Burundi: chronologie d'une journée de violences à Bujumbura

Des soldats fidèles au président Pierre Nkurunziza dans des rues de la capitale burundaise où les affrontements ont repris, le 14 mai 2015.
© REUTERS/Goran Tomasevic

Les affrontements ont repris dans la capitale burundaise ce jeudi 14 mai. Il est difficile cependant de savoir quelle est la situation exacte à Bujumbura après la tentative de coup d’Etat lancée la veille en début d’après-midi. Après une brève accalmie dans la matinée, des tirs ont à nouveau été entendus aux abords de la radio et de la télévision. Le coup d’Etat est conduit par le général Godefroid Niyombaré, ex-chef d'état-major. Mais ce soir, le numéro 2 du mouvement déclare que le « mouvement a échoué ».

Le récit des événements avec nos correspondants et notre envoyée spéciale. Les heures sont données en temps universel (TU). 

21h : « Personnellement, je le reconnais, notre mouvement a échoué », a déclaré à RFI le numéro 2 du mouvement, le général Cyrille Ndayirukiye. « Nous avons rencontré une trop grande détermination militaire pour soutenir le système au pouvoir », a-t-il poursuivi.

18h48 : Le président Nkurunziza affirme sur Twitter se trouver au Burundi : « Je suis au #Burundi. Je félicite l'armée et la police pour leur patriotisme. Je félicite surtout les burundais pour leur patience ».

18h00 : Pierre Nkurunziza reste le président « légitime » du Burundi, selon les Etats-Unis.

16h00 : selon la BBC qui cite le porte-parole de la présidence burundaise, Pierre Nkurunziza a quitté la Tanzanie depuis mercredi, contredisant ainsi une information précédente de source gouvernementale qui donnait le président tanzanien à Dar es Salaam.

15h30 : au moins trois militaires ont été tués dans les affrontements de ce jeudi 14 mai.

Affrontements autour de la RTNB, à Bujumbura. Selon les constatations de RFI, trois personnes ont été tuées ce jeudi 14 mai. © RFI/SR

14h15 : la radio Isanganiro a cessé d'émettre selon sa directrice, suite à une attaque perpétrée par des hommes habillés en policiers.

13h50 : « les auditeurs de l'intérieur du pays commençaient à se dire que le coup d'Etat est consommé, ce n'est pas vrai », selon le directeur de la RTNB en direct sur la fréquence de la radio nationale qui émet à nouveau.

13h30 : la France suit avec la plus grande attention la situation au Burundi. Dans un communiqué, le Quai d'Orsay appelle « l’ensemble des parties à la retenue, au dialogue et à la protection de la population civile. Elle soutient pleinement les efforts africains en cours en vue d'une résolution de la crise et la tenue d'élections démocratiques ». A la demande de la France, le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit ce 14 mai.

13h17 : beaucoup de gens sont dans la rue à Musaga, comme le constatent notre correspondant et notre envoyée spéciale. Ils discutent, se précipitent sur les journalistes pour avoir des nouvelles fraîches, mais surtout ils disent leur crainte, leur peur de voir le Burundi basculer une nouvelle fois dans la guerre, dans le chaos.

Jusqu'à maintenant, on n'a pas d'informations...
Dans les rues de Musaga
14-05-2015 - Par Sonia Rolley

 
13h15 : Selon des informations recueillies auprès de sources concordantes, ce sont des soldats d'un bataillon de l’armée burundaise et du 11ème Bataillon blindé de Bujumbura qui sont à l’œuvre. Ils utilisent les gros moyens face aux soldats d’élite de la Brigade Spéciale de Protection des Institutions, une sorte de garde présidentielle au Burundi. Il y a au moins deux blindés légers qui bombardent l’objectif et des centaines de soldats sont engagés dans ces combats très violents. Les putschistes assurent attendre également des renforts de l’intérieur du pays, où est concentrée l’artillerie lourde du Burundi. A l’heure qu’il est, ces combats se poursuivent.

12h15 : la Radio Télévision Nationale du Burundi, l'un des bastions des loyalistes, fait l'objet d'une attaque des forces putschistes. La radio vient même de cesser d'émettre. Le personnel de la RTNB serait enfermé à l'intérieur des locaux. Des coups de feu sont toujours entendus aux alentours. La RTNB est l’un des principaux objectifs des putschistes depuis cette nuit.

11h30 : tirs nourris à l'arme lourde et légère près de la radio nationale, qui était tenue par les loyalistes ce jeudi matin. Les putschistes disent avoir lancé une offensive.

