Gabon: André Mba Obame, figure de l'opposition, est décédé

L'opposant André Mba Obame, le 17 février 2011.
© AFP

L'opposant gabonais et fondateur de l’Union nationale André Mba Obame est décédé dimanche à Yaoundé au Cameroun où il était soigné depuis plusieurs jours. Ancien ministre d'Omar Bongo passé à l'opposition en 2009, il en était l'une des principales figures depuis l'élection contestée d'Ali Bongo à la présidence après le décès de son père. A cette annonce, des heurts ont éclaté dans la capitale gabonaise Libreville.

André Mba Obame est décédé à la mi-journée à Yaoundé au Cameroun. Il s'y trouvait pour des soins et devait s'envoler en Afrique du Sud où il comptait poursuivre son traitement, a indiqué son neveu François Ondo Edou, secrétaire exécutif adjoint de l'Union nationale. Après avoir passé une nuit agitée, André Mba Obame a été conduit à l'hôpital où il est mort.

« Tout le monde sait que Monsieur André Mba Obame était malade depuis les élections de 2009 qu’il a gagnées. Il était en Afrique du Sud où il s’est fait opérer et après, il est parti en France et revenu ici. Ça n’allait toujours pas. Et c’est comme ça qu’il est parti à l’étranger pour se soigner », précise François Ondo Edou.

André Mba Obame était arrivé en troisième position à la présidentielle de 2009 remportée par Ali Bongo, selon les résultats officiels proclamés par la Cour constitutionnelle. Mais il avait revendiqué la victoire et s'était proclamé lui-même président élu.

Des heurts à Libreville

L'annonce de son décès a déclenché la colère de ses partisans à Libreville, au Gabon. Des voitures et des bâtiments ont été incendiés, notamment l'ambassade du Bénin, selon des sources concordantes citées par l'AFP.

Le porte-parole de la présidence gabonaise, Alain Claude Bilié Bi Nze, confirme ces incidents et met en cause les responsables de l'Union nationale. « S'en prendre aux ambassades c'est violer le principe de l'inviolabilité des ambassades, déplore-t-il. Il y a eu des dégats matériels, la police a été immédiatement alertée pour sécuriser les lieux. Il y a encore des déploiements de petits groupes de militants chargés de cailloux, d'armes blanches, affirme-t-il. Ce sont des actes que la présidence condamne avec la plus grande fermeté, indique le porte-parole. D'autant plus que M. Mba Obame est décédé d'une maladie, comme l'a reconnu le porte-parole de son parti dans un communiqué. »

« Nous déplorons son décès », assure le porte-parole de la présidence gabonaise, Alain Claude Bilié Bi Nze, qui rappelle qu'il avait lui-même travaillé avec André Mba Obame au sein du gouvernement. « Nous déplorons son décès et nous déplorons surtout la tentative d'instrumentalisation de son décès, répète-t-il. M. Mba Obame n'aurait certainement pas appelé à cela. Lorsqu'en 2009, il a contesté l'élection présidentielle, c'est par une grève de la faim et pas par des violences, donc ceux qui se réclament de lui feraient mieux de réfléchir à cela. Lui-même n'aurait pas appelé à la violence. »

De leur côté, les responsables de l'Union nationale démentent que des partisans de leur parti soient à l'origine des violences. « Nous n'avons aucun rapport avec ces violences », déclarent en substance les responsables de l'Union nationale qui disent d'ailleurs avoir très peu d'information sur les faits. « Pour ce qu'on dit de violences et autres, je fais très attention à ce qui peut être avancé comme information, affirme le secrétaire exécutif de l'Union nationale Paul Marie Ngonju.Souvent, pour aller jeter la [responsabilité] sur l'autre, on va créer une situation et on va accuser l'autre d'avoir commis telle ou telle exaction. »

« Nous allons continuer la lutte »

