RCA: violences et manifestations déchirent Bangui

Patrouille de la Minusca à Bangui, RCA.
© AFP PHOTO / EDOUARD DROPSY

En Centrafrique, les violences paralysent la capitale, Bangui, depuis deux jours. Tout est parti, samedi, de l'assassinat d'un chauffeur de moto-taxi, de confession musulmane, qui a été égorgé. Cet assassinat a provoqué la colère des habitants du PK5, un quartier majoritairement musulman. Des scènes de pillages de plusieurs commerces et habitations se sont produites la nuit dernière, alors qu'un couvre-feu avait été instauré par les autorités. Et, ce lundi 28 septembre au matin, la situation restait encore très tendue à Bangui.

Ce matin, on nous a signalé des tirs sporadiques et des affrontements dans les IIIe, Ve et VIIIe arrondissements de Bangui. La nuit dernière déjà, des manifestants avaient pillé des commerces et des maisons. Et ce, alors qu'un couvre-feu avait été instauré de 18 h à 6 h, heures locales. Du coup, par crainte d'être vandalisées, plusieurs boutiques n'ont pas ouvert et très peu de voitures circulaient dans la ville ce lundi matin.

Sur plusieurs axes de la capitale, les éléments de la Minusca sont présents, notamment pour démonter les barricades installées par les manifestants. De leur côté, les forces françaises Sangaris protègent les sites d'intérêt français. Certains éléments, qui étaient stationnés aux alentours de Bangui, ont été redéployés en renfort dans la capitale. Au total, il y aurait près de 900 éléments actuellement mobilisés.

En plus de ces actes de violence, il y avait également une manifestation menée par des organisations de la société civile autour de la place de la République. Plusieurs centaines de personnes ont répondu à cet appel.

Les revendications multiples

Aujourd’hui, ce n’est pas un mouvement unitaire et les revendications sont multiples. Difficile de savoir ce qui anime les Centrafricains qui sont dans la rue. On comprend qu'il y a, d'un côté ceux qui réclament en priorité le départ de la force française Sangaris du pays et le retour des FACA, l'armée régulière.

Ces revendications sont portées par le mouvement Citoyen pour l'appropriation de la destinée du pays. Un mouvement, né ce week-end, qui regroupe une partie de la société civile, des jeunes, certains syndicats. Un mouvement qui se veut pacifique, selon son coordonnateur Gervais Lakosso : « Nous accusons les forces internationales de partialité. C’est pour cela que nous demandons le départ de l’armée française. Nous demandons aux Nations unies d’appliquer leur mandat sans eux. Et surtout, que l’on arrête de nous donner des directives depuis Paris, depuis New York, depuis Ndjamena. Nous avons deux yeux et surtout des cerveaux comme tous les habitants de la terre ».

Il y a aussi une autre tendance incarnée par un collectif d'officiers. Certains d'entre eux sont allés trouver Alexandre-Ferdinand Nguendet, le président du CNT, pour lui demander de prendre le pouvoir. Ce groupe dans lequel on retrouve aussi des civils assure que les autorités de la transition n'ont plus de légitimité et qu'elles sont à compter d'aujourd'hui démises par la rue.

Ces revendications sont condamnées par certains responsables politiques comme Martin Ziguélé. Le président du MLPC condamne toute tentative de prise de pouvoir par la force : « Le pays s’apprête à aller aux élections et la légitimité appartient au peuple centrafricain souverain. Aucune faction de ce pays, aucun groupe ne peut prétendre représenter le peuple, ne peut usurper la légitimité populaire du peuple centrafricain. Nous pensons que les Centrafricains doivent être extrêmement vigilants à des concepts, des malheurs qui ne veulent apporter à ce pays que les larmes et le sang ».