Burkina Faso: la confusion succède aux violences

Un porte-parole de l'armée burkinabè s'adresse à des manifestants, devant le siège de l'état-major, le 30 octobre 2014.
© REUTERS/Joe Penney

À la fin de la journée du 30 octobre, la ville de Ouagadougou retrouvait un peu de calme, après des heures de violences et de saccages. Le bilan humain est d’autant plus difficile à chiffrer que des émeutes ont eu lieu dans tout le pays. Une certaine confusion régnait dans la soirée, après l'annonce de la dissolution du gouvernement, et de l'Assemblée nationale, la déclaration du président qui affirme qu'il ne démissionnera pas, et l'armée qui annonce une « transition ».

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La journée de jeudi avait commencé de manière relativement paisible, vers 8h, 9h du matin. Les journalistes et les députés de l’opposition se sont rendus tranquillement à l’Assemblée. Très vite, on a senti que les forces de l’ordre étaient dépassées par ces manifestations de rue, par toute cette jeunesse qui voulait faire parler sa colère et son refus de la modification de l’article 37 de la Constitution.

Ensuite, ils ont pénétré dans l’Assemblée nationale, en la mettant littéralement à sac, portant en triomphe sur leurs épaules les quelques députés de l’opposition présents. Et puis ils ont reflué vers l’hôtel Indépendance, juste à côté de l’Assemblée, qui a été rapidement lui aussi mis à sac. Tout a été pillé, saccagé. Enfin, ils se sont dirigés vers Ouagadouville et le palais présidentiel de Kossyam pour demander le départ du président Blaise Compaoré.

Un bilan difficile à estimer

De source diplomatique, on parle d’une vingtaine de morts et d’une quarantaine de blessés. Ces chiffres reviennent régulièrement dans la bouche de tous ceux avec qui l’on peut échanger, mais on ne sait pas ici si l’on parle de la ville de Ouagadougou seule. Il faut rappeler en effet que ce n’est pas que Ouagadougou qui est concerné. On parle également de mouvements à Borfora, à Koudougou, dans d’autres régions du pays. Il est ainsi vraiment très compliqué de faire une estimation juste et précise du nombre de morts et de blessés. Dans la deuxième ville du pays, à Bobo Dioulasso, la mairie et le siège du CDP ont été incendiés. Des violences qui auraient fait cinq morts, selon un professeur de lycée de la ville interrogé par RFI.

Ce qui est certain, c’est que jeudi soir, à Ouagadougou, beaucoup de gens faisaient la queue devant des pharmacies, pour certainement récupérer du matériel de santé, et les hôpitaux avaient l’air bien affairés. Ce jeudi dans la soirée, on pouvait circuler dans les rues de Ouagadougou, et l'on y découvrait un paysage de désolation. Tout avait été saccagé. Il n’y a pas une rue, un quartier où on n'y trouvait pas de voitures calcinées, de commerces pillés.

Le rôle de l’armée

Il semble que l'image de l'armée ait évolué au cours de la journée chez les manifestants, à mesure des annonces. « L'armée est soudée avec le peuple », déclarait ainsi un ténor de l'opposition, Benwende Sankara, en début de journée, alors que la foule scandait le nom du général Kouamé Lougué. Contacté par RFI, ce dernier a cependant déclaré être resté loyal au président Compaoré.

Tour à tour, dans l'après-midi, l'état-major et le président ont annoncé la dissolution du gouvernement. Le chef d'état-major, le général Honoré Traoré, après avoir rencontré le président, puis l'opposition, a annoncé dans un communiqué la mise en place d'un couvre-feu entre 19h et 6h et évoqué une transition ouverte pour une période maximum d'un an. Sans toutefois indiquer qui en prendrait la tête. De son côté, Blaise Compaoré a pris un peu plus tard la parole à la télévision, et indiqué que l'état de siège décrété quelques heures plus tôt, était annulé. Il se dit lui même « disponible » pour ouvrir des pourparlers pour une periode de transition.

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Opposants floués

Après ces différentes annonces, les opposants se sont sentis floués. Non seulement Blaise Compaoré n'a pas rendu le pouvoir comme ils l'exigeaient, mais ils ont l'impression que l'armée a menagé une solution honorable pour le président. Le même opposant Benewende Sankara qui encensait les militaires le matin, a ensuite parlé sur RFI de « coup d'Etat militaire » et a exprimé sa méfiance envers le chef d'état-major.

Selon certains observateurs, le rôle de l’armée sera en tout état de cause primordial pour la suite des événements. Pour Ouoba Boundi, rédacteur en chef du journal Le Pays, il est cependant difficile de prévoir la suite, tant « l’armée est divisée, et depuis longtemps ».

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