Soudan: le parti de Béchir interdit avec l’abrogation de lois controversées

L'ex-président soudanais Omar el-Béchir, ici le 5 avril 2019 à Khartoum.
© REUTERS/Mohamed Nureldin Abdallah

Au Soudan, le ministre de la Justice a annoncé la dissolution du parti de l’ancien président Omar el-Béchir. Le National Congress Party disparaît donc après des décennies de règne sans partage. Par ailleurs, une loi sur l’ordre public est abrogée. Ce texte était basé sur une interprétation très rigoriste de la loi islamique.

Il a fallu 14h de réunion jeudi soir entre le gouvernement et le Conseil souverain pour se mettre d’accord. Finalement, tout le monde a entériné ce qui s’apparente à une purge de l’ancien régime. Le parti NCP de l’ex-président Béchir est officiellement dissout. Aucun symbole de son pouvoir ne sera autorisé pour mener une action politique pendant dix ans.

Les autorités peuvent également saisir tous les biens du mouvement. « Il ne s’agit pas d’une revanche. Mais nous voulons récupérer la richesse volée au peuple », a réagi le Premier ministre Abdallah Hamdok.

La fin du controversé Public Order Act

Côté social, le Public Order Act est abrogé. Ce texte voté en 1992, appliqué d’abord à Khartoum, puis à tout le pays en 1996, était basé sur une interprétation dure de la charia. Il réglementait toute une série de comportements de vie quotidienne, comme le port de certains vêtements, l’interdiction de boire de l’alcool, etc. Les contrevenants risquaient des amendes, la confiscation de biens, des coups de fouet ou encore la prison.

Depuis des années, des militants de la société civile dénonçaient l’application arbitraire de ce texte, que la police utilisait comme prétexte pour s’en prendre aux femmes. Des milliers ont été arrêtées et fouettées sous couvert de cette loi. « C’était un outil d’exploitation, d’humiliation, de violation des droits et de la dignité », a déclaré le chef du gouvernement.

Croyez-moi, ces 10 dernières années, des agents des services des renseignements m’ont suivi tous les jours. Combien de fois de fois j’ai été suivi et mis en prison, je ne compte même plus. Cette année j’ai été détenu 4 mois. Donc je suis vraiment contente d’entendre cette nouvelle, mais ce n’est pas assez. Ces gens doivent maintenant répondre devant la justice.

Ihsan Fagiri
29-11-2019 - Par Alexandra Brangeon

«Pas de changements importants»

L’annulation de cette loi est un premier succès, se félicitent de nombreuses organisations des droits de l’homme, et elle constitue une victoire claire du mouvement. Mais si au total, une vingtaine d’articles sont concernés, certains controversés sont toujours en vigueur, comme le code vestimentaire pour les femmes, qui est du ressort de la loi pénal.

Pour Hala Karib, le gouvernement n’est pas allé assez loin malgré les promesses du Premier ministre de défendre les droits des femmes. « On a l’impression qu’ils ont voulu essayer de satisfaire la rue, en faisant disparaitre certaines choses comme la police des mœurs, mais qu’ils n’ont pas voulu aller jusqu’au bout. Ils n’ont pas réellement fait des changements importants. Nous pensons que le problème est certainement cet équilibre entre le gouvernement civil et l’armée. »

Ces différentes organisations demandent notamment que l’utilisation de la flagellation comme forme de punition soit tout simplement proscrite.

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