Centrafrique: tension et peur sur Bangui

Soldats de la Seleka en patrouille à Bangui, Centrafrique, le 5 décembre 2013.
© REUTERS/Emmanuel Braun

Les habitants de Bangui ont été réveillés, ce jeudi 5 décembre 2013, par des déflagrations. Des tirs d'armes automatiques puis à l'arme lourde ont résonné dans plusieurs quartiers de la capitale. Ils ont visé notamment des quartiers nord et le centre-ville. Un couvre-feu a été décrété par le président Djotodia de 18h à 6h du matin dans la capitale Bangui, où l’armée française s’est déployée. Selon les sources, les combats auraient fait entre 80 et 105 morts.Peu après 16h00 (heure française), le Conseil de sécurité des Nations unies a autorisé la France à intervenir en RCA, en appui aux forces panafricaines.

Les habitants de Bangui disent que les combats ont baissé d’intensité par rapport à ce jeudi matin, mais qu’il y a toujours des coups de feu sporadiques. « Nous voulons que ça puisse s’arrêter, explique l’un d’eux, parce qu’une fois encore, ce sont les populations qui sont les victimes. »

Dès le petit matin, la peur s’est effectivement installée dans la capitale. Des sources militaires françaises parlent d’attaques coordonnées, simultanées sur trois points : le camp Kassaï, l’Assemblée nationale et le quartier de Boy-Rabe. Les habitants des quartiers environnants se sont terrés chez eux, d’autres ont fui pour aller se réfugier dans les églises.

« Je suis juste derrière l’Assemblée nationale et ce matin, témoignage effectivement un habitant. Nous avons vu un affrontement entre des éléments de la Seleka et des milices anti-balaka juste devant nous. Les balles sifflaient de partout donc nous nous sommes réfugiés dans un monastère. »

Attaques ciblées sur les musulmans

Dans le quartier de Boy-Rabe, les commerces tenus par les musulmans ont été pillés par les assaillants. Ce qui fait craindre une montée de la tension à l'imam Kabalé Layéma. « Toute la communauté musulmane a peur, parce que la tension monte dans les quartiers de Bangui, s'alarme-t-il. Dans certains quartiers, il y a des attaques contre des musulmans donc ils restent cachés chez eux, dans leur maison ».

Ces combats ont fait de nombreuses victimes. S’il est difficile de donner un bilan de ces accrochages, l’ONG Médecins sans Frontières évoque au moins 10 morts et une soixantaine de blessés. Un journaliste de l'AFP a pour sa part compté plus de 80 cadavres dans une mosquée et dans les rues de Bangui.

Des rebelles financés par Bozizé ?

Les habitants décrivent ceux qui ont attaqué comme des groupes d'anti-balaka, ces groupes d’autodéfense, qui depuis la fin du mois d’août se sont réactivés face à la Seleka. Mais ces miliciens traditionnels ne sont pas seuls. Ils sont accompagnés, comme ça a été le cas lors d’autres attaques qui ont eu lieu dans le nord-ouest du pays, par des hommes mieux armés, avec de l’armement moderne, de l’armement lourd.

Et c’est au sujet de ces combattants-là que se posent le plus de questions. S’agit-il d’anciens membres des Forces armées centrafricaines (FACA), c'est-à-dire des anciens de l’armée centrafricaine qui cherchent leur revanche ? Ces éléments ont-ils un lien avec l’ancien chef de l’Etat François Bozizé ?

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Le porte-parole du président de la transition accuse Bozizé et son entourage d’être responsables de l’attaque de ce jeudi matin. Mêmes attaques pour le chef de la garde présidentielle, le général Arda. Selon lui, « les hommes à l’origine de cette attaque sont des éléments proches de l’ex-président Bozizé. On a fait beaucoup de prisonniers qui nous ont déclaré être financés par François Bozizé ».

Pendant ce temps, les forces de la Fomac qui sont à Bangui ont lancé des patrouilles dans la ville. Ce jeudi matin, la force d’Afrique centrale a extrait de leur domicile plusieurs personnalités qui se sentaient en insécurité.

250 soldats français déployés à Bangui

En France, le ministère de la Défense a réagi aux événements sur place en République centrafricaine. Depuis ce matin, 250 militaires français sont déployés dans Bangui, essentiellement le long de l’avenue de l’Indépendance, pour protéger les ressortissants français et pour protéger les points des regroupements où se réuniront les expatriés français en cas d’évacuation. Pour protéger aussi ce que l’armée appelle des « points sécurisés » qui sont des endroits liés à des intérêts français, et éventuellement quelques institutions que le ministère refuse de mentionner.

Le reste de la force Boali, c'est-à-dire environ 200 hommes, est stationné à l’aéroport, pour protéger ce qui sera l’un des principaux points d’entrée de l’opération Sangaris attendue dans les tout prochains jours. Une force de réaction rapide est aussi en attente à l’aéroport prête à intervenir au cas où, sur des points délicats. Mais le mandat de la force Boali ne permet pas aux soldats français d’intervenir directement contre les assaillants de cette nuit ou contre les ex-Seleka.

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