continuer à exiger le changement.

Signe de cette révolution qui n’en finit pas, ils viennent encore dimanche dernier de faire entendre leur voix dans les urnes en choisissant deux figures improbables qui s’affronteront au second tour de l’élection présidentielle.

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