11h10 : échanges de tirs près du pont Muha, entre le quartier périphérique et le centre-ville, de part et d'autres, après l'interview de Pierre Nkurunziza par téléphone sur la RTNB dans laquelle il a félicité notamment les soldats loyalistes, en laissant entendre que la situation était toujours sous contrôle.

10h00: joint par RFI, Willy Nyamitwe, porte-parole de la présidence et porte-parole de la campagne de Pierre Nkurunziza, assure que le président est serein est confiant : « Pour des raisons de sécurité, je ne suis pas autorisé à vous dire où se trouve le président de la République. Mais nous sommes en communication. Il est calme, serein, il est conscient que les Burundais ne voudraient plus renouveler avec les années sombres de leur histoire. Nous savons d’où nous venons, et surtout ce que veut dire un coup d’Etat au Burundi. Alors il est confiant, comme il a le soutien du peuple burundais. De toute façon, le retour à la normalité, à la constitutionnalité, est assuré. Si le chef de l’Etat n’est pas au pays, l’armée loyaliste est là, ses conseillers sont ici, le gouvernement est là. Donc le pays continue à tourner. C’est vrai, il y a un petit sabotage, causé par ces aventuriers, mais ce qui est sûr et certain c’est que cette situation est maintenant maîtrisée par les loyalistes ».

→ Tentative de coup d'Etat au Burundi, réécoutez les éditions spéciales

9h15: face-à-face sur la RN7, vers Musaga, entre un détachement de loyalistes sur le pont Kinanira II et un blindé putschiste, à quelques centaines de mètres d'écart.

8h25 : trois points sont à cette heure clairement tenus par les loyalistes : la présidence, la Radio-Télévision nationale du Burundi (RTNB) et le siège du parti au pouvoir. Un large périmètre est en place autour de ces bâtiments. Tôt ce matin, une attaque des putschistes a eu lieu contre la RTNB mais elle a été repoussée.

8h00 : la situation est plutôt calme depuis une heure et demie environ même si on entend encore des tirs sporadiques dans la rue du Commerce, nous explique notre envoyée spéciale. On ne connaît évidemment pas l’origine de ces tirs, on ne connaît même pas les forces en présence. Parmi les policiers que l’on rencontre, certains ont l’air d’être d’être proches des loyalistes, d’autres des putschistes. Ils se trouvent à quelques rues d’écart sans qu’il y ait des affrontements, hormis les accrochages du début de matinée.

7h50 : les putschistes disent contrôler la « majorité » de la capitale, Bujumbura.

7h20 : la RPA est en flammes et des parties du bâtiment menacent de s’écrouler. La Radio Renaissance a aussi été en partie incendiée par des forces identifiées comme des policiers, selon des témoins. Une technicienne qui était sur place a été gravement blessée au ventre, d'après le directeur de cette radio. La station Bonesha a aussi été attaquée à la grenade. Tous les médias attaqués avaient diffusé les messages des putchistes. Il n'y a plus que deux radios qui émettent : la RTNB et Radio Isanganiro.

→ A (re)lire: La revue de presse Afrique, à la Une : une page semble tournée au Burundi

7h15 : au bord des routes, rapporte notre correspondant à Bujumbura, des soldats sortent des casernes. La plupart des gens sont terrés chez eux parce que, pour le moment, nul ne peut dire qui est en train de prendre le dessus. Dans le camp des putchistes, on assure que Nkurunziza ne peut plus compter que sur la brigade spéciale de protection des institutions, qui lui est très fidèle et qui protège la Radio-Télévision nationale. Aucun loyaliste ne répond au téléphone pour le moment. C'est très clair, les médias burundais sont l'un des principaux enjeux de cette bataille.

7h00 : le président Nkurunziza serait à nouveau en Tanzanie, rapporte notre correspondant à Dar es Salaam. D’après nos sources, il s’est entretenu avec le président tanzanien Jakaya Kikwete. On ne sait pas ce qu’ils se sont dit, mais il est très probable que les Tanzaniens aient posé comme condition au président burundais de se faire discret. Mercredi soir, au sommet des chefs d’Etat, personne n’a parlé de tentative de coup d’Etat et le sommet de l’Afrique de l’Est considérait que le renversement du président burundais avait déjà eu lieu. Mais vu la situation qui règne à Bujumbura ce matin, cela semble beaucoup moins clair.

6h15 : de violents combats de nouveau signalés par les envoyés spéciaux de RFI et des agences à la mitrailleuse et au lance-roquettes.

5h30 : il semble y avoir une accalmie dans les tirs.

