Retour sur le jour où le Burkina Faso s'est cherché une transition

Rencontre entre les représentants de la coalition de l'opposition et le lieutenant-colonel Isaac Zida, à Ouagadougou le 2 novembre 2014.
© AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

Ce dimanche 2 novembre à Ouagadougou était un jour de manifestation. La foule était au rendez-vous, à l'appel de l'opposition, pour demander une transition civile, et non militaire. Un épisode houleux s'est déroulé dans les locaux de la radio télévision publique, où Kouamé Lougué s’est présenté à l'antenne pour dire à son tour qu’il prenait la tête de l’Etat. L'armée a dispersé la foule et une personnes a perdu la vie. Puis le lieutenant-colonel Zida a rencontré en fin d'après-midi l'opposition. Désormais, il consulte. L'opposition, elle, doit s'exprimer lundi 3 novembre.

Les heures sont données en temps universel (TU)

21h30 : Lors de son point presse, le colonel Barry, s'exprimant au nom du lieutenant-colonel Zida, a confirmé la mort d'une personne lors des troubles survenus au siège de la radio télévision publique dans la journée : « Malgré les tentatives de médiation, les manifestants ont opposé un refus catégorique, allant jusqu’à même menacer l’intégrité des équipements récemment remis en état de fonctionnement après les pillages des jours passés. Ils ont été alors dispersés par les forces de sécurité et au cours de cette opération, l’on déplore un mort parmi les manifestants. » Une information qui avait circulé une bonne partie de la journée sur les réseaux sociaux.

21h05 : Outre l'ambassadeur des Etats-Unis, celui de la République française s'est également rendu au siège du Conseil économique et social pour rencontrer le lieutenant-colonel Zida. Un représentant de l'Union européenne est également passé le voir. L'UE a appelé ce dimanche l'armée burkinabè à respecter les droits fondamentaux de la population, y compris celui de manifester pacifiquement. Des déclarations émanant du service pour l'action extérieure de l'UE. Lire le communiqué sur le site Europa.

20h45 : L'armée s'est exprimée depuis le siège du Conseil économique et social, à Ouagadougou. Les militaires expliquent par ailleurs que les concertations engagées continueront demain, avec les autorités religieuses et coutumières, ainsi qu'avec les diplomaties étrangères et les organisations internationales. « D'autres composantes de la société » viendront « plus tard », déclare le colonel Barry, lisant un texte signé par Isaac Zida en qualité de « chef de l'Etat » -dixit le communiqué. Auguste Barry est l'un des adjoints du lieutenant-colonel.

L'armée se dit guidée par « l'honneur » et se déclare désintéressée par le pouvoir, car « seul l'intérêt supérieur de la nation prime ».  Les militaires assurent à nouveau que l'équipe chargée de la transition sera installée dans un esprit de  « consensus large » : « Soyez rassurés, personne ne sera écarté ». Si les forces vives estiment « s'être trompées » en appelant l'armée à intervenir dans le processus de transition par la personne du lieutenant-colonel Isaac Zida, et pensent être en mesure de mener cette première phase de la transition à sa place, il est encore temps de revenir voir l'armée, fait valoir cette dernière.

Les militaires précisent que toutes les tentatives de désordre seront réprimées avec la plus grande fermeté. L'armée assure que les troubles survenus au siège de la radio télévision publique sont une « atteinte » « irresponsable » au processus de transition en cours. « Nous demandons à ce qu'on nous laisse travailler, pour remettre notre pays sur les rails dans l'intérêt de tous. » Ecouter une partie du point presse du colonel Auguste Barry.

19h50 : Jointe par RFI au téléphone, la veuve du président burkinabè Thomas Sankara, assassiné en 1987, confirme être l'auteure d'un communiqué véhiculé dans la journée par plusieurs médias burkinabè et daté du 2 novembre 2014 (voir plus bas dans cet article à 18h15). « Chers compatriotes, vous venez de remporter une victoire sans précédent par cette insurrection populaire », écrit Mariam Sankara depuis Montpellier, en France, où elle réside. « En se référant à la révolution du 4 août (1983, soit l'arrivée au pouvoir de son mari, NDLR) la jeunesse burkinabè a réhabilité Thomas Sankara (...), je suis fière, je vous félicite. » Dans cette missive, Mme Sankara est particulièrement offensive à l'encontre du président déchu Blaise Compaoré, qui avait succédé à son mari après le coup d'Etat dans lequel il avait perdu la vie. Plus d'informations à venir en soirée. Voir le communiqué.

