Saïd Bouteflika, frère de l’ancien président algérien, devant la justice

Avec le patron des patrons Ali Haddad et l'ancien ministre Ahmed Ouyahia, Said Bouteflika était une des cibles des manifestants contre le système Bouteflika.
© REUTERS/Ramzi Boudina

Le frère du président déchu Abdelaziz Bouteflika est accusé d'atteinte à l'autorité de l'armée et complot contre l'autorité de l'État. Il avait été arrêté le 4 mai dernier avec deux anciens responsables des services de renseignement, Mohamed Mediene dit Toufik et Bachir Athmane Tartag.

Le tribunal militaire de Blida a débuté ce 23 septembre un procès spectaculaire. Il doit examiner les charges de complot qui pèsent contre Saïd Bouteflika, le frère de l’ancien président, Mohamed Mediène et Athmane Tartag, anciens responsables des services de sécurité, Louisa Hanoune, chef du Parti des Travailleurs. L’ancien chef d’état-major Khaled Nezzar sera également jugé en son absence. Tous aussi puissants que discrets ils se trouvent aujourd'hui dans un tribunal,
une situation impensable, il y a quelques mois avant la chute du président Bouteflika.

Les avocats de Mohamed Mediène ont demandé un report du procès, évoquant l’état de santé dégradé de l’ancien chef des services de renseignements, report refusé puisque l’audience a bien eu lieu selon la télévision nationale. Les avocats de plusieurs prévenus demandent eux qu’une partie de l’affaire soit transférée à un tribunal civil, car Louisa Hanoune, la cheffe du Parti des travailleurs et Saïd Bouteflika n’avaient pas de fonction militaire. Les médias officiels ont décrit ce procès comme une « première dans les annales de la justice algérienne ».

Le procès est aussi l'occasion d'une démonstration de force. Le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah a régulièrement désigné « la bande », comme hostile aux intérêts du pays, et a promis de la neutraliser.

Ce que la justice militaire leur reproche, ce sont plusieurs réunions pour organiser une transition, au moment où Ahmed Gaïd Salah appelait à la destitution d’Abdelaziz Bouteflika.

Saïd Bouteflika dans le collimateur de Gaïd Salah

C'est à la fin du mois de mars que le vent a tourné pour Saïd Bouteflika, quelques jours à peine avant la démission de son frère président. Devenu une cible des manifestants, il est aussi entré dans le collimateur du général Gaïd Salah. Dans une déclaration publiée le 30 mars, il s'en était pris aux « forces extra-constitutionnelles » et aux « bandes » accusées de conspirer autour des revendications du peuple. Le militaire évoquait alors une réunion secrète et promet de donner des noms plus tard.

Le frère du président n'est alors pas cité, mais il fait partie des cibles. Le dernier week-end de mars, il aurait en effet planché dans l'ombre sur une sortie de crise avec la complicité du général Mohamed Mediène dit Toufik, un ancien chef des renseignements.

Les gens avaient peur de mentionner son nom. C'était vraiment incroyable !

Isabelle Werenfels, sur l'importance du général Toufik dans le régime Bouteflika
22-09-2019 - Par Carine Frenk

Le général Nezzar lâche Saïd Bouteflika

Le 30 avril, un nouveau témoignage à charge aggrave son cas : le général Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense, assure que Saïd s'apprête à décréter l'état d'urgence pour stopper la contestation et qu'il envisage de démettre Ahmed Gaïd Salah.

Le frère de l'ancien président aurait multiplié manœuvres et manigances pour prendre la main sur le cours de la transition. Et ce notamment par peur d'être arrêté, selon les confidences du général Nezzar à la presse.

Après l’arrestation d’Ali Haddad, le patron des patrons dont on le dit très proche, il est à son tour arrêté le 4 mai. Le général Mohamed Mediène et le général Athmane Tartag se font aussi arrêter ce jour-là. Les trois hommes sont déférés devant le tribunal militaire de Blida, et accusés d'atteinte à l'autorité de l'armée et complot contre l'autorité de l'État.

Louisa Hanoune, un profil qui surprend

Une quatrième personne est présente, Louisa Hanoune. La cheffe du Parti des travailleurs est en détention provisoire depuis le 9 mai. Et pour ses proches, c'est insupportable de la voir aux côtés des personnalités dont nous venons de parler. Officiellement, on lui reproche dit-on d'avoir rencontré Saïd Bouteflika le 27 mars. Elle ne l'a pas nié, mais elle explique qu'en tant que cheffe de parti, c'est dans son habitude de rencontrer des responsables pour leur faire passer un message.

Cette rencontre n'est qu'un prétexte, explique Ramdane Taâzibt, membre du bureau politique du Parti des travailleurs : « C’est un procès politique qu’on veut intenter à madame Louisa Hanoune. D’abord, il faut la faire taire. Et partisans du maintien du système, ils veulent étouffer une voix pour qu’on l’empêche d’agir et en même temps pour la donner comme exemple pour faire peur. Il n’y a absolument aucune explication à donner à part celle-là. Madame Louisa Hanoune, la responsable politique, n’a rien à voir dans les tribunaux par rapport à ses positions, et encore moins dans un tribunal militaire. »

« Comme elle dit publiquement et depuis sa prison, lors de cette rencontre, Louisa Hanoune a plaidé pour la démission immédiate du président de la République déchu, pour démettre le gouvernement, pour la dissolution du Parlement avec ses deux Chambres et donner la parole au peuple algérien, en pleine révolution pour qu'il prenne son destin en main, poursuit Ramdane Taâzbit. Il n'y a rien qui justifie cette incarcération arbitraire. Elle est connue, elle a été trois fois candidate à la présidentielle. Elle a cinq mandats de députée à Alger et elle n'a pas de politique parallèle. Cette rencontre a été utilisée comme alibi pour faire taire une voix qui porte, une responsable politique qui a toujours agi à visage découvert, qui a toujours dit en face aux responsables ce qu'elle pense d'eux ».

La présence de Louisa Hanoune dans ce dossier effectivement interroge. Une campagne politique internationale a d'ailleurs été lancée pour la soutenir. Les autorités ont-elles réellement eu peur qu'elle complote dans leur dos ou paye-t-elle aujourd'hui ses relations avec le clan Bouteflika ?

Saïd Bouteflika, dans l'ombre de son frère

Longue mèche sur le front, yeux bleus et petite moustache. Saïd Bouteflika est physiquement la copie de son frère président, en plus jeune. Depuis l'accident vasculaire cérébral de celui-ci, on disait d'ailleurs que c'était lui l'homme fort qui tirait les ficelles pour servir une ambition personnelle. Depuis des années, on lui prêtait en effet la volonté de succéder à son frère, une volonté jamais exprimée en public, mais qui alimentait régulièrement les débats.

Parce que si Abdelaziz Bouteflika jouissait auprès de certains Algériens d'une certaine aura liée à son parcours et à sa personne, son frère n'a jamais suscité le même enthousiasme bien au contraire. La greffe entre Saïd et le peuple algérien n'a jamais pris et l’éventualité parfois évoquée d’une candidature a toujours été balayée par les Algériens.

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