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Burundi

Burundi: silence et recueillement pour les obsèques de Zedi Feruzi

Au Burundi, l'opposant Zedi Feruzi est enterré par ses proches et des milliers d'anonymes.
© RFI/David Thomson

Au Burundi, les opposants à un troisième mandat du président burundais Pierre Nkurunziza, mettent fin au dialogue qu’ils avaient entamé avec le pouvoir, sous l'égide des Nations unies, après quatre semaines de manifestations. Leur décision fait suite à l'assassinat d'un opposant, samedi 23 mai, dans la soirée, à Bujumbura. Zedi Feruzi, président de l’UPD, a été abattu par des hommes armés, devant son domicile, dans le quartier de Ngagara. Ses funérailles se sont tenues, ce dimanche. 

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Les obsèques de Zedi Feruzi, qui était de confession musulmane se sont tenues, ce dimanche matin. Dans un silence de plomb, ils étaient des milliers, à savoir des proches, des militants UPD ou de simples sympathisants à défiler dans un long cortège funéraire.

Ils se sont d’abord rassemblés devant le domicile du leader assassiné et sur les lieux de son assassinat, dans le quartier de Ngagara, à Bujumbura, puis le cortège s’est ensuite élancé jusqu’à la mosquée du quartier dix où la cérémonie s’est terminée vers 14h30, heure locale.

Sans un mot, dans le recueillement, la colère et la peur, ils ont accompagné le cercueil de Zedi Feruzi, avant de déposer son linceul en terre dans la mosquée du quartier dix de Bujumbura, en entonnant « Lâ ilaâha illâ Allâh », la profession de foi musulmane. Le leader assassiné était en effet de confession musulmane.

C’est une marche pacifique que l’on entendait tout au long de ce cortège, avec tout de même, en tête, des slogans demandant le départ du président Nkurunziza.

« Nous sommes fatigués. Nous sommes dans un état de tristesse, de désolation totale ! La police est corrompue, sans pitié. Ils ont l’argent, ils ont les armes, ils nous tirent dessus et nous sommes seuls », disait, à RFI, un jeune. Dans ce cortège, en effet, même s’ils n’ont aucune preuve, tous accusent le pouvoir de vouloir désormais éliminer, physiquement, ses opposants.

Beaucoup de rumeurs circulaient ce dimanche matin. Certaines grandes figures de la société civile ont préféré s’absenter et ne pas assister aux obsèques du chef de l’UPD, de peur d’être assassinées à leur tour.

En tout cas, ce dimanche matin, dans le cortège, beaucoup disaient leur détermination à reprendre, dès demain, lundi, les manifestations à Bujumbura contre ce 3ème mandat du président Nkurunziza.

La Coordination anti-3e mandat a condamné, ce dimanche matin, un « acte ignoble » et annoncé qu’elle « suspendait sa participation au dialogue » initié par le Bureau des Nations unies pour les élections (Menub) entre le gouvernement et les différents acteurs socio-politiques. Dans un communiqué, le gouvernement déclarait aussi hier sa « consternation ».

Les négociations qui se voulaient discrètes et qui commençaient à peine, se déroulaient sous l’égide de l’envoyé spécial de l’ONU Saïd Djinnit, de représentants de l’Union africaine (UA) et des pays de la région. Des représentants de la société civile, de partis politiques, d’organisations religieuses et du gouvernement y participaient également.

La Coordination a décrété une trêve des manifestations pour ce week-end et a appelé à manifester, de nouveau, lundi matin « avec plus de vigueur ».

Réactions de la communauté internationale

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon a condamné dans la nuit l'attentat et l'attaque à la grenade sur le marché central de Bujumbura et appelé les dirigeants politiques burundais à « faire preuve de responsabilité... et placer la paix et la réconciliation nationale au dessus des intérêts partisans ».

Comme les Nations-Unies, la Belgique, l'ancienne puissance coloniale, condamne l'assassinat de l'opposant Zedi Feruzi et appelle à une enquête indépendante.

«C’est une condamnation sans appel parce que la violence ne peut pas être utilisée dans un débat politique, et la violence qui conduit à l’assassinat de Zedi Feruzi et d’ailleurs aussi à l’un de ses proches n’est pas du tout acceptable. On est dans une situation de tension forte au Burundi mais quel que soit le pays, quelle que soit la situation, il n’est pas acceptable que l’on procède par violence et qu’on en arrive à un assassinat », a déclaré, à RFI, Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères.

« Donc, la réaction première, c’est vraiment la condamnation mais j’espère, au-delà de la condamnation, qu’ l’on va pouvoir mener une enquête rapide et transparente. Vu la situation sur place, je pense que cette enquête ne saurait se dérouler correctement que si elle peut être, au moins, supervisée soit par l’Union africaine, soit par les Nations unies, soit par les deux », a ajouté le ministre.

«Nous condamnons avec force»

La Commission de l'Union européenne condamne, à son tour, « avec force » l'attentat de Zedi Feruzi et exhorte tous les acteurs à « s'engager de bonne foi » dans le dialogue politique.

« Evidemment, nous condamnons avec vigueur et force cet attentat, celui d’hier contre ce membre de l’opposition mais aussi celui, perpétré la veille, au marché central de Bujumbura. De manière générale, cette prolifération de violence ne peut que mener le pays qu’à plus de violence. Et donc, nous demandons aux autorités burundaises de traduire en justice les acteurs de ces crimes ; prendre les mesures nécessaires parce que si la violence politique continue de se propager, on n’a pas de voie de sortie », a déclaré, à RFI, Alexandre Polack, porte-parole de la Commission de l’Union européenne.

Il a également assuré que la Commission ne laissera pas « le pays être pris en otage par ceux qui veulent aller précipitamment » vers des élections.

« On essaye d’appeler à la retenue, d’exhorter un peu tous les acteurs à s’engager, vraiment de bonne foi, dans le dialogue politique. C’est pour cela que l’on soutient les efforts du secrétaire général des Nations unies et de son envoyé spécial Saïd Djinnit ainsi que l’Union africaine et outs les acteurs régionaux parce qu’on ne peut pas laisser ce pays être pris en otage par ceux qui veulent aller précipitamment vers les élections sans que les conditions nécessaires pour qu’elles soient pacifiques, crédibles et inclusives soient réunies », a souligné le porte-parole de la Commission de l’Union européenne.

Zedi Feruzi était un des leaders du mouvement contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza. Il avait appelé, mardi, lors des manifestations dans le quartier de Musaga « tous les Burundais à s’unir » pour obtenir le retrait de la candidature de l’actuel président burundais.

Ecoutez Zedi Feruzi dans un discours prononcé dans le quartier de Musaga mardi dernier
24-05-2015 - Par Esdras Ndikumana

En tête du cortège des obsèques de Zedi Feruzi, des pancartes rappelant l'opposition du leader de l'UPD à un 3e mandat de Pierre Nkurunziza. © RFI/David Thomson

 

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