19h45 : La valse des consultations se poursuit. L'ambassadeur des Etats-Unis se trouve actuellement aux côtés du lieutenant-colonel Zida au siège du Conseil économique et social de Ouagadougou, utilisé désormais comme un quartier général par l'homme adoubé hier par l'armée burkinabè. En fin de soirée, Isaac Zida pourrait s'exprimer devant la presse.

19h19 : RFI confirme que Gilbert Diendéré, chef d'état-major particulier de Blaise Compaoré - un temps annoncé à Yamoussoukro au côté de l'ancien président après sa démission -, est bien venu ce soir au siège du Conseil économique et social de Ouagadougou, après la réunion entre les leaders de l'opposition et le lieutenant-colonel Zida, qui a établi son quartier général sur place.

19h15 : Notre envoyé spécial à Ouagadougou Frédéric Garat fait le point à l'antenne, après la réunion du jour au CES, entre l'armée et l'opposition politique burkinabè. Sans doute y a-t-il été question de l'idée d'associer la société civile et la sphère politique au processus de transition démocratique, explique-t-il. Il s'agirait alors d'un pas de l'armée dans le sens des demandes des partis. Mais ces derniers réclament un civil à la tête de l'Etat, y compris pour la période transitoire, comme la communauté internationale d'ailleurs. Reste à savoir qui serait la personne désignée au sein de la société burkinabè pour une telle charge - organiser des élections et gérer au quotidien le pays et ses affaires courantes.

Pour rappel, les Burkinabè attendent d'être payés pour le mois d'octobre, ce qui pose toujours de gros problèmes dans l'administration. Le pays est quelque peu en suspens, après cette réunion n'ayant pour l'instant débouché sur aucune déclaration publique. Les dirigeants de l'opposition sont sortis avec le lieutenant-colonel Zida, mais sans dire un mot ou presque. On attend dorénavant, demain, une réunion du CFOP (coalition de l'opposition) pouvant déboucher sur un communiqué. En attendant, le lieutenant-colonel Zida reçoit, consulte. Notamment Jean-Baptiste Ouédraogo, ancien chef de l'Etat déposé par Thomas Sankara. En mars dernier, il avait tenté de jouer la médiation entre Blaise Compaoré et l'opposition, au moment de la question de la réforme constitutionnelle et du fameux article 37.

18h15 : Des médias locaux burkinabè, dont Burkina24 qui en produit une photo, véhiculent un communiqué attribué à Mariam Sankara, signé à la main et daté du 1er novembre 2014. Il aurait été rédigé à Montpellier, en France. On y lit que l'ex-première dame, veuve du président assassiné en 1987, souscrit à l'idée d'une transition dirigée par des civils. Il s'agit par ailleurs d'une attaque en règle contre le successeur de Thomas Sankara. Ce matin, le site Mondafrique rappelait que jamais Mme Sankara « n’a cessé » de demander qu’une enquête soit menée pour déterminer les causes de la mort de son « mythique » président de mari.

Extrait du communiqué : « L'image de médiateur dans la sous-région dont s'était drapé (Blaise Compaoré) ne doit en aucun cas le disculper. Et dire qu'en 2012, il a même caressé l'idée d'avoir le prix Nobel de la paix comme s'il oubliait tous les crimes ourdis depuis 1987. Ce monsieur qui était sollicité comme médiateur dans les conflits était en réalité celui qui les attisait. Des pays comme l'Angola, le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée, le Mali et la Côte d'Ivoire où il a trouvé refuge ont subi ses manœuvres de déstabilisation. Non, il ne doit pas couler des jours paisibles à Yamoussoukro. Il doit répondre de ses actes et de ses crimes de sang. »

18h05 : Notre envoyé spécial au CES de Ouagadougou relate qu'il n'y aura pas de déclaration de la coalition de l'opposition avant demain matin, après la réunion de ses leaders aux côtés du lieutenant-colonel Zida. Ce dernier, qui a établi son siège sur place, est encore dans l'enceinte et pourrait éventuellement s'exprimer.

