Burkina: le président toujours aux mains de la garde présidentielle

Des manifestants occupent la place de la Révolution, à Ouagadougou, ce mercredi 16 septembre dans la soirée.
© REUTERS/Joe Penney

Le président de transition, Michel Kafando, et le Premier ministre Isaac Zida, sont retenus de force au palais présidentiel par des militaires du RSP depuis ce mercredi après-midi. L'armée a tiré pour disperser la foule qui s'était rassemblée aux abords du palais présidentiel, répondant notamment à l'appel du Balai citoyen à descendre dans la rue pour contrer ce « coup d'Etat ». En fin de soirée, la situation était toujours tendue à Ouagadougou.

• Le chef de l'Etat Michel Kafando et le Premier ministre Isaac Zida sont retenus de force par des militaires du RSP, la garde présidentielle burkinabè. Des négociations sont en cours.

• Des coups de feu ont été tirés pour disperser la foule rassemblée aux abords du palais présidentiel.

•  Le président du Conseil national de transition juge que « la nation est en danger ».

• L'Union africaine, la Cédéao et l'ONU exigent la libération immédiate des otages.

 

■ Situation confuse au palais présidentiel

La situation est encore confuse, au palais de Kosyam, le siège de la présidence à Ouagadougou. Des militaires ont investi les lieux ce mercredi en milieu d’après-midi. Il s’agit de membres du RSP, la garde présidentielle burkinabè, qui ont fait irruption en plein conseil des ministres. Ils auraient désarmé les soldats en faction sur les lieux, confisqué les téléphones des ministres et fermé le portail du palais.

Pour l’instant, impossible de savoir ce qui se passe à l’intérieur. Le président de transition, Michel Kafando, et son Premier ministre Isaac Zida, ainsi que plusieurs membres du gouvernement, sont aux mains de soldats de la garde présidentielle. Aucune revendication n’a pour l’instant été émise par ce groupe de militaires. On ignore les motivations de ces soldats.

Des militaires ont pris position, en armes, tout autour du palais présidentiel. Des éléments du RSP ont encerclé également la télévision national du Burkina Faso, ainsi qu'une télévision privée. Plusieurs radios, dont RFI, ont vu leur signal interrompu.

Des éléments du RSP ont également coupé la diffusion d'une radio privée, Radio Omega. Les soldats ont incendié les motos des journalistes et menacé d'incendier les locaux si la radio ne cessait pas ses émissions.

La tension est extrême dans les quartiers de Ouaga 2000 et de Patte-d'oie, près de la présidence. Peu après 19h30 TU, des manifestants ont entamé une marche en direction du palais présidentiel, mais ont été chargés par des éléments du RSP, qui ont dispersé la foule en tirant en l'air, a constaté le correspondant de RFI. On entend toujours des tirs sporadiques aux abords du palais.

La foule s'était rassemblée près de la place de la Révolution, le principal point de rendez-vous des manifestants étant le rond-point de la Patte-d’oie, près du palais présidentiel. Les manifestants disaient vouloir attendre là que le président et le Premier ministre soient libérés par les soldats du RSP. Dans le cas contraire, selon leurs propres termes, ils affirmaient vouloir « libérer eux-mêmes le président Michel Kafando et le Premier ministre Isaac Zida ». En fin de soirée, ils étaient encore nombreux à être présents sur la place de la Révolution

Selon le correspondant de RFI présent sur place, les manifestants se disent prêts à « tenir » sur la placede la Révolution jusqu'au petit matin. Dans le reste de la capitale burkinabè, les rues étaient désertes, en fin de soirée. Les stations essence sont toutes fermées. 

Des gens manifestent sur la place de la nation à Ouagadougou à la suite de la prise d'otage du président et du Premier ministre, le 16 septembre. © AFP PHOTO / AHMED OUOBA

■ « La nation est en danger », selon le président du CNT

Cherif Sy, le président du Conseil national de transition (CNT), a dénoncé ce soir une « prise d’otage » et déclaré que « la nation est en danger ». Dans un communiqué, Cherif Sy fustige « une énième irruption du RSP » qu’il qualifie « d’atteinte grave à la République et à ses institutions ».

