Au moins cinq morts dans une fusillade au cœur de Bamako

Etablissement La Terrasse, à Bamako, dans la journée du 7 mars 2015 au lendemain de l'attaque.
© AFP PHOTO / HABIBOU KOUYATE

Dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 mars, au moins une personne armée a fait irruption dans l'établissement La Terrasse, à Bamako, et déclenché une fusillade. Cinq personnes sont mortes, dont deux Européens - un Français et un Belge -, ainsi que trois Maliens. Il y a également neuf blessés au moins. Les autorités françaises et belges ont réagi. Une enquête a été ouverte à Paris.

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Stupeur, tristesse, état de choc. Peu après minuit, heure locale, un homme a commencé à lancer des grenades dans une rue du centre de la capitale malienne, dans la nuit de vendredi à samedi. Dans le quartier de l'Hippodrome, la rue « Princesse », comme elle est surnommée, abrite de nombreux bars et restaurants. Elle est très fréquentée, notamment par des Occidentaux, surtout le vendredi soir.

L'attaque a eu lieu en plusieurs temps. Après avoir lancé plusieurs grenades, dont certaines n'ont pas explosé, l'homme s'est engouffré dans l'établissement appelé La Terrasse ; un bar-restaurant-boîte de nuit. Il est monté à l'étage et a commencé à mitrailler à l'arme automatique tout autour de lui, avant de prendre la fuite dans un véhicule conduit par un complice. Les deux hommes étaient cagoulés. Peu après avoir quitté les lieux de l'attaque, ils ont croisé une voiture de police. Un nouvel échange de tirs a eu lieu.

Écouter le témoignage d'un riverain
07-03-2015 - Par David Baché

Un riverain, dont la maison se trouve à quelques dizaines de mètres de l'établissement, dit avoir entendu des coups de feu à plusieurs reprises pendant une dizaine de minutes. Il parle d'un éclair de lumière. Un agent de sécurité qui travaille dans la rue où a eu lieu l'attaque parle également de très fortes détonations.

Les deux hommes racontent qu'ensuite, ils ont vu une foule de personnes quitter la zone, des gens bien sûr effrayés, certains criant. « C'était la panique », dit l'un des témoins (écouter son témoignage ci-contre à gauche). Sur les lieux, quelques minutes après le drame, un troisième témoin racontait à RFI : « Les gars étaient en voiture, en 4x4, en turban. » Les assaillants n'ont apparemment rien dit, rien crié.

Rue «Princesse» à Bamako, où a eu lieu l'attaque du vendredi 6 mars 2015. © RFI / David Baché

Les expatriés occidentaux étaient-ils ciblés ?

Le bilan provisoire fait état de cinq morts. On dénombre aussi au moins neuf blessés, dont trois Suisses, parmi lesquels une femme très grièvement touchée. Deux Européens figurent parmi les personnes décédées, et non trois comme précédemment annoncé. Il s'agit d'un Français et d'un Belge qui travaillait pour l'UE. Parmi les victimes également : trois Maliens dont un policier et un gardien.

Le chef de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma) Mongi Hamdi a condamné une « attaque odieuse et lâche », « menée par au moins une personne masquée qui a ouvert le feu sur les clients ». Et de préciser que parmi les blessés se trouvaient « deux experts internationaux travaillant avec le Service des Nations unies de lutte contre les mines (UNMAS) de la Minusma ».

Deux suspects ont été arrêtés dans une rue adjacente. On ne connait ni leur identité ni leur nationalité. Ils auraient commencé à fournir aux enquêteurs des informations « intéressantes », selon des sources policières maliennes. Dans un communiqué, le gouvernement du Mali affirme avoir « ouvert une enquête », et « rester déterminé à rechercher les coupables » pour « leur infliger le traitement qu’ils méritent ». Tous les regards se tournent vers al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et vers les autres groupes jihadistes actifs dans le nord du pays, mais prudence est de mise.

La Terrasse, un établissement très fréquenté
07-03-2015 - Par David Baché

« Je suis venu pour rejoindre des amis, confie par téléphone un témoin. Le moment où je me garais a coïncidé avec l'arrivée des forces de l'ordre. C'était une véritable panique ! La boîte de nuit qui est juste en dessous de cette terrasse a été complètement bouclée. Tous les clients qui étaient dedans ont été presque manu militari conduits à l'étage, afin de boucler ce premier périmètre et empêcher qu'un tireur ou quelqu'un portant une ceinture d'explosifs aille à son tour dans cette boîte de nuit. (...) Je peux vous confirmer que même les forces de l'ordre étaient réellement inquiètes de la situation. »