17h40 : La rencontre entre le lieutenant-colonel Zida et les leaders de la coalition de l'opposition politique burkinabè est terminée. Aucune déclaration n'a été faite. Mais Ablassé Ouedraogo a laissé entendre, selon Burkina24, que « la rencontre a été satisfaisante ».

17h25 : Sont présents au siège du Conseil économique et social de Ouagadougou pour la discussion en cours avec le lieutenant-colonel Zida : Zéphirin Diabré (UPC), l'ancien ministre des Affaires étrangères Ablassé Ouedraogo, l'ancien président de l'Assemblée nationale devenu opposant Roch Marc Christian Kaboré (MPP), et Bénéwendé Sankara, leader du parti sankariste. Saran Sérémé serait repartie.

17h20 : les revendications du peuple burkinabè rejoignent celles de la communauté internationale, qui demande l'instauration d'une transition civile, et non militaire. Mohamed Ibn Chambas est le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l'Afrique de l'Ouest. Il est à Ouagadougou. Il s'exprime au micro de RFI :

« La Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest, NDLR), l'Union africaine et les Nations unies sont engagées pour continuer les consultations avec les uns et les autres, les parties prenantes burkinabè, et trouver une porte de sortie conforme à la Constitution. Comme ça : mise en œuvre d'un organe constitutionnel avec un leader civil, tout faire en conformité avec les normes constitutionnelles. Nous voulons aussi insister sur la sécurité des acteurs politiques. Ça, c'est très important. Il faut tout faire pour assurer la sécurité de tous les acteurs politiques burkinabè. Ceux de l'ancienne majorité, aussi bien que les leaders de l'opposition. »

17h10 : Notre envoyé spécial au siège du CES de Ouagadougou relate que l'intégralité des leaders de la coalition de l'opposition sont présents à la réunion, en compagnie du lieutenant-colonel Zida, lui-même entouré de plusieurs hauts gradés. Saran Sérémé est sur place, mais elle n'est pas en salle.

16h43 : Alors que des discussions sont en cours au CES, le calme est revenu à Ouagadougou après un épisode houleux autour de la radio télévision nationale, où deux personnes se sont pratiquement proclamées chef de l’Etat en moins de trois minutes dans l'après-midi. Une foule s'était rassemblée devant le bâtiment dans la matinée, avant d’être dispersée par les forces de sécurité qui ont procédé à des tirs de sommation. La manifestation de la place de la Nation a également été dispersée. Plus d'informations sur notre site.

16h30 : Une rencontre entre le lieutenant-colonel Zida et des représentants de la classe politique a commencé au siège du Conseil économique et social (CES), à Ouagadougou, relate Burkina24. Après s'être entretenu avec les journalistes, Isaac Zida - chargé de la transition par les chefs d'état-major de l'armée - a rejoint une forte délégation politique, principalement des membres de l'opposition. Tout le monde est en salle.

16h10 : Selon notre correspondant en Côte d'Ivoire, le président Ouattara a rencontré son ex-homologue burkinabè Blaise Compaoré à Yamoussoukro, où ce dernier a trouvé refuge, pendant une heure samedi soir. Si l'on ne connait pas la teneur de leur entretien, on sait que les deux hommes sont amis de longue date.

15h30 : Notre correspondant Yaya Boudani relate que lorsque les militaires ont dispersé la foule réunie devant les locaux de la RTB, ces manifestants se sont alors dirigés vers la place de la Nation. Mais les militaires les ont suivis, puis ont finalement dispersé la manifestation sur la place. Pendant ce temps, d'autres membres de l'armée sont restés devant les locaux de la télévision publique, dont les programmes n'ont toujours pas repris.