Il précise que les militaires ont fait irruption dans la salle du conseil des ministres « à 14h30 » et que sont actuellement retenus de force, outre le président Michel Kafando et le Premier ministre Isaac Zida, « le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Sécurité sociale, Pr Augustin Loada et le ministre de l’Habitat de l’urbanisme René Bagoro. » 

Il appelle « tous les patriotes à se mobiliser » et assure qu’un dialogue est actuellement en cours entre la haute hiérarchie militaire et les éléments du RSP actuellement retranchés dans le palais présidentiel où ils retiennent de force le chef de l’Etat et le Premier ministre.

■ Le Balai citoyen appelle à la mobilisation

Dès la fin de journée, le Balai citoyen, fer de lance du mouvement qui a conduit à la chute de Blaise Compaoré, a appelé sur les réseaux sociaux à la « mobilisation générale à la place de la Révolution pour sauver Kosyam, pris en otage par le RSP et dire non au coup d’Etat en cours ».

■ La communauté internationale exige la libération des otages

L'Union africaine, la Cédéao et les Nations Unies « exigent la libération immédiate et inconditionnelle des otages ». Dans un communiqué commun rendu public dans la soirée, les trois organisations internationales martèlent que « les auteurs de cet enlèvement inacceptable répondront de leurs actes et seront tenus responsables de toute atteinte à l'intégrité physique du président du Faso, du Premier ministre et des autres personnalités qu'ils détiennent ». 

La France a également réagit, par la voix du ministère des Affaires étrangères, se disant « préoccupée par les développements survenus » dans la journée et « condamne fermement tout usage de la force ».

■ « Un coup de poignard dans le dos de la démocratie », pour Benwende Sankara

« C’est un coup de poignard dans le dos de la démocratie burkinabè et également un coup de poignard pour tous les Africains qui avaient mis de l'espoir dans cette démocratie », dénonce Benwende Sankara, président de l’Union pour la renaissance-Parti sankariste (UNIR-PS), joint par RFI. Pour ce candidat à la présidentielle prévue le 11 octobre prochain, « rien ne laissait présager un tel scénario ».

Cet opposant historique à Blaise Compaoré, « pleure pour le Burkina Faso ». « Je crains pour tous ces pays africains, pour tous les Africains qui avaient de la considération pour les Burkinabè. Je crois que si ce coup de force passait, (…) ce serait comme de dire que le Burkina Faso, tout simplement, n’existe pas et que notre peuple a été une nouvelle fois souillé. »

Benewende Sankara, candidat à la présidentielle (UNIR-PS)
16-09-2015

■ Le RSP, au centre de la tension politique

Les relations sont difficiles entre le Premier ministre Isaac Zida, pourtant issu de l'armée, et les hommes du Régiment de la sécurité présidentielle. Plusieurs crises - en décembre, en février et en juin - ont opposé Zida à ses anciens camarades.

Cette intervention des militaires intervient alors que, ce lundi, la commission de réconciliation et de réformes mise en place durant la transition a rendu son rapport, qui préconise notamment la dissolution du RSP. Y-a-t-il un lien direct entre ces évènements ? Pour l'instant, il est encore difficile de le dire puisque l'on ne connaît pas les motivations des soldats qui ont investi le palais de la présidence.

Cette intervention des militaires du RSP a également lieu à quelques semaines seulement de l’élection présidentielle et des législatives, prévues le 11 octobre prochain dans le cadre du processus de transition, entamé après la chute de Blaise Compaoré, le 31 octobre 2014, après 27 années à la tête du pays.

« Le RSP est une plaie dans la démocratie. Nous en demandons la dissolution », dénonce Guy-Hervé Kam, porte parole du Balai citoyen, contacté par RFI. Il estime également que c'est sans doute la teneur du rapport de la Commission qui a mis le feu aux poudres. « Ce que la commission demande c'est que le RSP, en tant que régiment militaire, ne s'occupe plus de la sécurité du président au Burkina Faso. Dans toutes les bonnes Républiques, c’est comme ça. (…) Les militaires ont pris goût à ça », déplore-t-il. Pour Guy-Hervé Kam, « le RSP doit redevenir un régiment républicain, une unité d’élite. Et l’armée en a besoin ».