«Retour» de la transition au Burkina Faso: et maintenant?

Ouagadougou, le 22 septembre 2015.
© AFP PHOTO / GRIFF TAPPER

Ce mercredi 23 septembre 2015 est une journée décisive pour le Burkina Faso. Alors que les chefs d'Etat de six pays d'Afrique de l'Ouest sont attendus à Ouagadougou, le président de transition Michel Kafando, déposé il y a une semaine par les putschistes du RSP, a été officiellement réinvesti président de la transition lors d'une cérémonie en début d'après-midi.

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C'est donc au cours d'une cérémonie de réinvestiture que Michel Kafando a été reconduit dans sa charge de chef de l'Etat burkinabé, une cérémonie au cours de laquelle il a chaleureusement rendu hommage au peuple peuple burkinabè.

« La transition est de retour. » C’est cette phrase de Michel Kafando que l’on retiendra. Voilà ce qu’il avait annoncé ce mercredi matin (lire et écouter l'intégralité de sa déclaration ici). Le président de la transition du Burkina Faso disait reprendre « du service », car désormais « libre de ses mouvements ». Une déclaration effectuée au sein du ministère burkinabè des Affaires étrangères, qui se situe près de la résidence de l’ambassadeur de France où Michel Kafando avait trouvé refuge depuis plusieurs jours.

Lors de sa déclaration, le président était accompagné du chef d’état-major de l'armée, le général Zagré. Aux abords du bâtiment, la sécurité avait été renforcée au préalable, mais dans la salle l’ambiance était plutôt détendue. Une cérémonie devait encore se tenir dans l'après-midi à l'hôtel Laico de la capitale.

« Je reprends à la minute même l'exercice du pouvoir », a précisé le président au micro de notre correspondant à Ouagadougou, Yaya Boudani. Ensuite, Michel Kafando a rendu hommage à l’action de Chérif Sy pendant ce qu’il appelle l’intérim. Contrairement au président et au Premier ministre Isaac Zida, le président du Conseil national de transition, Parlement faisant office de troisième tête du pouvoir de transition au Faso, n’avait pas été pris en otage par les putschistes. Depuis le coup d'Etat du 17 septembre, il vivait dans la clandestinité. « Il a su entretenir la flamme », dit de lui Michel Kafando.

Pas de retour immédiat à Kossyam

Le président a eu des mots assez durs pour les putschistes, jamais nommés clairement mais qualifiés d'« usurpateurs », de « horde d'insoumis » ou encore d’« imposteurs ». Et alors que les chefs d’Etat de la Cédéao étaient en train d’arriver à Ouagadougou, M. Kafando a aussi précisé qu’il n’accepterait aucune solution qui ne prenne en compte la volonté du peuple burkinabè. Une position partagée par le président du Parlement de transition, qui a refait surface à l’hôtel Laico ce mercredi.

Il laisse au contraire entendre que pourrait être « examinée » prochainement « la façon dont nous solderons les conséquences de cette funeste barbarie », faisant ainsi allusion aux troubles liés au coup d'Etat, qui a fait des morts. Et cela tombe bien : dans l’entourage du président du Niger Mahamadou Issouffou, qui se trouvait déjà à la mi-journée à l’hôtel Laico, on précise que les chefs d’Etat dépêchés par la Cédéao viennent simplement pour réinstaller le président Kafando et discuter avec lui de cette crise, explique notre envoyé spécial Olivier Rogez.

Pour eux, c’est désormais aux Burkinabè de prendre leur destin en main, et notamment de traiter les points qui fâchent. A savoir, l’amnistie ou non pour les putschistes, l’inclusion ou non des hommes politiques pro-Blaise Compaoré dans les prochaines élections, et bien entendu, le calendrier de ces scrutins à venir. Avant le putsch opéré par le Régiment de sécurité présidentielle et son leader, le général Diendéré, le Burkina Faso était censé élire son président et ses députés le 11 octobre prochain.

Manifestations attendues à Ouaga

Après la remise du pouvoir, par le Conseil national de la démocratie de Gilbert Diendéré, au président de la transition, on saura si ce dernier ira directement au palais de Kossyam. Une source proche du chef de la transition confiait dans la journée à RFI qu'au regard de la situation, qui est toujours tendue, le président pourrait exercer ses fonctions hors du palais jusqu'au retour à la normale. Un Conseil des ministre est annoncé pour ce jeudi, mais on ne sait pas encore qui y participera et notamment si le Premier ministre Zida sera présent.

Dans les rues, pas de foule, mais les militaires sont encore présents. Les mouvements populaires sont en train de se mobiliser à travers les réseaux sociaux. Tout le monde attend les conclusions de la réunion des médiateurs de la Cédéao. Du coup, des organisations de la société civile se réunissent et multiplient les rencontres pour réfléchir à la conduite à tenir, suite à la signature de l'accord intervenue dans la nuit de mardi à mercredi entre le Régiment de sécurité présidentielle et les autres unités de l'armée venues de l'intérieur du pays.

Les partisans de l'ancien président Compaoré, ceux qui avaient été recalés par le nouveau code électoral, préparent également des manifestations jusqu'à la fin des travaux des médiateurs de la Cédéao. Comme on le voit, il y a beaucoup de tension en ce moment en ville et la pression est mise sur ces médiateurs de la Cédéao.