[Spécial Guinée] Forte affluence pour la présidentielle

Bureau de vote en plein air dans un quartier du port de Conakry.
© RFI/Guillaume Thibault

En Guinée Conakry, quelque six millions de Guinéens sont appelés aux urnes, ce dimanche 11 octobre, pour désigner leur président. Huit candidats sont en lice. Les bureaux de vote ont ouvert comme prévu à 7h30, en temps universel et heure locale. Un scrutin qui a suscité tout au long de la journée un fort engouement avec de longues files d'attente devant les bureaux de vote, malgré des dysfonctionnements signalés sur l’ensemble du pays. Devant cet afflux, les bureaux doivent rester ouverts bien après l’heure officielle.

Ce dimanche soir, il y encore de longues files d’attente devant les bureaux de vote de Conakry. La pluie qui s’est invitée en fin d’après-midi pour cette élection n’y change rien : les gens veulent voter. L’engouement pour ce vote est grand, certains électeurs sont même venus aux aurores : « Comme nous sommes de bons citoyens, moi, je suis là depuis 4 heures du matin. Nous sommes là pour mettre les choses en ordre ». A l’ouverture des bureaux de vote, l’ambiance était donc très bonne à Conakry. Il y avait une véritable envie de voter et la mise en place du processus avec l’arrivée du matériel, des urnes, des isoloirs et des bulletins, se passait très bien.

Les premiers électeurs ont accompli leur devoir citoyen, satisfaits : « Je n’ai pas eu de problème. Dès que je suis venu, ils ont trouvé mon nom et puis j’ai voté. Les gens sont en train de voter librement ». Dans ce bureau, tous les électeurs vérifiaient que la transparence était bien respectée avant que les premiers problèmes surviennent : « Tout est bloqué d’abord, c’est long ».

Manque de matériel

Il y a désormais de la frustration pour plusieurs raisons. Dans plusieurs dizaines de bureaux, il manque du matériel que ce soit des kits, des isoloirs, des fiches d’émargement ou encore des enveloppes. Puis, sur les listes électorales biométriques - liste que chaque électeur doit signer après avoir voté - le classement n’est pas fait par ordre alphabétique. Il faut donc de longues minutes pour trouver chaque personne. Dans un bureau de vote de Conakry, c'est une liste de 500 noms que les assesseurs doivent parcourir à chaque fois.

Une situation effectivement constatée par Franck Engel, le chef de la mission des observateurs de l'Union européenne : « Il y a des problèmes manifestent en terme de possibilité pour les collaborateurs des bureaux de vote de retrouver leurs électeurs parce que les listes dont ils disposent ne comportent pas d’ordre logique ni alphabétique ni numérique. Ce qui fait que chaque électeur doit être retrouvé dans la liasse de feuilles dont dispose le bureau de vote. Ça peut prendre du temps, hélas !  Nous allons le signaler comme un problème. Je comprends bien qu’il peut y avoir un certain énervement par rapport à la situation, mais tout le monde pourra voter. C’est dû à tous ces Guinéens qui se sont déplacés aux urnes. Cela n’entache pas la régularité du vote ».

Autre problème, certains votants ont effectivement leur carte avec le nom de leur bureau, mais n’apparaissent pas sur ces listes biométriques. Les esprits s’échauffent donc : « C’est écrit sur ma carte : bureau N°8. Quand je suis allé au bureau, je n’ai pas trouvé mon nom là-bas. Ils m’ont fait sortir. Je n’ai pas pu voter. C’est décevant ». Finalement, la Commission électorale a autorisé toutes ces personnes à voter et les noms ont ensuite été ajoutés sur les carnets de bord de chaque bureau.

De la patience pour les électeurs

Paroles d'électeurs en Guinée
11-10-2015 - Par Guillaume Thibault

Un responsable de la Commission électorale, présent, a demandé aux gens d’être patients, mais déjà certains électeurs commencent à quitter l’école où RFI se trouve, fâchés de ces problèmes d’organisation. Dans certains bureaux de vote, des Guinéens ont attendu plus de deux heures pour pouvoir voter sous une chaleur de plomb poussant certaines personnes à abandonner.

Au niveau du bureau n°4, par exemple, en une heure, dix personnes seulement ont pu voter. « C’est très important d’être là. C’est notre avenir, celui du peuple guinéen qui est en jeu. Nous espérons que tout va bien se passer », a déclaré, à RFI, madame Kamara, une doyenne, qui a pu glisser son bulletin dans l’urne sans problème. Un enthousiasme partagé par un jeune électeur : « Nous allons attendre toute la nuit s’il le faut, car l’essentiel est aujourd’hui de voter pour le bien du pays ».

Les bureaux sont censés fermer à 18 heures, heure de Conakry, mais tous les électeurs arrivés avant l’heure de fermeture et qui patientent pourront voter, comme l’indique le Code électoral.

Les principaux candidats ont voté

Dans quartier Dixinn, Cellou Dalein Diallo, l’un des favoris avec le président Alpha Condé de cette présidentielle a voté dans la matinée. Il en a profité pour lancer un appel au calme : « Je voudrais saisir cette occasion pour féliciter le peuple guinéen parce que la campagne a été une campagne globalement apaisée. Il n’y a pas eu beaucoup de violences, il faut s’en réjouir et espérer qu’il n’y en aura pas après les élections et que le peuple guinéen fera preuve de maturité et de civisme de manière à éviter les violences ».

Même tonalité pour le chef de l’Etat. Alpha Condé a lui voté un peu plus tôt dans un collège situé non loin du palais présidentiel : « J’appelle les Guinéens à remplir leur devoir civique, à voter dans le calme et à attendre les résultats. Il faut qu’ils évitent surtout les provocations, car la Guinée a besoin de paix, d’unité et de sécurité ».

D’ailleurs, on peut noter dans les rues, la présence massive de membres de l’unité de sécurisation de l’élection présidentielle. Une force composée d’éléments de la police et de la gendarmerie.

Retards dans l’installation des bureaux de vote à N’zérékoré

Dans l'extrême sud est du pays, dans la ville de N'zérékoré, ce dimanche matin, devant le plus grand bureau de vote de la ville, une bonne cinquantaine d’électeurs faisaient déjà la queue et certains avaient déjà apporté un siège pour patienter.

A cette occasion, quelques problèmes d’organisation avaient été constatés. A la mi-journée, les choses semblent rentrer doucement dans l’ordre. Au lycée Félix Mounier de N'zérékoré, les 14 bureaux de vote sont désormais ouverts, mais l’ouverture s’est faite avec trois heures de retard environ. Cet exemple n’est pas isolé puisque ce matin, à l’heure d’ouverture officielle, peu de bureaux étaient prêts pour recevoir les électeurs. Les organisateurs sillonnaient la ville en moto, isoloir et kit sous le bras. La présidente de la Commission électorale de la région (Cépi) a distribué, en personne, des urnes au milieu de la matinée. Nous allons régler ces retards, assurait un peu plus tôt un membre de la Cépi.

Dans les files d’attente, une certaine exaspération peut se lire sur les visages des électeurs. C’est la logistique qui a posé problème. Les électeurs eux, sont venus massivement, explique un instituteur même si à la mi-journée les rangs ont quelque peu diminué.

Incident à Banankoro

Un seul incident pour l’instant à noter en marge de ce vote. A Banankoro, au sud-est du pays, les représentants de l’opposition, du parti UFDG de Cellou Dalein Diallo, ont été interdits de bureau de vote parce qu’ils n’avaient pas sur eux leur ordre de mission. Ces papiers auraient disparu lors de l’incendie de la maison de leur chef, la semaine dernière.