L'ancien président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, également membre de l'opposition gabonaise, pleure un proche qui a joué un rôle crucial pour la démocratie du pays : « Le Gabon vient de perdre l'un de ses illustres fils, combattant de la démocratie, de la liberté et des droits de l'homme, déplore Jean Ping. André Mba Obame (...) vient de nous quitter. Vous savez, André Mba Obame était encore jeune. Il a travaillé ici, il a été membre du gouvernement, il a été à plusieurs reprises dans le cabinet d'Omar Bongo, dans son gouvernement. Aujourd'hui, pour avoir osé briguer la magistrature suprême et gagner l'élection, il subit les foudres de ceux qui ont décidé de confisquer ainsi le pouvoir au Gabon. C'était un homme très convivial, très gentil et aussi un homme déterminé. »

Mais pour l'ancien président de la Commission de l'Union africaine, le combat doit continuer : « Ses bourreaux, tapis dans l'ombre, ont réussi la mission qu'ils ont confiée à leurs sbires, explique-t-il. La question que se posent désormais les Gabonais c'est : "qui sera le suivant ?" La population a commencé à manifester dans les rues. Je pense qu'André Mba Obame nous quitte trop tôt. Il s'en va au moment où nous avions besoin de lui et nous ne pouvons que le regretter. Mais je crois que le combat qu'il a mené n'est pas vain et nous allons continuer la lutte. Nous allons prendre ensemble l'engagement solennel d'accompagner le peuple gabonais dans son désir de libération. Les différents états-majors de l'opposition, notamment du parti qui était son parti, nous allons faire une série de communications et nous allons voir ce qu'il y a lieu de faire à la suite de sa disparition. »

Très ému, l'opposant Jean Eyéghé Ndong, qui a participé au rassemblement au siège du parti l'Union nationale dimanche après midi, promet une grande mobilisation de l'opposition dans les prochains jours. « C'est une valeur que nous perdons sur le plan politique et nous savons que André Mba Obame avait beaucoup lutté pour la démocratie au Gabon. Il n'y a pas réussi entièrement mais nous allons prolonger son combat. »

Un seul titre à la Une de la revue de presse Afrique : André Mba Obame

L'ex-enfant gâté du Gabon devenu féroce opposant

La classe politique gabonaise est unanime pour dire qu'elle a perdu un grand homme du pays. Brillant étudiant à Paris dans les années 1970, André Mba Obame étudie les sciences politiques jusqu'à l'obtention de son doctorat à la Sorbonne à Paris.

En 1984, à 27 ans, et après avoir été l’un des principaux animateurs de l’opposition gabonaise à Paris, il rentre au Gabon et intègre le cabinet du président Omar Bongo Ondimba qui vient le chercher. Il occupe ensuite plusieurs postes, dont celui de ministre de l'Intérieur, et ne quitte pas le pouvoir avant la mort d'Omar Bongo en 2009. Avant de se déchirer à sa mort, le fils du président Ali Bongo et lui avaient quasiment les mêmes privilèges. André Mba Obame fait campagne pour succéder à Omar Bongo, mais est victime de sa rivalité avec d'autres opposants et surtout de la candidature d'Ali Bongo, qui officiellement remporte le scrutin d'août 2009. Arrivé troisième selon les résultats officiels, André Mba Obame s'autoproclame président et forme un gouvernement parallèle en janvier 2011. « C'est moi qui ai gagné l'élection pour la présidence de 2009 et les Gabonais entendent donc que ce choix soit respecté, avait-il alors déclaré au micro de RFI. La répression et l'intimidation rendent le pouvoir illégitime et les décisions qu'il prend sont aussi illégitimes. »

L'opposition n'a jamais cessé de revendiquer cette victoire et ses dirigeants affirment jusqu'à aujourd'hui que cette défaite organisée l'a brisé. Malade, il se dit lui-même victime d'actes vaudou de la part de ses ennemis, mais reste une figure marquante de l'opposition gabonaise. Il n'était toutefois plus apparu en public depuis juin 2013. Régulièrement soigné à l'étranger, c'est à Yaoundé qu'il avait été hospitalisé dimanche matin et où il est donc décédé.

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