Burundi: 9 personnes abattues lors d’une attaque d’un bar à Bujumbura

La police dans les rues de Bujumbura, en juilliet 2015.
© REUTERS/Mike Hutchings

Au Burundi, neuf personnes ont été tuées, dans la nuit de samedi à dimanche, dans un bar situé dans un quartier favorable à l'opposition dans le sud de Bujumbura. Joint par RFI, le maire de Bujumbura, Freddy Mbonimpa, a confirmé la mort de sept personnes et de deux autres grièvement blessées qui, selon des sources médicales, ont succombé à l’hôpital. Cette attaque a eu lieu vers 20 h, heure locale, quelques heures avant l’expiration de l’ultimatum lancé par le président Pierre Nkurunziza à ses opposants pour qu’ils déposent les armes.

Joint par RFI, le maire de Bujumbura, Freddy Mbonimpa, raconte l’attaque du bar et la façon dont les neuf personnes ont été assassinées. Il dénonce une véritable exécution.

« Samedi soir, des gens armés sont arrivés dans un bar à Kanyosha. Il y avait un groupe de personnes qui étaient devant le bistrot, qui prenaient un verre. Ces malfaiteurs leur ont demandé si, parmi eux, se trouvaient des militaires ou des policiers. La réponse a été négative. Ils les ont alors fait entrer, leur ont demandé de se coucher et ont tiré sur eux. Depuis hier, ces malfaiteurs sont poursuivis mais jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas encore eu de résultats de ces poursuites », a déclaré le maire de Bujumbura.

Certains témoins ont affirmé que les assaillants étaient en tenue de policiers. Interrogé sur ce point, Freddy Mbonimpa précise à RFI, qu'il a posé la question « à certaines personnes aux alentours », mais qu'il n'y a pas d'unanimité. Certains lui ont effectivement dit que « des assaillants portaient des habits de la police et d’autres n’en portaient pas ». Ceci étant, pour le maire de Bujumbura, cela ne veut rien dire. Il explique en effet que des uniformes des forces de sécurité se trouvent facilement en ville.

Freddy Mbonimpa a également précisé qu'à proximité du bar, se trouvait un groupement d'intervention rapide qui s'est lancé à la poursuite des assaillants dès samedi soir. On ne sait, pour l'instant, si certains auteurs ont pu être appréhendés. La question qui se pose néanmoins, aujourd'hui, c'est de savoir pourquoi les assaillants ont vérifié si des militaires et des policiers figuraient parmi les clients du bar avant de tirer. Etait-ce pour les épargner ou bien, comme le pense le maire de la capitale, parce que c'étaient eux, au contraire, les premières cibles ? Pour Freddy Mbonimpa, l'objectif ne consistait en tout cas pas qu'à tuer, mais aussi à voler des biens dans le bar.

Les forces de l'ordre fouillent maison par maison

Conformément à l’annonce du président Pierre Nkurunziza, les opérations de désarmement ont commencé dans les quartiers contestataires de la capitale. Rappelons que lundi 2 novembre, le président avait donné à ses opposants jusqu'au samedi 7 novembre au soir pour « déposer les armes » en échange d'une amnistie.

Le délai est maintenant passé. Et dimanche matin, dès l'aube, la police burundaise a encerclé le quartier réputé contestataire de Mutakura, dans le nord de la capitale. Selon des témoins, les forces de l'ordre fouillent maison par maison. Le maire de Bujumbura, Freddy Mbonimpa, a dépêché des agents sur place pour s'assurer que tout se passe bien.

« Maintenant, nous sommes en train de fouiller à Mutakura. Il y a plein de policiers. J’ai demandé à l’administrateur communal et aux élus locaux d’être sur place pour suivre le déroulement des fouilles et perquisitions, car en effet, il y a des maisons qui sont fermées et on ne peut pas y entrer sans qu’il y ait aussi l’autorisation et sans qu’il y ait l’administration pour qu’ils puissent regarder et faire un rapport. Jusqu’à maintenant, il n'y a pas de résultats que je puisse vous communiquer, mais il n’y a pas de danger, il n’y a pas de tirs. La fouille et les recherches se sont faites paisiblement », explique à RFI le maire de la capitale burundaise.

Lors d'une visite dans le quartier, le ministre de la Sécurité publique Alain-Guillaume Bunyoni a expliqué devant la presse que cette opération allait se poursuivre.

« L’opération durera le temps qu’il faudra pour qu’elle se termine. Mais cette opération n’empêche en rien que la vie normale des populations se poursuive. C’est seulement que des rumeurs ont dû faire fuir les populations. Mais sinon vous avez constaté que les populations sont ici. Donc les gens ne devraient pas croire que c’est un chambardement, une perturbation. C’est une opération qui se fait de façon professionnelle, qui respecte les droits de l’homme, la vie humaine, pour permettre aux gens de vaquer à leurs activités normales. L’opération devra se faire soit en continuité ou de temps en temps, par intermittence, selon la situation », a-t-il expliqué aux journalistes burundais.