15h05 : Les médias burkinabè véhiculent un communiqué signé Zéphirin Diabré, président de l'Union pour le progrès et le changement (UPC). Le voici en intégralité : « Le chef de file de l’opposition politique informe le peuple burkinabè, les militants et sympathisants de l’opposition et de la société civile, que les informations faisant état d’une réunion de l’opposition ayant abouti à la désignation de « présidents de la transition » sont fausses et non fondées. Les présidents de partis qui viendraient à s’autoproclamer « présidents de la transition » parlent en leurs noms personnels. Leurs propos ou actes n’engagent donc pas l’opposition Politique. Par ailleurs, le chef de file de l’opposition invite le peuple burkinabè à rester calme et serein. Il assure que l’opposition dans son ensemble est à pied d’œuvre, à côté des autres forces vives de la nation, pour une issue heureuse et très prochaine de la crise. Vive le peuple burkinabè ! Ouagadougou, le 02 novembre 2014. »

14h30 : Il semble que l’on se dirige à présent vers un retour au calme autour des locaux de la télévision publique. En revanche, la situation s’annonce très tendue place de la Nation, située à 2 km de la RTB, une zone où l’armée a pris position afin de s’en assurer le contrôle, rapporte une dépêche de l’Agence France-Presse. Les soldats ont barricadé la place pour en empêcher l'accès aux manifestants, qui protestaient à l'appel de l'opposition contre la prise de pouvoir de l'armée.

14h02 : La situation a subitement pris un tour nouveau et violent à Ouagadougou puisque des tirs ont été déclenchés à la RTB, l’Office de Radiodiffusion Télévision du Burkina. Selon l’un des envoyés spéciaux de RFI à Ouagadougou, les militaires ont procédé à des tirs de sommation alors que la foule se pressait dans le bâtiment. Cette situation est survenue après que le général Kouamé Lougué s’est présenté à la télévision pour dire qu’il prenait la tête de l’État. Quelques minutes plus tard, Saran Sérémé, une autre figure de l’opposition, n’a pas pu se présenter sur le plateau, ce qui a eu le don de mettre la foule en colère, les manifestants faisant le forcing pour pénétrer dans les locaux de la RTB.

14h00 : Malgré le soleil de plomb et alors que l’on pensait la manifestation terminée, de nombreux opposants continuent d’affluer cet après-midi vers la place de la Nation de Ouagadougou. « Il y a du monde », rapporte le correspondant de RFI qui est toujours sur place. Les manifestants attendent en fait le retour des leaders de l’opposition qui sont partis discuter avec les militaires au pouvoir. Après avoir prôné une transition à laquelle prendraient part toutes composantes du pays, les leaders de l’opposition seraient maintenant déterminés à répondre aux aspirations de la foule et à demander le départ pur et simple du lieutenant- colonel Yacouba Isaac Zida qui détient pour le moment les rênes de l’exécutif. Cette position est d’ailleurs soutenue par les médiateurs de l’ONU, de la Cédéao et de l’Union africaine qui en appellent également à une transition conduite par un civil et souhaitent une sortie de crise conforme à la Constitution.

13h30 : Pendant ce temps, Blaise Compaoré coule des jours paisibles à Yamoussoukro, la ville ivoirienne où il a élu domicile, après qu’on l’ait cru au Ghana, puis au Togo. Le président déchu et sa compagne Chantal occupent une luxueuse villa baptisée le « Giscardium » car inaugurée autrefois par le président français Valéry Giscard d’Estaing. En ville, les réactions oscillent entre accueil enthousiaste et franche hostilité, rapporte l’Agence France-Presse. D’un côté, Blaise Compaoré est accusé d'avoir soutenu la rébellion ayant porté au pouvoir Alassane Ouattara, après la crise postélectorale de 2010-2011 qui fit plus de 3 000 morts en cinq mois. De l’autre, certains rappellent que M. Compaoré s'était imposé comme médiateur lors du coup d’Etat manqué de 2002 qui avait profondément divisé la Côte d’Ivoire.

13h00 : L'envoyée spéciale de RFI à Ouagadougou a pu recueillir de nombreux témoignages place de la Nation ce dimanche matin. Ils ne laissaient guère de doutes sur le sentiment de colère éprouvé par de nombreux manifestants. En voici quelques-uns :
« On nous a confisqué notre victoire. Ça ne peut pas se passer comme ça ! Nous nous sommes battus nuit et jour », pestait un manifestant. « Nous avons veillé pour que les choses changent de façon radicale dans notre pays mais dans le sens de la positivité. Et voilà des gens qui sont restés chez eux, qui n’ont rien fait, qui ont tiré sur nos militants, et aujourd’hui qui s’accaparent le pouvoir ! »
« On est déçus parce que apparemment tout ceux qu’on avait pris et mis en prison, l’armée a contribué à les libérer comme la majeure partie des ministres, même le frère cadet de Blaise Compaoré qui se retrouve présentement au Bénin », s’emportait un autre militant. « Mais nous, on ne peut pas digérer ça ! Ce sont des gens qui ont pillé l’argent de ce pays, il faut bien qu’ils payent ! Donc nous, on ne peut pas suivre cette armée. Ce n’est pas une armée républicaine, c’est une armée partisane ! ».
« Nous sommes toujours derrière cette opposition politique et la société civile que nous n’abandonnerons pas », poursuivait un troisième manifestant. « On voulait le départ de Blaise, il est parti. On n’a pas besoin d’un autre homme fort parce que c’est celui-là qui a les armes aujourd’hui qui veut imposer sa loi. Et il l’a imposée au sein de l’armée. Nous on ne veut pas qu’il l’impose au peuple ! ».

