Référendum au Congo: un scrutin dans le calme sans grande mobilisation

Le bureau de vote Angola de Brazzaville était très calme ce dimanche à l'ouverture.
© Bertrand Haeckler/RFI

Un bulletin vert ou rouge ? Oui ou non à une nouvelle Constitution ? C'était la question posée aux électeurs congolais ce dimanche. Un référendum contesté - l'opposition appelant au boycott -, qui pourrait permettre au président Denis Sassou-Nguesso de se présenter à nouveau. Le vote s'est déroulé dans le calme, mais sans grand engouement.

Ce dimanche, on ne peut pas dire que les Congolais se pressaient aux urnes pour ce référendum. Dans les quartiers où les équipes de RFI se sont rendues, pas de file d’attente devant les isoloirs, pas d’attroupements devant les listes électorales, affichées d’ailleurs ce matin quelques instants à peine avant l’ouverture des bureaux.

Dans le quartier de Ouenzé, dans le nord de la ville, un habitant qui a perdu la vue durant la guerre civile s’avance : « Je suis venu voter pour la paix ». Mais autour de lui, les électeurs ne sont pas nombreux.

C’est le cas bien sûr aussi, et peut-être surtout dans les quartiers sud de Brazzaville, réputés proches de l’opposition. Attablé à l’entrée d’un bureau de vote de Makélékélé, un homme patiente sous la chaleur, pas d’électeur à l’horizon, mais il reste optimiste : « Il n’est que midi, nous avons jusque 18 heures. Ils vont arriver », espère-t-il. Dans la pièce d’à côté, un habitant est venu, lui, déposer son bulletin dans l’urne : « C’est mon devoir de citoyen. »

Le président a voté

S’il est au contraire un bureau de vote où l’on a vu la foule ce matin, c’est celui où le président Denis Sassou-Nguesso est venu voter dans le centre de Brazzaville, juste à côté du ministère de la Justice. C’était peu avant 11 heures. Costume bleu, précédé de sa femme, le président congolais est descendu de sa Mercedes noire.

Il s’est félicité du déroulement du vote : « C’est le peuple souverain qui décide parce que partout dans le pays, le peuple vote. » Et à propos de l’appel à la désobéissance civile lancé par l’opposition, Denis Sassou-Nguesso a affirmé : « Cela peut s’assimiler à de l’abstention. Il aurait été préférable que cela soit exprimé par un "non", mais nous continuerons de construire le pays avec tous les Congolais ».

Le président congolais Denis Sassou-Nguesso vote lors du référendum du 25 octobre 2015. © AFP PHOTO

Quelques retards au démarrage

Les bureaux de vote ont ouvert officiellement à 6h TU, mais certains en étaient encore dans les préparatifs à ce moment-là, a constaté notre envoyée spéciale sur place. En théorie, le vote se déroule de 7 heures à 18 heures, mais Brazzaville se réveillait encore au moment des premières ouvertures. Par exemple, à l’école de peinture de Poto Poto, non loin du centre-ville, les isoloirs étaient sur place, mais pas encore montés à 7 heures.

Le scrutin est placé sous le contrôle d'« une bonne centaine » d'observateurs internationaux à Brazzaville, et « des milliers sur le plan national », confie l'un d'entre eux à RFI. « Dès 8h, nous avons fait le tour d'au moins trois circonscriptions », précise-t-il. Le taux de participation des électeurs congolais sera particulièrement scruté. La clôture des bureaux de vote est prévue pour 18 heures, heure locale.

Un petit groupe de personnes se presse ce dimanche matin devant la mairie de Bacongo, à Brazzaville. © Bertrand Haeckler/RFI


 LES REPERES : ■ Les enjeux du scrutin

L’opposition conteste la légitimité du scrutin, qu'elle demande de boycotter, et dénonce depuis le début de cette campagne un coup d’Etat constitutionnel. Elle reproche à ce texte d’être taillé sur mesure pour le président Denis Sassou-Nguesso, puisqu’il fait sauter les deux verrous qui l’empêchent actuellement de se représenter.

Avec l'appel au boycott de l'opposition, le premier enjeu sera donc de savoir si les électeurs seront nombreux ou non a, finalement, faire le déplacement jusqu'aux urnes. De la mobilisation - il n'existe pas de taux de participation minimum au Congo pour valider un scrutin - dépendra la crédibilité du vote, même si le « non » a peu de chance de l'emporter. Dans certains quartiers, les opposants ont même demandé à leurs partisans de rendre leur carte électorale en signe de désobéissance civile.

Il faudra également suivre les conditions sécuritaires de l'organisation du scrutin. Des violences ont eu lieu en début de semaine, ce qui avait semé le doute dans l'esprit de la population sur la capacité des dirigeants à asseoir leur autorité sur le territoire.

Enfin, à l'issue du scrutin, les regards seront braqués vers les leaders de la contestation pour savoir si, oui ou non, ils acceptent de calmer le jeu, le temps de savoir si Denis Sassou-Nguesso souhaite briguer un troisième mandat.

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 ■ Retour sur la contestation

Lundi dernier, la justice a décidé de maintenir en détention six jeunes arrêtés le 9 octobre lors d'une manifestation contre le référendum. Le lendemain, de nombreux affrontements violents entre force de l'ordre et opposants ont éclaté dans plusieurs villes du pays.

Depuis le début de la mobilisation, quatre personnes ont été tuées dans des violences à Brazzaville et à Pointe-Noire d'après les autorités. L'opposition, elle, dénombre une vingtaine de morts et dénonce l'utilisation d'armes létales pour réprimer les manifestations.

Au terme de la campagne du référendum, le calme est revenu mais tout rassemblement a été interdit au sein de la capitale.

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 ■ Ce qu'en pense la communauté internationale

Le président français, François Hollande, avait déclaré dans un premier temps qu'il respectait la position du président congolais et son « droit » à consulter la population. Il a toutefois rappelé qu'une fois la consultation passée, le chef de l'Etat devait veiller à rassembler et apaiser ses concitoyens. Une position vivement critiquée cette semaine par l'opposition mais saluée par le camp du président Sassou-Nguesso.

Lors d'un communiqué ultérieur, le chef de l'Etat français a dit « soutenir la liberté d'expression » et souhaiter que les « Constitutions soient respectées » ce qui a été perçu comme une inflexion de sa position.

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L'Union européenne s'est contentée de publier un communiqué jeudi dernier qui appelle au dialogue qui serait, selon elle, « la seule voie pour rétablir un consensus large sur une question d'intérêt national que constitue une révision de la Constitution ». L'UE, tout comme la présidente de l'Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, ont aussi appelé au respect de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Une charte qui interdit les changements constitutionnels à des fins personnelles.