4h30 : après les séances de liesse mercredi après-midi, la situation s'est rapidement dégradée pendant la nuit et ce jeudi matin, des combats ont éclaté dans Bujumbura. Des tirs nourris à l'arme légère et à l'arme lourde sont entendus notamment autour de la Radio-Télévision nationale sous contrôle des partisans du président Nkurunziza. L'air sent la poudre, rapporte notre envoyée spéciale.

Il y a eu des combats autour des radios privées et de la radio publique, la RPA, dans la nuit. Deux nouvelles radios ont été attaquées : Renaissance et Bonesha. La RPA n'émet pas, les équipes ne sont pas parties travailler. Seule Isanganiro et la RTNB poursuivent leurs programmes.

Les médias ont été la cible d'attaques dans la nuit. Ici Radio Renaissance (privée) dont les locaux ont été la cible de tirs de roquettes. Une femme a été grièvement blessée, selon son directeur. © RFI/Sonia Rolley

4h00 : des négociations entre officiers loyalistes de l’armée burundaise et proches de Godefroid Niyombaré ont eu lieu mais elles ont échoué vers 2h du matin. Les responsables de chaque camp sont venus annoncer à la radio qu'ils avaient la maîtrise de la situation. Le chef d’état-major parlait d'un échec du coup d’Etat et appelait les mutins à se rendre. Dans l'autre camp, le porte-parole du général Niyombaré invitait « confraternellement » ceux qui continuent de soutenir le président Nkurunziza à se rejoindre derrière le peuple.

On n'a pas encore de précisions sur les forces en présence ni sur l'équilibre entre chacun de ces deux camps. La présidence burundaise annonçait hier avoir déjoué le coup d'Etat des militaires mutins tandis que le général Niyombaré assurait, lui, avoir le soutien de nombreux officiers supérieurs. Cette nuit, le chef d'état-major, resté loyal au président, revendiquait le contrôle de la présidence.

Nos confrères de France 24 avaient interviewé le général Niyombaré en 2011


L'essentiel de la journée de mercredi :

•  A la mi-journée, mercredi, dans une déclaration sur la radio privée Isanganiro, le général Godefroid Niyombaré annonce la destitution du président Pierre Nkurunziza (cliquer pour lire son portrait)

  En début d'après-midi, le général Godefroid Niyombaré (lire son portrait) ordonne, sur la RPA, la fermeture de l'aéroport et des frontières alors que le retour de Pierre Nkurunziza est annoncé

•  Des discussions ont eu lieu dans la nuit entre soldats loyalistes et putschistes pour éviter un bain de sang mais elles ont échoué vers 2h du matin

  Trois personnes ont été tuées dans les affrontements, 2 civils et un policier (voir le fil de la journée)

•  Des combats ont eu lieu dans la nuit autour des radios publique et privées

•  Le président Nkurunziza assistait hier à un sommet de crise sur la situation au Burundi à Dar-es-Salam, en Tanzanie. Il a fait une tentative infructueuse pour revenir à Bujumbura, son avion ayant dû faire demi-tour. La Communauté d'Afrique de l'Est a condamné fermement la tentative de coup d'Etat et demandé le retour à l'ordre constitutionnel

Réécouter nos éditions spéciales de mercredi


Trois semaines de contestation contre le président

Ce mouvement de protestation est parti du congrès du CNDD-FDD, le 25 avril, au cours duquel le président sortant Pierre Nkurunziza a été confirmé candidat à l'élection présidentielle. Pendant plusieurs jours, dès le lendemain, des Burundais ont alors manifesté. Le cœur de la contestation se concentrait autour du quartier de Cibitoke, où l'on déplorera des victimes tués à balle réelle. Il faudra l'intervention de l'armée pour rassurer un temps les habitants.

Une étape importante survient le 8 mai, avec le dépôt de huit candidatures à la présidentielle, dont celle de Pierre Nkurunziza, mais aussi des personnalités de l'opposition telle qu'Agathon Rwasa. Le ton monte alors : le gouvernement exige l'arrêt de ce qu'elle nomme « une insurrection ». La société civile dénonce « une déclaration de guerre ».

Dimanche 10 mai, près de 200 femmes bravent finalement les menaces et manifestent en plein centre-ville de Bujumbura. Les choses s'organisent et s'accélèrent avec la tenue d'un sommet de la Communauté d'Afrique de l'Est en Tanzanie pour évoquer un éventuel report de la présidentielle. Profitant de l'absence du président, parti participer à ce sommet, des militaires annoncent la destitution de Nkurunziza.

→ À (re)lire : Godefroid Niyombaré avait mis en garde Nkurunziza