11h45 : La manifestation de Ouagadougou n’aura finalement pas eu le retentissement attendu, ne rassemblant que quelques milliers de personnes. Une relative désaffection liée entre autre à un manque de coordination, certains contestataires arrivant alors que le rassemblement, qui n'a guère duré plus d'une heure, était déjà terminé. Une situation qualifiée d'ailleurs de « rocambolesque » par l'un des correspondants de RFI qui se trouvait sur place. Face aux manifestants, rapporte-t-il, le porte-parole des opposants a dit : « Nous souhaitons que toutes les composantes de la société participent à la transition car c’est une victoire du peuple ». A peine avait-il fini son discours que le public a commencé à vociférer : « On ne veut pas des militaires au pouvoir, Zida démissionne ! ». Devant la furie des manifestants, explique encore le correspondant de RFI, les leaders de l’opposition, dont Bénéwendé Sankara, ont exigé séance tenante la démission du lieutenant-colonel Zida, le chef de l’État actuel au Burkina Faso. Une rencontre est prévue entre les partis politiques de l’opposition et le lieutenant-colonel Zida, signe que la situation demeure encore confuse pour le moment.

11h00 : Dans un message communiqué ce dimanche matin à Washington par le département État, les Etats-Unis appellent l’armée du Burkina Faso à transférer le pouvoir aux autorités civiles. « Nous appelons l'armée à transférer immédiatement le pouvoir aux autorités civiles », a déclaré une porte-parole du département d'Etat, Jen Psaki. Et il a ajouté : « Les Etats-Unis condamnent la tentative de l'armée burkinabè à imposer sa volonté au peuple du Burkina Faso ».

10h20 : La place de la Nation, rebaptisée provisoirement place de la Révolution par les manifestants, s’est petit à petit remplie durant la matinée sans toutefois réunir la même foule que lors de l'insurrection, comme le rapporte le correspondant de RFI présent sur les lieux. Lorsque les différents dirigeants de l’opposition et les représentants de la société civile ont réaffirmé le besoin d’une transition démocratique, la foule a été on ne peut plus claire quant à ses aspirations en criant d'une seule voix : « on ne veut pas des militaires ! ». La Constitution burkinabè prévoyait d’ailleurs qu'en cas de vacance à la tête de l'État, l'intérim soit confié au président de l'Assemblée nationale. Mais la chambre a été dissoute par l'armée au soir des violentes manifestations de jeudi, dans le cadre de l'état d'urgence brièvement décrété par Compaoré.

9h55 : La situation au Burkina est scrutée avec attention par d’autres pays africains comme la RDC où le débat sur une possible révision constitutionnelle fait rage. Des politiques congolais, dont certains de la majorité, affirment que, partis pour s’inspirer des stratégies du maintien au pouvoir de Blaise Compaoré, les membres de cette délégation ont appris une autre leçon. Les derniers bouleversements au Burkina Faso ont au contraire montré comment on pouvait quitter le pouvoir si l'on ne respectait pas les textes auxquels on avait soi-même souscrit. Dans la mouvance kabiliste, on parle d’une autre cartouche pour éviter l’alternance : il s’agit du recensement général. Pour certains ténors de la majorité, le recensement devrait glisser jusqu’en 2019, ce qui ne permettrait pas la tenue de la présidentielle avant cette date. Mais dans la population, certains disent croire en la capacité du peuple congolais de réaliser le tour de force des Burkinabè.

