Burundi: le coup d'Etat a échoué, et maintenant ?

Dans le quartier de Musaga, à Bujumbura des militaires sont intervenus pour dégager une barricade
© Sonia Rolley/RFI

Le chef de l'Etat Pierre Nkurunziza est arrivé Bujumbura, où il a réintégré le palais présidentiel. Il devrait s'adresser à la nation ce vendredi 15 mai, après l'échec du coup d'Etat qui visait à le destituer. À Bujumbura, tout le monde se demande de quoi seront faits les heures et les jours qui viennent. La société civile a appelé à reprendre les manifestations.

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Le président, qui a passé la nuit dans sa ville natale de Ngozi, est arrivé à Bujumbura. Sur la route, ses partisans ont mobilisé des foules qui ont entonné des chansons à sa gloire. Ils se sont également installés à l'entrée de la capitale, à Kamenge, où ils ont applaudi son cortège, avant l'arrivée du chef de l'Etat au palais présidentiel, où il doit s'adresser à la nation.

Le discours du chef de l'Etat est d'ailleurs très attendu, et devrait donner le ton, après l'échec du putsch mené par le général Niyombaré. Ce dernier est toujours introuvable. La police soutient qu'il s'est échappé, alors que lui, au contraire, a affirmé dans la matinée vouloir se rendre. Un autre général, ainsi que deux commissaires de police putschistes ont été arrêtés. Selon le porte-parole de la présidence, Willy Nyamitwe, les mutins arrêtés n'ont rien à craindre pour leur sécurité, mais « devront répondre pour leur comportement d'un autre temps ».

Appel à une reprise des manifestations

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15-05-2015 - Par Esdras Ndikumana

Nshimirimana, un des leaders du collectif anti-troisième mandat, souhaite quant à lui que la mobilisation populaire se poursuive contre uen troisième coandidature de Nkurunziza à la présidence, estimant que le peuple attend le changement. « Par principe, la société civile est toujours contre tout ce qui est coup de force, contre tout ce qui est contre la loi, mais nous ne faisons que constater ce qui est le constat de tout le monde, que le peuple aspire au changement [...]. En témoigne la réaction massive le peuple qui est entré en liesse lorsqu'il a entendu le coup. Notre mobilisation doit continuer davantage  » 

Il a appelé dans la matinée à reprendre les manifestations qui se déroulaient depuis le 26 avril, et qui ont été interrompues par la tentative de coup d 'Etat. Pour Vital Nshimirimana, il n'est pas question d'associer le mouvement de contestation aux putschistes. Pour lui, il s'agit avant tout d'un problème interne au CNDD-FDD, le parti présidentiel. « Qu'on nous accuse d'être de connivence avec ceux qui ont tenté de fomenter le coup d'Etat, ce serait faux, affirme-t-il. On a jamais vu la société civile porter les armes. On a vu que c'était une intiative à l'intérieur même du système au sein du CNDD-FDD, et nous ne faisons pas partie de ce système. »

Tentatives de reformer des barricades

A Musaga, un des quartiers frondeurs, mais aussi dans d'autres zones de la capitale, comme à Nyakabiga, Kibitoke ou Kinama, des centaines de personnes tentent depuis ce matin, d'ériger des barricades, mais les policiers interviennent pour les démonter. La police a tiré en l'air et l'un d'entre eux a prévenu les manifestants qu'ils seraient considérés comme putschistes s'ils persistaient. Il n'y a pas de gros rassemblements, mais des petits groupes, souvent constitués de jeunes. « Pas  de photos », demandent ces manifestants, qui craignent aujourd'hui des représailles. « Si vous faites des photos, ils vont nous identifier et revenir nous tuer la nuit », insiste l'un d'entre eux.

Les jeunes sont d'ailleurs déçus et fâchés contre les putschistes. Tous répètent qu'ils ne souhaitaient pas de coup d'Etat. « On ne veut pas du troisième mandat, et on restera sur les routes », promettent-ils. Cela montre qu'il règne toujours une vive tension dans la capitale burundaise.

Au niveau régional, la ministre sud-africaine des Affaires étrangères a réaffirmé l’engagement de Pretoria à trouver une solution négociée. « Les chefs d’Etat de la Communauté d’Afrique de l’Est vont continuer à travailler et à soutenir les leaders politiques burundais afin de traiter ce problème politique et aider à l’interprétation de leur propre Constitution. C'est-à-dire si un deuxième mandat prenait fin à la fin de ce terme, avant ou après. » Avant d'ajouter : « Nous voulons mettre l’accent sur le fait qu’une solution à problème politique ne doit pas déboucher sur un changement inconstitutionnel de gouvernement, ainsi que la perte de vies innocentes. »

De son côté, le président tchadien Idriss Déby, c'est également dit préoccupé. « Nous suivons de très près la situation, a-t-il déclaré, car elle peut nous échapper et peut devenir une catastrophe de plus dans les Grands Lacs, et qui aura pour conséquence des questions humanitaires dramatiques. Nous condamnons de la manière la plus ferme ce coup de force, de la même manière que nous condamnons les violations de la Constitution par le président. Un coup d'Etat, personne n'accepte cela, et j'en appelle à la responsabilité des uns et des autres pour éviter le drame qu'a vécu le Burundi pendant dix année. »