RCA: les violences se poursuivent et poussent les civils à se déplacer

Des casques bleus de la Minusca, en mai dernier à Bangui, en République centrafricaine.
© AFP PHOTO / PATRICK FORT

Après un week-end de violences en Centrafrique, la journée de mardi a encore été marquée par des affrontements, en particulier dans la zone de l'aéroport. Ce n'est qu'un calme précaire qui régnait dans la capitale mardi soir. Si la tension a baissé à Bangui, des tirs sporadiques étaient encore entendus dans certains quartiers mardi soir.

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Une fois encore, le couvre-feu, censé débuter à 18 h heure locale, n'a pas été respecté. En fin de soirée mardi, des tirs sporadiques se faisaient toujours entendre dans plusieurs quartiers de la ville, notamment au PK5 et dans la zone de l'aéroport, selon des habitants. La nuit a été plutôt calme, malgré deux grosses explosions survenues dans la nuit en centre-ville.

Entre 5 h et 5h50 du matin, des hélicoptères survolaient la ville. Une source onusienne a affirmé que la route entre l'aéroport et le centre-ville était rouverte. Cet axe était jonché depuis plusieurs jours par des barricades tenues par des miliciens anti-balaka. Mais la force internationale Minusca, appuyée par la force française Sangaris, a décidé de la déblayer.

Ce serait au cours de cette opération que de violents affrontements ont eu lieu dans l'après-midi : explosions de grenades, tirs à l'arme lourde. Les détonations ont pu être entendues à plusieurs kilomètres, tandis que des hélicoptères survolaient déjà la zone. Malgré la présence des forces internationales, la situation semble compliquée dans plusieurs quartiers ce mercredi encore.

La présidente appelle au calme

Ce mercredi matin, les partenaires internationaux de la République centrafricaine ont rappelé, dans un communiqué commun, « leur soutien aux autorités et au processus de la transition ». Tout en appelant au calme, la présidente de transition Catherine Samba-Panza a dénoncé mardi sur RFI les ennemis de la paix, notamment les groupes armés qui exploitent certaines ressources naturelles et n'ont pas intérêt à ce que la situation change, selon elle.

Elle a également mis en cause « d'anciens dignitaires qui veulent revenir au pouvoir et qui pensent qu’en déstabilisant le pays, le terrain leur sera plus favorable parce qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas tenir le processus électoral ». Catherine Samba-Panza a quitté précipitamment New York où se tenait l'Assemblée générale des Nations unies pour rentrer à Bangui mardi soir.

Bertin Béa, le secrétaire général du KNK, le parti de l’ancien président François Bozizé, a répondu à la présidente de transition :

« C'est toujours la politique de bouc émissaire qu’elle a pu pratiquer pour masquer son incompétence, pour masquer l’échec des autorités de transition à appliquer la feuille de route de la transition. Madame Samba-Panza m’a fait l’honneur de me recevoir le 8 septembre dernier et je lui ai transmis le message clair de François Bozizé, qui est celui demandant la convocation de toutes les forces vives de la nation pour examiner la situation qui se pose à notre pays aujourd’hui. Le processus électoral est en panne, l’insécurité est toujours généralisée comme nous l’avons vécu ces derniers temps à Bangui et dans nos provinces. Bref, la situation est devenue extrêmement difficile. C’est en fait aujourd’hui le stade suprême du pourrissement de la situation. »

Le KNK demande-t-il la démission de la présidente de transition ? « Nous l’avons exigée fort longtemps, parce que Samba-Panza ne pourra plus constituer la solution de sortie de crise, assure Bertin Béa. Evidemment, nous régissons de ce que nos forces politiques et sociales aujourd’hui vont dans la même direction. Mais il est question de nous retrouver ensemble et ensemble nous pouvons dire voilà il y a tel chemin à prendre. Est-ce que c’est la direction qui convient ou pas ? Nous allons examiner ces questions avec l’ensemble des forces politiques et des forces sociales de notre pays. »

Les humanitaires peinent à travailler

Les violences qui ont lieu à Bangui ont de graves conséquences humanitaires. Une quarantaine de personnes sont mortes dans les violences qui embrasent la capitale centrafricaine depuis samedi. En quatre jours, ce sont des milliers d’habitants qui ont fui Bangui. Ils vont se réfugier chez des familles, dans des quartiers jugés plus sûrs ou rejoignent le camp de Mpoko sécurisé par la Minusca. Depuis samedi, plus de 27 000 habitants de Bangui ont ainsi quitté leur maison par peur des violences, selon l'ONU.

Mpoko abrite déjà plus de 10 000 personnes. Donc, ces nouvelles arrivées, qui n'étaient pas prévues, compliquent la situation. Les conditions d'hygiène ne sont pas forcément réunies. Et c'est énormément de personnes à qui il faut donner des vivres. Une situation d'autant plus désolante, souligne Aurélien Agbénonci, coordonnateur humanitaire des Nations unies, que certains déplacés du camp de Mpoko avaient commencé à rentrer chez eux. Un travail réduit à néant, déplore le coordonnateur, car face à ces nouvelles violences, 100 % de ces personnes qui avaient été réinstallées dans leur quartier sont de retour au camp.

Le problème des déplacements

La situation est d'autant plus compliquée que les ONG humanitaires sont elles-mêmes prises pour cible. Ces derniers jours, plusieurs locaux d'ONG ont été pillés puis incendiés par des bandits. Le personnel de certaines organisations a été évacué de leurs domiciles ou de leurs bureaux jusqu'au locaux sécurisés de la Minusca. Le coordonnateur humanitaire de l'ONU, Aurélien Agbénonci, dénonce ces attaques contre les humanitaires ainsi que « l'instrumentalisation des populations civiles par quelques va-t-en-guerre ».

Par ailleurs, la peur est aussi sensible en province. A Kagabandoro par exemple, quelques 300 personnes se sont présentées à la base de la Minusca pour chercher protection. Le regain d'insécurité pose aussi à nouveau des problèmes de déplacements, et donc d'accès des humanitaires aux plus vulnérables ou aux victimes des violences.

Manifestations à Bangui ce mercredi

Deux manifestations étaient prévues ce mercredi. L'une était organisée par le Mouvement citoyen pour l'appropriation de la destinée du pays. Il s'agit d'un mouvement créé récemment autour de la personnalité de Gervais Lakosso. Les manifestants étaient appelés à se rassembler autour du rond-point des Martyrs, les mains vides ; sans sac à dos, sans objet, pour éviter que la manifestation ne dégénère. Ces membres de la société civile réclament notamment le retrait des forces internationales, mais leur rassemblement, prévu pour durer toute la journée, n'a duré que deux heures.

L'autre manifestation était initiée par la communauté musulmane du PK5. Ces habitants veulent montrer qu'ils sont pour la paix et qu'ils soutiennent les forces internationales. Mais le rassemblement n'a finalement pas eu lieu. Ses organisateurs n'excluent pas de la reporter.

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