9h30 : Alors que la manifestation est en marche, la médiation internationale s’est mise au diapason de la société civile en appelant à la mise en place d'un régime de transition « conduit par un civil » et « conforme à l'ordre constitutionnel ». Dans le cas contraire, elle a évoqué la menace de « sanctions ». « Nous voulons éviter pour le Burkina Faso la mise en place de sanctions », a en effet déclaré l'émissaire de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest, Mohamed Ibn Chambas lors d'une conférence de presse au nom de la mission de concertation tripartite ONU-Union africaine-Cédéao (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest). La mission de concertation s'est également entretenue avec la hiérarchie militaire et le lieutenant-colonel Zida, qui ont « assuré avoir bien compris le message délivré », a indiqué l'émissaire de l'ONU à l'Agence France-Presse.

8h30 : Au micro RFI de Yaya Boudani, Luc Marius Ibriga, président du Focal, membre du front de résistance citoyenne, résumait hier soir l’état d’esprit dans lequel se trouve la grande majorité des manifestants aujourd'hui : « Pour nous, il n’est pas question que cette insurrection populaire soit transformée en un coup d’Etat, affirmait-il. En prenant la décision de suspendre la Constitution, le colonel Zida a opéré un coup d’Etat et il faut que la société civile et les démocrates de ce pays réagissent rapidement pour que nous ne soyons pas dans une situation de vide juridique, de vide politique et de vide constitutionnel ». « Et nous exigeons, reprenait-il, la levée de la suspension de la Constitution et l’ouverture d’une transition civile et démocratique qui serait dirigée par une structure consensuelle qui adopterait une charte de la transition, pour nous permettre de revenir à un fonctionnement régulier des institutions ».

L'Union africaine en appelle elle aussi à une transition civile au Burkina Faso et elle a demandé aux forces armées de « se mettre à la disposition des autorités civiles et de s'abstenir de tout acte ou propos qui pourrait envenimer la situation » dans un communiqué publié hier samedi. Reste que la délégation qui mène actuellement la médiation a annulé une conférence de presse qui devait se tenir dans la soirée d’hier pour trouver une sortie à la crise.

8h00 : « Pas question de gérer la transition sans nous » tel est le mot d‘ordre des manifestants sur la place de la Nation à Ouagadougou, rebaptisée provisoirement place de la Révolution. Sans s’opposer directement à l’armée pour le moment, l’opposition et la société civile souhaitent que la transition soit « encadrée » et non laissée aux seules mains des militaires. Sur place, le rassemblement se passe bien pour le moment. Des groupes se forment peu à peu et les discussions vont bon train


■ LA SITUATION AU MATIN DU 2 NOVEMBRE

7h30 : L’échiquier pour l’installation de la transition démocratique se met peu à peu en place. L’armée parle désormais d’une seule voix en la personne du lieutenant Yacouba Isaac Zida qui se sera finalement imposé devant le général Traoré au terme de longues heures de tractations. Un lieutenant-colonel donc pour assurer l’intérim présidentiel, qui fut publiquement adoubé par les représentants de la société civile et notamment les leaders du collectif, Balais citoyen, réunissant vendredi soir une immense foule place de la Nation.

La démarche : demander aux Burkinabè parfois sceptiques ou même hostiles de laisser sa chance à l’armée dans cette tâche délicate d’organiser la transition. Mais c’était compter sans l’opposition politique burkinabè qui samedi soir a refusé de voir un militaire chapeauter le processus, soutenu en cela par l’Union africaine qui appelle à une « transition civile ».

La mosaïque de l’opposition, réunie dans le CFOP, cherche sans doute à se ménager une place dans la perspective des grandes décisions à venir, par exemple une possible réécriture de la Constitution, l’organisation du prochain scrutin présidentiel ou la composition d’un gouvernement provisoire. Sera-t-elle soutenue par la population qui ne sait plus très bien à quel saint se vouer ? En cela, le meeting prévu ce matin, place de la Nation va avoir valeur de test pour les opposants de l’ex-président Compaoré.


■ RETOUR SUR LES JOURS PRÉCÉDENTS

Samedi 1er novembre, le jour où les civils burkinabè ont contesté l'armée

Vendredi 31 octobre, le jour où Blaise Compaoré a perdu le pouvoir

Jeudi 30 octobre, une journée insurrectionnelle au Burkina Faso