La Canadienne Michaëlle Jean à la tête de l’OIF: un choix inédit

La Canadienne d'origine haïtienne Michaëlle Jean, ici à Ottawa le 29 octobre 2014.
© AFP PHOTO/ Cole Burston

La Canadienne d'origine haïtienne Michaëlle Jean a été désignée dimanche 30 novembre pour prendre la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie. Elle occupera son poste de manière effective au 1er janvier 2015. Elle succède à Abdou Diouf, aux commandes de l'institution depuis 12 ans.

Avec nos envoyés spéciaux à Dakar,

En choisissant Michaëlle Jean à sa tête, la Francophonie fait un choix inédit à plusieurs titres. D’abord parce que c’est une femme. Ensuite parce qu’elle vient d’Amérique du Nord. Pour la première fois, l'OIF ne va pas être dirigée par un Africain. Ancienne journaliste, canadienne d’origine haïtienne, Michaëlle Jean est âgée de 57 ans. Beaucoup apprécient son empathie, sa facilité à lier des liens avec les communautés, comme lorsqu’elle a partagé du phoque cru avec des Inuits alors qu’elle voyageait dans le nord du Québec.

Un séisme

L'élection aura été laborieuse. Lors du tout dernier huis clos, les visages étaient fermés. Le président ivoirien Alassane Ouattara a même quitté cette réunion. L’OIF échappe donc à l’Afrique. C’est un séisme qui va laisser des traces dans la francophonie, mais aussi dans les relations entre Paris et plusieurs capitales africaines.

Au Canada, les détracteurs de Michaëlle Jean ne lui pardonnent pas d’avoir représenté les intérêts de la reine d’Angleterre en siégeant comme gouverneure générale. Le fait de briguer la plus haute fonction d’une organisation francophone leur semblait plutôt incongru. Ils font aussi valoir que cette quinquagénaire n’a jamais été élue et ne compte donc aucune réalisation concrète.

Au sein de l'OIF, certains ont peu goûté le ton clivant de sa campagne. Michaëlle Jean le dit elle-même : « Je n’ai pas de rapport de complaisance avec les chefs d’État ». Elle veut que la Francophonie soit sur le terrain, qu’elle soit préventive, qu’elle engage des actions pour éviter les conflits. Sans avoir d’expérience de la médiation, sans être introduite de longue date auprès des chefs d’État du monde francophone, elle se sent néanmoins comme une sœur, un produit de l’Afrique par ses origines haïtiennes. Et c’est cela qu’on vient de lui reconnaître.

Difficile consensus

Le consensus n’a pas été évident et le groupe a failli aller jusqu’aux votes. Finalement, il a fallu que les six chefs d’Etat et de gouvernement les plus impliqués dans cette affaire, dont Denis Sassou-Nguesso, le Premier ministre canadien Stephen Harper, François Hollande, Macky Sall, le président du Burundi Pierre Nkurunziza et le président mauricien Kailash Purryag, se concertent pendant plus d’une heure dans une salle à part pour trouver un consensus.

On peut noter que les négociations sur le climat, se sont invitées à Dakar. Le Canada, fort soutien de Michaëlle Jean a été sollicité à plusieurs reprises par la présidence française sur ce thème du réchauffement climatique. Cela a peut être joué dans la négociation. Par ailleurs, c’est un fait, les partisans d’une candidature africaine n’ont pas réussi à trouver la personne idéale. Quant au débat sur le respect des formes constitutionnelles, il a fait grincer des dents. La tâche de la nouvelle secrétaire générale ne sera pas facile.

S'agit-il alors d'une désignation par défaut ? C’est en tout cas comme ça que l’arrivée de Michaëlle Jean est présentée par ceux qui estiment qu’elle n’a pas les épaules de son prédécesseur pour intervenir sur le terrain politique en Afrique. L'ancienne gouverneure générale du Canada succède ainsi au Sénégalais Abdou Diouf, qui se retire après trois mandats à la tête de l'instance internationale qui compte 80 pays membres, dont 23 avec le statut d'observateur.