Les policiers ont bloqué la rue Princesse où se trouve le restaurant La Terrasse (bâtiment avec les rideaux bleu clair), théâtre d'une fusillade meurtrière, dans la nuit du 6 ou 7 mars 2015. © AFP PHOTO / SEBASTIEN RIEUSSEC

Réactions au sommet de l'Etat français

Le président français parle d'un « lâche attentat », qu'il dénonce avec « la plus grande force ». François Hollande va « offrir l'aide de la France » au président malien. « Il y a très vraisemblablement un Français, en cours d'identification, parmi les cinq victimes », a-t-il confirmé, tandis que son Premier ministre Manuel Valls a également réagi sur Twitter dans les termes suivants : « Horrifié devant l'abjecte attaque terroriste perpétrée cette nuit à Bamako. Soutien au Président Keïta. Nous ne cèderons jamais. MV »

L'ambassade de France au Mali a envoyé un message de prudence à tous les ressortissants français sur place. « Ce crime renforce notre détermination à lutter contre le terrorisme, sous toutes ses formes », a déclaré le chef de la diplomatie française dans un communiqué. « Notre ambassade, qui a ouvert une cellule de crise, est entièrement mobilisée aux côtés des autorités maliennes », a ajouté Laurent Fabius dans un communiqué.

Il est d'usage qu'une enquête soir ouverte à Paris lorsqu'un ressortissant français est victime d'un crime à l'étranger. De source judiciaire citée par l'Agence France-Presse, une enquête a donc été confiée ce samedi matin à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et à la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire (Sdat).

La Belgique frappée, l'UE veut réagir

Par la voix de son Premier ministre, la Belgique condamne l’attentat. Charles Michel parle d’une attaque « lâche ». A cette réaction s’ajoute celle du ministre des Affaires étrangères Didier Reynders. « Je dénonce et je condamne cette terreur lâche, ignoble qui a frappé à Bamako », a indiqué le chef de la diplomatie belge à des journalistes en marge d'une réunion ministérielle de l'UE à Riga. « Mes pensées vont aux victimes et à leurs familles, leurs proches quelle que soit leur nationalité (...) Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour aider les autorités maliennes à ramener le calme. »

La victime belge travaillait pour la délégation de l’Union européenne au Mali. Il s’agissait d’un officier de sécurité. Cette information a été confirmée par la chef de la diplomatie européenne. Federica Mogherini s’est en effet entretenue ce samedi matin avec le représentant de l’Union dans le pays. La Belgique est donc touchée par cet attentat, mais elle veut apporter son soutien à toutes les victimes et à leurs proches. Le gouvernement belge promet d’aider les autorités maliennes à ramener le calme dans le pays.

Il s'agit de l'attaque la plus meurtrière subie dans la capitale malienne depuis le lancement de l'opération militaire Serval en janvier 2013. Elle était prévisible, compte tenu du contexte dans le pays, et la présence de groupes terroristes très actifs dans le nord. Selon un Bamakois croisé sur les lieux de l’attaque, cela devait « fatalement arriver ». La diplomatie européenne assure que les Européens travailleront avec Bamako pour poursuivre les auteurs de cette attaque. Et pour la Haute Représentante Federica Mogherini, cet attentat souligne la nécessité de signer un accord de paix au Mali afin ramener l’ordre et la sécurité.

→ L'attaque fait la Une de la presse française en ligne ce samedi 7 mar


Le président du Conseil de base des Maliens de France, Mahamadou Cissé, se dit surpris par l'ampleur de cette attaque. Surpris mais aussi indigné face à l'absence de mesures de sécurité à Bamako. Mahamadou Cissé :

« Nous ne comprenons pas pourquoi, dans les rues de Bamako, quelqu’un peut jeter plusieurs grenades, monter à l’étage d’un bâtiment, tirer sur le tas et repartir (...) C’est très inquiétant, parce que tout le monde parle du Mali avec les régions du nord comme zone d’insécurité, mais quand on va à Bamako et que l’on regarde autour de soi, il n’y a aucune mesure spéciale qui est prise pour éviter ce genre de choses.

La rue " Princesse " dont on parle est une fourmilière. Il y a beaucoup de personnes toutes les nuits, pas seulement le vendredi soir. Les autorités devraient sécuriser cette zone en essaimant beaucoup plus d’agents de sécurité. Mais vous avez vu, l’attentat a été perpétré - j’ai envie de dire - tranquillement et sans qu’il y ait une réaction quelconque. C’est inquiétant pour nous, simple population. Le jour où on voudra faire plus de carnage à Bamako, je crois qu’il n’y aura pas beaucoup de difficultés à le faire. »