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Article publié le : vendredi 20 août 2010 - Dernière modification le : vendredi 20 août 2010

La justice thaïlandaise décide d'extrader Viktor Bout vers les Etats-Unis

Viktor Bout, surnommé « le marchand de la mort » lors de son arrestation à Bangkok, le 6 mars 2008.
Viktor Bout, surnommé « le marchand de la mort » lors de son arrestation à Bangkok, le 6 mars 2008.
Photo: Sukree Sukplang /Reuters

La justice thaïlandaise a décidé, le 20 août 2010, d'extrader Viktor Bout vers les Etats-Unis. Le trafiquant d'armes russe est accusé par Washington d'avoir approvisionné les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Il est détenu depuis mars 2008 dans une prison de haute sécurité de Thaïlande. 

Avec notre correspondant à Bangkok, Arnaud Dubus

Viktor Bout a un lourd passif. C’est un russe, parfaitement francophone. Il était un officier dans l’armée russe au moment de l’effondrement de l’Union soviétique au début des années 1990. A cette époque, il a vu l’opportunité d’utiliser la flotte aérienne de l’Armée rouge pour transporter des armes vers le continent africain et aussi vers l’Afghanistan. Il a été assez vite surnommé le « marchand de mort » par les médias. Il a acquis une sorte de réputation internationale, notamment avec le film « Seigneur de guerre », dans lequel l’acteur américain Nicolas Cage incarne son personnage. Mais Viktor Bout affirme qu’il n’était qu’un transporteur, qu’il ignorait ce qu’il transportait. Il y avait pourtant, dans ses avions, des têtes de missiles.

Echange de bons procédés

La Thaïlande a fini par donner droit à la requête américaine, un an après un premier refus. Emprisonné depuis mars 2008, Viktor Bout dispose d’un ultime recours devant la Cour suprême. Les Russes devraient cependant réagir à la décision rendue par les juges thaïlandais, car ils défendent Viktor Bout. Il aurait travaillé dans les services de renseignements militaires soviétiques et Moscou ne souhaite pas qu’il soit interrogé par des agents du FBI et de la CIA. La décision de la Thaïlande pourrait s’expliquer par sa situation difficile, sur le plan international, depuis la répression violente et meurtrière du mois de mai. Bangkok a besoin d’un soutien international. Depuis 1950, les Etats-Unis sont son principal allié sur la scène internationale. La décision ressemble donc à un échange de bons procédés.

Viktor Bout, le « Lord of War »

Selon les enquêteurs, à 43 ans, le trafiquant dispose déjà d'un palmarès exceptionnel, notamment sur le continent africain où sa trace est repérée dans une dizaine de pays. Selon l'ONU, il a notamment été un fournisseur de l'ancien président libérien Charles Taylor, ce qui lui aurait notamment ouvert l'accès aux diamants.
Depuis une quinzaine d'années, cet ancien officier soviétique échappe à toutes les poursuites. Il parle six langues et il dispose d'au moins sept identités différentes...
Au début des années 1990, l'effondrement du bloc de l'Est libère des stocks d'armes considérables et des guerres civiles sanglantes éclatent simultanément. La demande explose et Viktor Bout profite donc d'une conjoncture exceptionnelle. Et, au tournant des années 1990, il monte un véritable réseau, une flotte d'avions-cargos, consacrée à l'approvisionnement de belligérants de pays pour la plupart placés sous embargo de l'ONU.
Finalement, il se fait « pincer » en 2008 à Bangkok par des agents américains qui prétendent travailler pour une organisation terroriste colombienne, les FARC.
Aujourd'hui, les Etats-Unis mettent en garde la Thaïlande : si la justice revient sur sa décision d'extrader Viktor Bout, les relations entre les deux pays pourraient s'en trouver détériorer. La Russie, elle, déclare cette décision illégitime et réclame la libération de son ressortissant. Selon Moscou, il n'y a pas de preuves de la culpabilité de Viktor Bout.

RFI

 

tags: Etats-Unis - Justice - Russie - Thaïlande
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