Sénégal: Karim Wade condamné à six ans de prison ferme

Désigné candidat du PDS pour la prochaine présidentielle sénégalaise, Karim Wade voit ses espoirs s'envoler.
© AFP PHOTO / GEORGES GOBET

La justice sénégalaise a condamné Karim Wade, fils de l'ancien président Abdoulaye Wade, à une peine de six ans d'emprisonnement et à une amende de 138 milliards de francs CFA (209 millions d'euros), pour « enrichissement illicite », anéantissant ses espoirs d'être candidat à la présidentielle de 2017. La défense a annoncé qu'elle allait se pourvoir en cassation devant la Cour suprême.

De notre correspondante à Dakar,  

Pour protester contre la violation de ses droits, Karim Wade n’était pas dans le box des accusés pour écouter l’énoncé de la peine. Tout comme ses avocats qui boycottent le procès depuis le 20 janvier.

En revanche, son père Abdoulaye Wade est venu. L’ancien président avait toujours refusé d’assister aux audiences, pour ne pas cautionner ce qu’il considère comme une parodie de justice. Sa présence ce matin au tribunal a conféré à l’événement un caractère assez dramatique.

Dans la salle, remplie de partisans de Karim Wade, l’énoncé du jugement a été accueilli sous les huées. « C’est trop, c’est trop ! », criait la foule. « C’est un procès politique », criaient les militants. Le président de la Cour a même dû s’interrompre avant de poursuivre sa lecture.

Un recours devant la Cour suprême

Pour les avocats de l’Etat, partie civile dans ce dossier, c’est une victoire importante dans le « combat contre l’impunité au Sénégal ». « Ce qui comptait dans ce procès, c’est l’exemplarité », explique Me Simon Ndiaye, pour qui les faits sont établis. « Ceux qui abusent des biens publics méritent une sanction sérieuse ».

Pour les avocats de la défense au contraire, c’est « un déni de justice », « un verdict politique au terme d’un procès politique, une condamnation sans preuve ». Me Madické Niang, ancien ministre de la Justice et des Affaires étrangères, parle même d’une « honte ». Il explique également que c’est lui qui a annoncé la nouvelle à Karim Wade en prison, que Karim Wade s’attendait à cette condamnation, qu’il reste serein, car le combat ne fait que commencer, selon lui.

Les avocats n’ont pas la possibilité de faire appel devant cette Cour de répression de l’enrichissement illicite, mais ils ont annoncé qu’ils allaient se pourvoir en cassation devant la cour suprême. Ils évoquent aussi d’autres juridictions à l’international comme la cour de la Cédéao. « La Crei nous a jugés », a affirmé Me Demba Ciré Bathily, un des avocats de Karim Wade. « C’est maintenant elle qui va être jugée ».

Karim Wade reconnu coupable d’enrichissement illicite

Que ce soit pour ses comptes en banque, ses voitures, ses terrains, la Cour estime que Karim Wade n’a pas pu démontrer que ces biens avaient été acquis de manière licite. Elle estime aussi qu’il est le bénéficiaire économique des sociétés visées par l’accusation, via un système de prête-noms. Cela dit, le compte de Singapour, qui représentait 40 % de l’accusation, a été retiré de son patrimoine. La défense dénonçait « un montage grossier, un compte imaginaire ». La Cour a reconnu qu’il n’y avait pas de preuves de l’existence de ce compte. Par conséquent, Karim Wade a été relaxé du chef de corruption.

Les avocats de la défense font remarquer maintenant que de 800 milliards francs CFA retenus au moment de l’inculpation, le patrimoine de Karim Wade est tombé à 69 milliards aujourd’hui, dont près de 5 milliards sont à son nom. « Même un milliard c’est beaucoup », répond un avocat de l’Etat.

Hors-jeu pour la prochaine présidentielle ?

Karim Wade avait été désigné, samedi 21 mars, candidat à la prochaine présidentielle par les militants du Parti démocratique sénégalais (PDS), la formation de son père. Certains pensent que cette condamnation va l’empêcher de se présenter, que « même d’un point de vue moral, il est hors jeu ». Mais il ne faut pas préjuger de ce que va décider la Cour suprême. Selon certaines sources, il n’est pas impossible que Macky Sall puisse gracier à l’avenir Karim Wade. « C’est de l’ordre de la prérogative du chef de l’Etat », a expliqué Sidiki Kaba, le ministre de la Justice. Mais une grâce n’effacerait pas la peine.

En revanche, si jamais l’Assemblée nationale devait voter un jour une loi d’amnistie, cela pourrait ouvrir la voie à une candidature, explique un observateur de la vie politique. Et d’ajouter : « On n’en est pas encore là… bien au contraire ».