RCA: la CPI se penche sur les charges portées contre Ngaïssona et Yekatom

L'ex-chef de milice centrafricain, Patrice-Edouard Ngaïssona, devant la CPI, à La Haye, en janvier 2019.
© Koen van Weel / POOL / AFP

A partir de ce jeudi et jusqu'au 27 septembre, les juges de la Cour pénale internationale étudient les charges portées par la procureure contre les ex-chefs anti-balaka Patrice-Édouard Ngaïssona et Alfred Yekatom. Les deux hommes sont suspectés de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.

Avec notre correspondante à La Haye, Stéphanie Maupas

Mahamat Babakar, ancien habitant du kilomètre 5 de Bangui dont la maison et la plantation ont été pillées, a des trémolos dans la voix quand il évoque ce qu’il a vécu il y a cinq ans.

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Les deux Centrafricains sont suspectés de meurtre, extermination, déportation, torture, persécution, disparitions forcées, attaques contre les civils et contre des mosquées. Une longue liste de crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis lors du conflit de 2013 et 2014 opposant la Seleka aux anti-balaka, la milice à laquelle appartenaient les deux suspects.

Au cours des audiences qui débutent ce jeudi, tout l’enjeu pour la procureure va consister à convaincre les juges de mettre les deux suspects en accusation. Car les deux hommes ne sont pas encore en procès : ces audiences visent à confirmer ou non les charges portées à leur encontre.

Décrit comme le plus haut dirigeant des anti-balaka, Patrice Ngaïssona avait été arrêté en France en décembre 2018 et rejoignait quelques semaines plus tard Alfred Yekatom dans la prison de la CPI.

Le député est tombé presque par hasard dans l’escarcelle de la procureure. A Bangui, en pleine séance de l’Assemblée nationale, il avait sorti son revolver avant de se retrouver en prison puis dans un avion pour La Haye en novembre 2018. Lors de la guerre, il aurait pris la tête d’un bataillon de près de 3 000 hommes, selon l’accusation, semant la terreur et ciblant les musulmans.

Les deux suspects sont les premiers Centrafricains à comparaître devant la Cour. Mais la procureure poursuit son enquête ouverte en 2014 à la demande de Bangui. Au terme de ces audiences, prévues jusqu’au 27 septembre, les juges auront soixante jours pour délibérer.

L'ancien chef de milice anti-abalaka, Alfred Yekatom Rombhot, surnommé « Rambo », est comparu pour la première devant la CPI, le vendredi 23 décembre 2018. © REUTERS/Piroschka van de Wouw/Pool

Diffusion dans les médias centrafricains

Les autorités centrafricaines ont demandé aux médias publics nationaux de retransmettre ces audiences. Une façon, assure le porte-parole du gouvernement Ange-Maxime Kazagui, de permettre aux Centrafricains de mieux comprendre ce qui s'est passé et d'avancer vers la réconciliation.

« Nous attendons que les charges soient clairement établies et que les Centrafricains, ceux qui attendent la vérité et la justice, soient édifiés. Nous voulons que les Centrafricains entendent, écoutent, regardent, soient informés. Que s’est-il passé ? Sont-ils réellement coupables ? Qu’ont-ils fait ? Sont-ils les seuls à l’avoir fait ? C’est avancer vers la compréhension de ce qui est arrivé aux Centrafricains. C’est donc des efforts vers la paix. »

Le ministre note toutefois, comme le font de nombreux concitoyens, que pour l'instant ce sont les anti-balaka qui sont jugés au travers de ces deux hommes. Les Seleka n'ont pas encore eu à répondre de leurs actes devant la justice internationale. « Il faut aussi de l’équité. Les Centrafricains pensent qu’il y a eu beaucoup d‘efforts pour que la justice soit rendue mais souhaitent que ce soit équitable. Qu’il n’y ait pas un camp plutôt qu’un autre. Nous pensons que le mouvement qui avance s’inscrit dans ce sens-là. »

Quand ils sont arrivés, il y a eu beaucoup de désordre. Il y a eu des tueries, ils ont fait des choses qui ne sont pas bien. Ils montrent du doigt les maisons des gens. Il y a beaucoup de désordre et beaucoup de morts dans le quartier. Il y a beaucoup de souffrance, je ne pouvais pas supporter. Je ne pouvais pas supporter cela. C’est pour ca que j’ai été obligé de fuir.

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