Burkina Faso: les médiateurs africains continuent de consulter

Michel Kafando (au centre), entouré par les présidents Macky Sall et Boni Yayi, le samedi 19 septembre 2015.
© RFI/Guillaume Thibault

Après avoir rencontré le président Kafando en compagnie du président béninois Boni Yayi, le président sénégalais a fait un point sur la situation, deux jours après le coup d'Etat du général Diendéré. Selon Macky Sall, un schéma de sortie de crise se met en place et pourrait être annoncé ce samedi.

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Le président Macky Sall s'est exprimé lors d'un point de situation en fin de journée : « Je suis venu avec le président Yayi Boni pour rendre visite au président Kafando. Comme vous le savez, nous avions demandé sa libération dès après les événements du mercredi 16. Le général Diendéré nous avait donné l'assurance, en effet nous sommes venus constater par nous-mêmes cette réalité. Nous avons surtout échangé en profondeur avec le président sur la situation, aussi sur les mesures d'urgence à mettre en oeuvre pour un retour à la normale.

« Aller aux élections le plus rapidement possible »

Tout à l'heure nous allons recevoir le général Diendéré, cela sera un peu la clôture des consultations. Depuis hier, vous avez suivi avec nous, toutes les parties ont été entendues, nous avons un schéma qui se met en place, nous espérons que d'ici la fin de l'après-midi, nous pourrons être plus explicites par rapport en tout cas à ce que la société burkinabè elle-même, la classe politique, la société civile, les acteurs avec les Nations unies, la Cédéao et toute la communauté internationale, nous pourrons aider le pays à sortir de cette passe difficile, et poursuivre sa transition et aller aux élections, le plus rapidement possible ».

Par ailleurs, l'armée régulière du pays est sortie de sa réserve. Le chef d'état-major général a publié ce samedi un communiqué prudent, dans lequel il prend néanmoins ses distances aves l'initiative du RSP. Le général Pingrenoma Zagre rappelle tout d'abord l'attachement des forces armées aux valeurs républicaines. Il condamne aussi « fermement » tous les actes de violence à l'égard des populations. L'armée, assure t-il enfin, s'est engagée dès les premières heures de la crise, avec les acteurs nationaux et internationaux à la recherche d'une solution en faveur de la paix et de la sécurité.

La nuit de vendredi à samedi aura été courte, mais la « machine à négocier » s'est peu à peu remise en marche ce samedi matin, relate notre envoyé spécial à Ouagadougou, Guillaume Thibault, qui ajoute que l’activité diplomatique est intense dans les couloirs de l’hôtel Laïco de Ouaga, où Macky Sall est installé. Thomas Boni Yayi est arrivé à l’hôtel à la mi-journée ce samedi. Le visage fermé, il est monté directement dans la suite de son homologue sénégalais.

Les deux chefs d’Etat ont ensuite rejoint la grande salle de conférence de l’hôtel, où étaient installés depuis 9h30 les poids lourds de la classe politique, et précisément de l’opposition à Blaise Compaoré. Etaient notamment présents Ablassé Ouedraogo, Benewende Sankara, Roch Marc Christian Kaboré, Saran Sérémé et Zéphirin Diabré. Tous étaient candidats à l’élection présidentielle prévue à l’origine début octobre et tous ont condamné le coup d’Etat, et l'ont sans doute répété à la médiation.

Pourparlers dans l'impasse

Dans les couloirs de l’hôtel, nombre d’acteurs de la société civile estimaient ce samedi matin que pour le moment, les pourparlers se trouvaient dans une impasse, les acteurs refusant toute négociation avec le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et son organe politique, le Conseil national pour la démocratie (CND) dirigé par le général Diendéré, l’homme fort du Burkina Faso en ce moment.

Le CNT et la Société civile exigent un départ immédiat des auteurs du coup d’Etat avant toute négociation. Les partis favorables à l’ancien régime estiment au contraire que le RSP et le CND sont en mesure d’assurer une nouvelle transition pour aller vers des élections. Depuis vendredi, Macky Sall n’a cessé d’appeler au dialogue. Pour le moment sans résultat concret.

Pendant ce temps, ce samedi, RFI a sillonné quelques quartiers et aperçu de jeunes manifestants érigeant des barricades sur la voie publique, incendiant des pneus et des troncs d’arbre. La circulation est ralentie à plusieurs niveaux. Les protestataires exigent toujours le départ du Conseil national pour la démocratie. Ils veulent le rétablissement dans leurs fonctions du président Kafando et de son Premier ministre Isaac Zida.

Dix décès par balle dans la capitale du Burkina Faso

RFI n’a pas aperçu de patrouilles du RSP pendant cette progression en ville. Mais au niveau du centre hospitalier universitaire Yalgado Ouedraogo, le principal hôpital du pays, plusieurs blessés sont pris en charge. Au total, 108 personnes ont été soignées. Parmi ces blessés, plusieurs ont reçu des balles. Et il a fallu des interventions chirurgicales pour extraire les balles. Le service est assuré par des agents réquisitionnés.

Le Burkina Faso vit actuellement un contexte de grève généralisée. C’est le service minimum qui est appliqué en ce moment. Les chirurgiens travaillent dans des conditions difficiles, confie un agent de santé. « Les chirurgiens jouent le rôle de brancardiers, d’infirmiers », ajoute une autre source hospitalière. Un sapeur pompier atteint par une balle au dos a été opéré avec succès dans la nuit. Le bilan, à ce jour, fait état de dix décès, la plupart par balles.

Le mot d'ordre de grève nationale est extrêmement suivi à Bobo Dioulasso... la ville est paralysée et tout le monde est dans la rue. La foule s'est rendue devant le camp militaire Ouezzin Coulibaly pour de nouveau demander le ralliement de l'armée...
A Bobo Dioulasso, les habitants sont toujours aussi remontés contre la junte
19-09-2015 - Par Frédéric Garat

Les présidents du Bénin (g.) et du Sénégal (d.), Thomas Boni Yayi et Macky Sall, en 2014 à Dakar. © AFP PHOTO/MOUSSA SOW

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