Procès de l'argent sale en Algérie: la défense menace de boycotter

Les Algériens réclament justice devant le tribunal de Sidi M’hamed à Alger ce 2 décembre 2019.
© RYAD KRAMDI / AFP

Plusieurs grandes figures de l'ère Bouteflika devaient être jugées à partir de ce lundi 2 décembre devant le tribunal à Alger. Mais ce premier procès dit  « de l'argent sale » a été reporté au 4 décembre. Parmi les accusés, deux anciens Premiers ministres Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia ainsi que d'anciens ministres de l'Industrie et un ex-ministre des Travaux publics. On s'achemine vers un procès hors-norme que les avocats de la défense ont promis de boycotter.

Le procès hors norme de plusieurs ministres et de grands patrons de l'ère Bouteflika devait s'ouvrir ce 2 décembre à Alger. Les audiences ont finalement été reportées au 4 décembre sur demande des avocats de la défense qui entendent maintenant boycotter totalement le procès car le barreau d'Alger estime que les droits des justiciables ne sont pas garantis et dénonce « une parodie de justice ». 

Devant la presse, le représentant du barreau algérois a estimé que la condamnation des prévenus était « programmée pour passer les élections » et servir les intérêts du pouvoir. Certains militants anticorruption dénoncent en effet un procès qui « s'inscrit dans un calendrier électoral contesté » à quelques jours de l'élection présidentielle prévue le 12 décembre.

Portes fermées

La veille, dans une déclaration à la télévision, le ministre de la Justice avait assuré que les portes du tribunal seraient ouvertes aux citoyens et aux journalistes. Les prévenus, régulièrement accusés de faire partie d’une mafia par le chef d’état-major, sont la cible principale des discours d’Ahmed Gaid Salah. La presse évoque le « procès du siècle », tant la proximité de ces patrons avec les plus hauts responsables semblait les rendre intouchables.

Mais les portes de la salle sont restées fermées. Des écrans diffusaient des images de l’audience dans le hall, ce qui a provoqué la colère de certains avocats de la défense. Après plusieurs bousculades, les journalistes présents ont quitté le hall pour dénoncer le fait que les forces de l’ordre leur refusaient l’accès à l’audience.

Premier grand procès de l'ère Bouteflika

Plus de quarante personnes pourraient être entendues dans ce premier grand procès de l'argent sale en Algérie. Plusieurs anciens ministres de l'Industrie et un ancien ministre des Travaux publics et des Transports défileront à la barre, mais aussi deux ex-Premiers ministres : Ahmed Ouyahia et Abdelmalek SellalIls sont soupçonnés d'être impliqués dans plusieurs affaires de corruption et la liste des chefs d'accusation est longue.

Les anciens responsables politiques sont mis en cause dans plusieurs affaires, accusés - entre autres - d'avoir dilapidé l'argent public. Ils devront aussi répondre d'abus de fonction ou de violation de la législation en vue d'accorder d'indus privilèges à autrui.

Plusieurs ex-grands patrons, anciens proches d'Abdlelaziz Bouteflika, sont aussi attendus à la barre. Ils sont notamment accusés de s'être enrichis sur l'importation et le montage automobile en Algérie ou d'avoir participé au financement occulte de partis politiques. Les audiences sont publiques, ouvertes aux citoyens mais elles ne seront finalement pas retransmises en direct à la télévision, comme prévu initialement.

Ce procès hors normes soulève quelques critiques en Algérie. Certains représentants de la société civile, engagés dans la lutte contre la corruption, regrettent que ce procès s'inscrive dans un calendrier électoral contesté et redoutent une instrumentalisation de la justice, pour servir les intérêts d'un clan sur un autre.

Les peines encourues dans ce procès pourraient aller au-delà de vingt ans d'emprisonnement.

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