Sommet de Sotchi: les pays africains sur lesquels s'appuie la stratégie russe

Parmi les alliés africains de Vladimir Poutine, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi est un des plus importants (image d'illustration)
© REUTERS

À Sotchi s’ouvre ce mercredi 23 octobre le premier grand sommet Russie-Afrique, où il sera question de collaboration entre les pays africains et la Russie. Mais Moscou pousse déjà ses intérêts dans de nombreux États du continent.

Avec notre envoyée spéciale à Sotchi, Florence Morice

C’est avec l’Afrique du Nord que la Russie entretient les échanges commerciaux les plus importants. En tête, l’Égypte et l’Algérie. Grâce à ces deux pays, la Russie est le premier exportateur d’armes vers le continent.

Historiquement, l'Égypte a été la porte d'entrée puis le point d'appui de la politique soviétique en Afrique arabe de Nasser à la rupture de 1972 sous Sadate. Et le retour au pouvoir des militaires au Caire en 2013 a marqué un véritable tournant.

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En bonne place sur l’échiquier russe, figurent également plusieurs pays avec lesquels la Russie avait tissé des liens durant la guerre froide, qu’elle a cherché à réactiver en priorité : l’Angola dont l’actuel président Lourenço a été formé à Moscou et où la Russie est bien implantée dans le secteur du diamant, Madagascar, un pays « frère » à l’époque soviétique où la Russie est accusée d’avoir influencé l’élection de 2018 et dans une moindre mesure l’Éthiopie, qui a conclu avec Moscou un accord sur le nucléaire civil.

Mais désormais, la Russie tente d’élargir ses liens au-delà de son ancienne zone d’influence. L’exemple le plus retentissant : celui de la Centrafrique, où la Russie mène une double offensive sur les terrains sécuritaires et miniers.

Nos deux pays à travers nos dirigeants souhaitent que cette coopération s’étende. Elle ne se limite pas à la seule coopération sécuritaire. Le gouvernement de la République centrafricaine entend déployer sa coopération avec tous les pays amis qui le souhaitent et sur tous les secteurs d’activités : militaire, sécuritaire, économique, culturel de la santé et d’autres. Il en est ainsi de la Russie comme des autres.

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Mais l’appétit russe ne s’arrête pas là. Au total, une trentaine d’États africains ont déjà signé des accords de coopération militaire ou technique avec les Russes, dont le Mali et la RDC.

Une offensive tous azimuts au gré des opportunités, que certains observateurs jugent « brouillonne » et dont les retombées économiques restent incertaines pour le moment. Sans oublier que la Russie a récemment subi quelques revers, avec le départ contraint de Jacob Zuma de la présidence sud-africaine et le renversement de Omar el-Béchir, qu’elle avait soutenu, et sur lequel elle avait misé.

♦ Madagascar, soupçons d'ingérence et intérêts miniers

L’intérêt de Moscou pour la Grande Île est récent et remonte à cinq ans environ. Et jusqu’à la présidentielle de 2018, aucun fait tangible ne montrait une réelle volonté d’expansion à Madagascar. Ce n’est que durant la campagne de cette élection que les premiers soupçons d’interventionnisme russe sont apparus.

Déstabilisation médiatique, soutien financier… Depuis, plusieurs petits candidats ont confirmé avoir reçu de grosses sommes d’argent pour financer leur campagne en échange d’appeler leurs électeurs à voter au second tour pour le président sortant, Hery Rajaonarimampianina. Mais ce dernier ayant été éliminé dès le premier tour, les Russes auraient alors demandé de se rabattre sur Andry Rajoelina, d’après le témoignage de deux candidats à nos confrères de BBC.

La Russie a-t-elle financé l’actuel président ? Ou l’a-t-elle aidé d’une manière ou d’une autre ? Des rumeurs en font état, mais aucune preuve n’a jamais été apportée. Ce dernier a par ailleurs démenti cette information.

Outre cette volonté d’influencer le cours de l’élection, sur quoi les Russes ont-ils misé ? Sur les mines, d’abord pour essayer de rafler quelques parts de marché aux Chinois, aux Canadiens ou aux Australiens. Ainsi, en août 2018 par exemple, une société russe – la Ferrum Mining LLC - a établi une joint-venture avec la Kraoma, la société d’État malgache exploitant le chrome, dans laquelle l’État n’était plus majoritaire. Études géologiques, exploration de gisements, exploitation : des sociétés russes opèrent sur le sol malgache depuis 2017.

D’autre part, dans le domaine militaire, la coopération entre les deux nations s’est renforcée ces deux dernières années, et pas toujours de manière transparente. Enfin, la réouverture du débat sur les îles Éparses – des îles françaises revendiquées par Madagascar, pourrait signer le retour visible et franc de la Russie comme soutien des autorités malgaches dans les négociations.

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