À Madagascar, le long chemin pour le développement de la psychologie

Vue d'Antananarivo, le 4 mai 2016.
© Jabin Botsford/The Washington Post via Getty Images

La capitale malgache Antananarivo accueillait le 23 septembre le premier congrès national des psychologues. Avec ses presque 26 millions d’habitants, l’île ne compte que 23 psychologues, tous établis dans la capitale. Dans le pays, seulement deux universités, elles aussi dans la capitale, forment à cette discipline, depuis moins de dix ans.

Si une grande partie de la population ignore encore totalement l’existence et l’intérêt de la psychologie, pour d’autres, elle inspire l’appréhension car elle reste souvent associée aux troubles de la santé mentale. D’où l’importance, pour les praticiens, de sensibiliser le grand public à leur discipline.

Sur la Grande Île, consulter un psychologue est loin d’être un réflexe, reconnaît Koloina Andrianilaina, psychologue clinicienne et présidente de l’ordre national des psychologues de Madagascar, à l'occasion du premier congrès national des psychologues, le 23 septembre.

« L’intérêt pour la psychologie est tout nouveau, cela a moins de quinze ans, explique-t-elle. Pour les grosses pathologies par exemple, les gens vont d’abord aller voir le "dadarabe", le sorcier local, le pasteur ou le prêtre, pour enlever les mauvais esprits. Et après, le médecin, qui est souvent un généraliste. Et nous, psychologues, c’est vraiment en dernier recours. Il y a encore une réticence à venir nous voir, mais cela commence à bouger ».

Gagner la confiance des Malgaches

Il est aussi difficile de vulgariser une discipline avec si peu de praticiens. Hery Miadana Andrianoelison, est psychologue sociale. De temps en temps, des ONG l’envoient en mission en zone rurale, essentiellement pour travailler sur le changement de comportements comme délaisser le charbon au profit de foyers améliorés, ou préférer les latrines à la défécation à l’air libre par exemple. Elle s'y retrouve confrontée à « de sérieux freins au développement de la psychologie ».

« En brousse, il y a la barrière de la culture et de la langue », explique-t-elle. En effet, dans plusieurs parties du pays, le « malgache officiel » n’est pas parlé ni compris par la population locale, qui s’exprime elle, en dialecte. Chacune des 18 ethnies de l'île parle le sien.

« Sur le temps de la mission, on va prendre beaucoup plus de temps à gagner la confiance des gens, grâce à des traducteurs, des chefs de village, pour que les bénéficiaires puissent nous parler, plutôt que de pouvoir faire immédiatement l’intervention psychologique, poursuit Hery Miadana Andrianoelison. Il est donc important qu’il y ait plus de gens qui s’orientent vers la psychologie et que ces personnes-là proviennent de toute l’île sans exception et s’implantent sur tout le territoire, pour que chaque culture, chaque ethnie soit représentée et que la pratique de la psychologie ne soit pas limitée pour des raisons techniques ».

D’après l’ordre national des psychologues, l’État a son rôle à jouer pour démocratiser la discipline. Le défi de la profession ? Que le ministère de la Santé intègre plus de psychologues dans ses équipes médicales. Aujourd’hui, sur les 23 praticiens du pays, un seul est fonctionnaire et travaille à l’hôpital public. La route est encore longue, car sur le papier, il officie en tant qu’infirmier.

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