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Marée noire : plus de pétrole, plus de colère

Dans le Golfe du Mexique, le volume de pétrole qui s’écoule de la plateforme pétrolière Deepwater est deux fois plus important que ce qui avait été calculé au départ. La colère est perceptible dans l’opinion publique mais aussi dans la classe politique. En signe d’apaisement, BP envisage de suspendre le paiement des dividendes à ses actionnaires mais la marée noire menace de polluer les relations entre Londres et Washington.
Tony Hayward aura la semaine prochaine un agenda chargé. Mercredi, le directeur général du groupe BP est convoqué à la Maison Blanche où l’attend un président américain qui aimerait « botter des fesses » dans cette affaire. Jeudi, il est appelé à témoigner devant la Commission énergie de la Chambre des représentants. Entre temps, le groupe pétrolier doit trouver le moyen de stopper la marée noire dans le Golfe du Mexique et la chute des actions à la bourse. La direction de l’entreprise devra faire face à la colère croissante de l’opinion publique américaine et des responsables politiques, elle devra aussi répondre à l’inquiétude grandissante de ses actionnaires. Pendant ce temps, dans le Golfe du Mexique, le pétrole continue de se répandre dans la mer et l’ampleur de la fuite a été réévaluée à la hausse. D'après les dernières estimations, l’équivalent de 40 000 barils de brut s’échappe chaque jour du puits accidenté, soit 6,4 millions de litres. A titre de comparaison, c’est comme si un pétrolier Erika s’abîmait en mer tous les quatre jours.
Projet de loi pour changer les règles d’indemnisation
Aux Etats-Unis, deux cents plaintes ont d’ores et déjà été déposées contre le groupe britannique et à six mois des élections de mi-mandat, Barack Obama s’associe à la colère de la rue. Une façon pour le président américain de démontrer qu’il a le dossier bien en main, il tente d'éviter de payer le prix politique d'un scénario « à la Katrina ». Le chef d'Etat joue donc la carte de l’inflexibilité vis-à-vis de l’entreprise et, parallèlement, il se montre compatissant envers tous ceux que la marée noire affecte. Barack Obama se rendra lundi en Louisiane, pour la quatrième fois depuis la catastrophe, le 20 avril dernier. Jeudi, le président a reçu les proches des onze victimes de l'explosion de la plateforme Deepwater afin de leur présenter ses condoléances. Ces familles ont aussi obtenu le soutien de trois sénateurs démocrates qui veulent faire changer les règles d'indemnisation en vigueur. Actuellement, la loi permet aux groupes pétroliers de voir le montant des compensations plafonné en cas de marée noire. De plus, les entreprises responsables en cas de catastrophe paient un certain nombre de réparations (le manque à gagner des salaires et les frais d'obsèques) mais pas le préjudice moral que représente par exemple une vie sans père. Les parlementaires défendent une meilleure indemnisation des victimes.
Les dividendes de BP : une question politique
D’après les premières estimations, le montant de la facture pour BP serait compris entre 3 et 6 milliards de dollars. De nombreux responsables américains jugent que tant que l’ampleur des dégâts n’est pas évaluée, BP devrait s’abstenir de payer des dividendes à ses actionnaires. Un scénario envisagé par le groupe britannique pour apaiser l’opinion publique américaine mais qui risque de faire grincer des dents en Grande-Bretagne. BP verse en effet chaque année plus de 10 milliards de dollars à ses actionnaires. Des porteurs qui sont essentiellement de petits épargnants et des retraités britanniques.
La marée noire pourrait polluer les relations entre Londres et Washington
Pour l’heure, le département d’Etat assure que la marée noire ne constitue pas un sujet de tension entre Londres et Washington, BP étant une entreprise privée. Mais au moment où le nouveau Premier ministre, David Cameron, se targue de vouloir cultiver « une relation spéciale » avec les Etats-Unis, la colère de l’administration américaine vis-à-vis du groupe pétrolier britannique risque d’assombrir le tableau. Le maire de Londres, par exemple, Boris Johnson, s’est récemment ému de l'effondrement du cours de Bourse de BP qu'il impute en grande partie aux attaques « anti-britanniques ». Outre-Manche, la presse exige un soutien plus ferme à l’entreprise nationale.

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