Les scientifiques s'interrogent sur les résurgences de la peste

Un laboratoire de surveillance de la peste à Madagascar
© ©IRD/ Thibault Vergoz

Une centaine de scientifiques du monde entier étaient réunis pendant trois jours dans la capitale malgache pour partager leurs recherches et leur réflexion autour de Yersinia, le bacille responsable de la peste.

Depuis une trentaine d’années, la peste a fait sa réapparition dans des pays dans lesquels on la pensait éradiquée. Comment expliquer ce phénomène ? Et quelles sont les conséquences ? Algérie, Russie, Kazakhstan, Arabie Saoudite, Zambie… Pendant plusieurs dizaines d’années, la peste a disparu des systèmes radars de ces pays. Et puis un beau jour, des cas ont réémergé, entrainant des épidémies.

« Une des principales raisons, c’est que l’on croit qu’elle a disparu parce qu’on n’a pas de cas humain, explique la professeur Elisabeth Carniel, spécialiste mondiale de la maladie et actuelle directrice générale du Centre Pasteur au Cameroun. Or le réservoir de la peste, c’est les rongeurs. Elle peut donc vivre longtemps parmi les rongeurs sans qu’il y ait de contact avec l’homme pendant un certain temps. »

Foyers silencieux

L’exemple le plus probant pour les chercheurs est celui de l’Algérie où aucun cas de peste n’a été détecté pendant 50 ans. Mais en 2003, une épidémie fait rage à Oran. L’analyse moléculaire des souches pathogènes montre alors qu’elles sont identiques à celles des années 50. Aussi, Elisabeth Carniel préfère donc parler de foyers silencieux, plutôt que de foyers éteints, dont les conséquences sont parfois dramatiques quand ils sont réactivés.

« Heureusement, de nos jours, on a des antibiotiques, on n’est plus comme au Moyen-Age où une grande partie des gens mouraient sans traitement. De nos jours, on peut les traiter assez vite. Donc les conséquences en santé sont beaucoup plus limitées et heureusement. Néanmoins, il peut y avoir des impacts économiques comme on l’a vu en Inde, en 1994, après 30 ans sans cas de peste, où ça a été dramatique. C’était la forme pulmonaire, qui est mortelle pratiquement dans 100% des cas quand elle n’est pas traitée et qui a conduit à des milliers de cas suspects, puis à une fermeture de toutes les frontières avec les pays extérieurs donc une perte économique immense avec des gens qui ont fui de tous les côtés, les médecins y compris. »

Davantage de surveillance

Les chercheurs préconisent donc plus de contrôles pour limiter l’expansion de foyers existants, comme à Madagascar, mais aussi plus de surveillance dans les zones où le bacille est en train de réapparaitre.

Pour ce qui est de l’Europe, où la peste a décimé près du tiers de la population au Moyen-Âge, si les chercheurs s’accordent à dire qu’il n’y a plus aucun foyer autochtone, une réimportation est toujours possible vu les flux constants de personnes avec les moyens de transport actuels. Toutefois, les conditions sanitaires et médicales ont bien changé, ce qui limite néanmoins le risque d’épidémie.

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