Burundi: la Cour constitutionnelle valide la candidature de Nkurunziza

Dans le quartier de Musaga, Bujumbura, les jeunes montent de nouveau des barricades, Burundi, le 5 mai 2015.
© RFI/SR

La Cour constitutionnelle a validé ce mardi la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, au lendemain de la fuite du vice-président de cette Cour, qui a dénoncé des pressions. Et au lendemain d'affrontements lors desquels la police a tiré à balles réelles et qui ont fait au moins trois morts, les manifestations ont repris dans les quartiers périphériques de Bujumbura. Suivez les évènements en direct dans cet article.

La Cour constitutionnelle a officiellement validé la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, estimant qu'elle n'était pas contraire à la Constitution.

Sur la première page de ce document, on retrouve un tampon de la République du Burundi au nom du peuple du Burundi. La Cour constitutionnelle a donc rendu l’arrêt suivant. Elle note que la requête émane de 14 sénateurs qui demandent l’interprétation de l’article 96 et 302 de la Constitution. Une requête recevable pour la Cour.

Pour rappel, l’article 96 prévoir que le président est élu au Burundi au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois. L’article 302 note qu’exceptionnellement le premier président post-transition, donc après la guerre civile, serait élu par le Parlement. Ce premier président étant Pierre Nkurunziza en 2005.

Les juges reconnaissent que les accords d’Arusha ne prévoient que deux mandats présidentiels, que c’était bien l’intention des négociateurs, mais ils évoquent un contexte de compromis à un moment où l’esprit des Burundais n’était pas « apaisé ». La Cour estime donc que « le flou entretenu dans l’article 302 a ouvert la possibilité d’un troisième mandat pour le président, que son premier mandat était un mandat spécial. En 2010, Pierre Nkurunziza est élu pour la première fois au suffrage universel ». Les juges estiment donc qu’il a le droit à un deuxième mandat avec le même mode de scrutin.

Une curiosité tout de même : à la fin du document, on peut lire les noms des sept juges comme ayant siégé, y compris celui du vice-président dont on sait qu’il avait déjà fui le pays. Il n’y a donc aucun paraphe à côté de son nom.

Copie de l'arrêt de la Cour constitutionnelle du Burundi de ce mardi 5 mai validant la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat. © DR

Par ailleurs, le vice-président du Burundi a annoncé au cours d'une réunion des partis politiques organisée sous l'égide de l'ONU, que le gouvernement était prêt à libérer les manifestants détenus, à rouvrir les radios et à lever les mandats d'arrêt contre les leaders de la contestation à condition que soient mis un terme aux manifestations.

Premières réactions

Le gouvernement burundais n’a pas encore réagi officiellement, mais du côté du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, Christian Nkurunziza, qui est chargé de l’idéologie, se félicite de la décision du Conseil constitutionnel. Une décision qui a ses yeux devrait clore la discussion sur un troisième mandat du président. Ce haut cadre du parti présidentiel balaie du revers de la main le départ en exil du vice-président de la Cour et ses révélations. Il rappelle qu’il ne faut que quatre juges sur sept pour qu’une décision soit prise par cette instance.

Autre réaction également, celle d’un sénateur du parti au pouvoir qui estime que désormais c’est aux leaders des manifestants de se montrer responsables et qui doivent appeler à respecter les institutions et donc arrêter les rassemblements.

Dans la rue, cela a été la consternation, même si la nouvelle n’a pas été une surprise. Les manifestants estiment que cette Cour constitutionnelle est aux ordres du pouvoir : « Il n’y a qu’un seul juge dans ce pays, et c’est le président Nkurunziza. Mais nous n’abandonnerons pas », disent-ils.

Reprise des manifestations

Les manifestations ont donc repris ce mardi matin, avec une petite centaine de manifestants notamment à Musaga. Le quartier se barricade. Sur ses routes principales, on voit des jeunes en train de faire des sacs de sable pour les emmener sur les barrages. Ils essayent aussi de démonter des planches. Dans la rue, des pneus brûlent. Ces jeunes se disent prêts à recevoir la police aujourd’hui. Ils les attendent. Ils font part de rumeurs comme quoi les forces de l’ordre viendraient les attaquer.

Une rumeur renforcée par le fait que les renforts policiers arrivent au bas de la colline où se trouve Musaga. Il y a le camion anti-émeute, il y a plusieurs dizaines de policiers déjà sur place. Ces jeunes vivent donc avec l’angoisse d’une nouvelle attaque et ils disent : « On va continuer à manifester contre ce troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Mais on ne peut pas se laisser tuer comme ça. Il va falloir qu’on se prépare ».

Pour cela, et c’est assez nouveau, ils ont désormais des petites bouteilles de bière à l’intérieur desquelles ils mettent un peu d’essence et du verre cassé. Ils espèrent qu’elles leur serviront de bombes, de grenades qu’ils pourront lancer sur les policiers. Même si les manifestants disent ne pas vraiment sûrs que ce dispositif fonctionne.