Burundi: Pierre Nkurunziza candidat à la présidentielle de juin

Pierre Nkurunziza, président du Burundi, lors du congrès du CNDD-FDD de ce samedi 25 avril, lors duquel le candidat à la prochaine élection présidentielle au Burundi a été désigné.
© Photo : RFI / Sonia Rolley

L’actuel président Pierre Nkurunziza a été officiellement désigné comme le candidat du parti au pouvoir au Burundi, ce samedi 25 avril lors d’un congrès extraordinaire du CNDD-FDD à Bujumbura. Le président sortant, au pouvoir depuis dix ans, se présente donc pour un troisième mandat, malgré les critiques exprimées tant par la société civile burundaise que par la communauté internationale.

C’était attendu. C’est désormais officiel. Pierre Nkurunziza, l’actuel président du Burundi, qui est au pouvoir à Bujumbura depuis dix ans, sera le candidat du CNDD-FDD à l’élection présidntielle prévue en juin prochain. La désignation a été annoncée ce samedi 25 avril, à la mi-journée, alors que se tenait dans la capitale burundaise un congrès extraordinaire du parti au pouvoir.

Officiellement, il y avait trois candidats à l’investiture : le deuxième vice-président du parti et la première vice-présidente de l’Assemblée nationale. Mais avant même l’annonce, à l’extérieur du siège du parti, des centaines d’Imbonerakure, les membres de la ligue de la jeunesse du CNDD-FDD rassemblés depuis le matin, chantaient « On va voter pour Pierre Nkurunziza ». Ils ont même quasiment annoncé la victoire avant l’heure, par une explosion de joie. « Pierre Nkurunziza est notre candidat », assuraient-ils, alors même que des officiels du parti disaient qu’à l’intérieur du siège du parti, le vote à huis clos et à main levé n’avait pas encore eu lieu. Il n’y avait donc aucun suspense.

Le président Pierre Nkurunziza a pris la parole pour remercier les délégués de son parti pour cette investiture. « Ce qui vient de se passer est le résultat de longues prières », a-t-il déclaré. A 12h40 (TU), il était toujours en train de s’exprimer.

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Un congrès sous haute protection

Le congrès du CNDD-FDD de ce samedi 25 avril à Bukumbura s'est déroulé sous haute surveillance. © Photo : RFI / Sonia Rolley

Le congrès s’est tenu sous haute protection. Tous les délégués, y compris le ministre de l’Intérieur, ont dû se plier à un contrôle, avec des détecteurs de métaux. Ils ont été acheminés par bus au siège du parti. Du jamais vu. Les Imbonerakure faisaient une haie d’honneur aux passages des autocars. Ils ont envahi les rues autour du siège national du parti. Ils ont fait mine, un instant de vouloir entrer. Il y a eu un mouvement de foule. Les policiers et les militaires déployés semblaient complètement débordés. L’un des leaders a été obligé de sortir pour parler avec les militants. « Diminuez vos manifestations de joie », leur a-t-il dit. Un mouvement de foule qui a eu lieu, là encore, avant l’annonce officielle de l’investiture de Nkurunziza.

Cette investiture a été officialisée en l’absence de l’ensemble des ambassadeurs occidentaux. Il y avait seulement des représentants africains du corps diplomatique et l’ambassadeur de Russie. « Vu le contexte, nous nous sommes entendus pour n’assister à aucun congrès », a confié un diplomate occidentale.

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Quelle sera la réaction des opposants au troisième mandat ?

Des confrères de la presse burundaise se sont pour leur part amusés à rappeler – devant l’omniprésence des Imbonerakure dans les rues - que le gouvernement a interdit toute manifestation, y compris pour le CNDD-FDD. Des manifestations sont tout de même annoncées au cours du week-end.

Cette candidature s’inscrit en effet dans un climat tendu, à Bujumbura. Depuis plusieurs mois, la communauté internationale a multiplié les gestes pour réclamer à Pierre Nkurunziza de ne pas se présenter pour un nouveau mandat. Au Burundi, l’opposition juge que cette candidature va à l’encontre de la Constitution. Et la société civile burundaise a également marqué son opposition et ses doutes. Pierre Claver Mbonimpa, l'une des principales figures des droits de l'homme au Burundi, a ainsi expliqué ses craintes, la semaine dernière : « Le Burundi va vers un danger. Une fois que le président de la République réclamera son troisième mandat. Le jour où il va se déclarer, il aura ouvert le feu. »